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L'Enchanteur 1768—1848
Souvenirs diplomatiques CXXIX. M. de Marcellus → Chateaubriand, 28 juin 1823, Londres

Correspondance

CXXIX. M. de Marcellus → Chateaubriand, 28 juin 1823, Londres

Souvenirs diplomatiques · 3 min de lecture · p. 319–321 · chapitre 138 sur 163

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de M. Lévy frères, 1858, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Londres, 28 juin 1823.

Votre lettre du 25 me fait voir que vous ne connaissiez pas dans toute leur étendue les événements de Séville. M. Ward, attaché à la légation de sir W. A'Court et témoin oculaire, après avoir été arrété deux fois entre Séville et Cordoue, a rencontre dans cette dernière ville le général Bordesoulle, qu'il a le premier instruit du départ de Ferdinand VII pour Cadix. Ce malheureux roi, la veille du voyage, a mandé les membres du corps diplomatique qui sont restés auprès de sa personne; ot, les priant de transmettre à leurs cours un récit fidèle des événements, il leur a déclaré qu'il cédait à la force, et qu'il considérait d'avance Cadix comme son tombeau.

Ce même corps diplomatique se disposait à protester solennellement contre la déchéance du roi et rendre les Cortès responsables d'un seul cheveu tombé de sa tête, lorsque sir W. A'Court s'est opposé à cette protestation, et y a substitué une déclaration par laquelle, accrédités auprès d'un roi, et non auprès d'une régence, ils annoncent que leurs fonctions ont cessé jusqu'à nouvel ordre. Quelques journaux ont dit que sir W. A'Court revenait à Londres. Cela n'est pas exact; il se retire à San-Lucar, et se tiendra la provisoirement. M. Ward a dû lui être réexpédié hier au soir, avec des instructions qui ont été discutées dans deux conseils consécutifs, et dont on ne pénètre pas encore le sons; mais, si je ne me trompe, eues doivent lui prescrire une entière impassibilité.

Il a été difficile, pour les personnes qui ont vu M. Canning, à l'arrivée de ces nouvelles de SéviHe tant attendues, de deviner quel sentiment elles excitaient de préférence chez lui. Joie dissimulée; soit de ces extrémités révolutionnaires, conséquence, à ses yeux, de notre intervention, soit de se trouver enfin poussé par les événements en dehors de sa position isolée : inquiétude sur son attitude future; défiance de la diplomatie continentale ; jalousie envers la France; espoir secret de l'indépendance des colonies espagnoles, question qui s'agite toujours au fond de sa pensée, et sur laquelle j'ai si fréquemment, dans mes dépêches, appelé votre attention; impatience de l'avenir et rancune universelle. Tout était rapide et confus : je n'ai rien pu démêler, et mes collègues n'ont pas été plus heureux. Lord Liverpool, plus franc en cette circonstance, n'a point déguisé sa satisfaction de voir s'approcher la fin de toute l'affaire. Le duc de Wellington, beaucoup plus content qu'alarmé, a fait entendre de grands éloges de la conduite si sage du prince généralissime et de nos troupes. Dans le refus que plusieurs ministres espagnols et leurs subordonnés administratifs ont fait à Séville de reconnaître la régence révolutionnaire, le duc de Wellington voit aussi le principe d'un retour vers nous, qu'imiteront nécessairement les garnisons des places encore tenues par les troupes des Cortes. Cette adhésion nous donnera alors plus de forces disponibles pour assiéger ou pour cerner par terre l'île de Léon et Cadix, tandis que nos flottes les bloqueront encore de plus près par mer; il espère de tout cela un prompt succès; mais il redoute les corps royalistes espagnols qui se forment derrière notre armée, et dont on cite déjà les excès et les désordres.

Puisque sir W. A'Court n'est pas dans Cadix, et qu'il s'est déclaré déchu de tout caractère diplomatique, nous n'avons plus rien à attendre de lui. Je crois M. Canning, malgré tout, un peu déconcerté de se voir ainsi hors du jeu. Si les Cortès emmenaient le roi à Gibraltar, ne doutez pas qu'il ne fût libre « l'instant même où il en touchera les murs, et que des instructions dans ce sens n'aient été déjà dictées d'ici par Georges IV et par la saine majorité du conseil; mais ces instructions je ne puis encore que les conjecturer, comme je suppose également qu'il va nous arriver de ce même Gibraltar des vaisseaux remplis de révolutionnaires réfugiés. Nous en attendons chaque jour une cargaison de Lisbonne.

Sir W. A'Court et le chargé d'affaires de Saxe, malgré les anxiétés qu'ils expriment, garantissent dans leur correspondance la sécurité personnelle du roi et de la reine, et ne prévoient aucun cas où leur . vie soit en danger. M.