Correspondance
CXII. Chateaubriand → M. de Marcellus, 3 juin 1823, Paris
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Paris, 3 juin 1823.
Je vous dirai, en grande confidence, que nos alliés du continent, inquiétés et jaloux de nos succès, mettent quelques entraves à la réunion d'un corps diplomatique près de la régence à Madrid; c'est le prince de Metternich qui est l'âme de cette intrigue, et qui a chapitré le bon vieux roi de Naples, entre une chasse et l'autre, pour contrarier notre marche et notre plan. Celui-ci élève tout à coup des prétentions comme héritier direct de la couronne d'Espagne, et il veut que tout se fasse en son nom. Rien ne sera légitime à Madrid, s'il n'a d'abord reconnu cette légitimité, pas même la régence actuelle. Louis XVIII est furieux; et le chef des quatre branches de la maison de Bourbon, piqué au jeu, se retourne contre ses cadets. Ne laissez rien voir de tout ceci à vos collègues; seulement épiez les paroles qui pourraient jeter quelque lumière sur ces ténébreuses menées du prince de Metternich, auxquelles l'Angleterre pourrait bien n'être pas étrangère, et que l'un de ses ministres au moins verrait sans beaucoup de déplaisir. J'espère toujours que les événements iront plus vite que la malveillance. Gardez cela pour vous, je vous prie.
L'affaire d'Abisbal vous a plus occupés à Londres que nous à Paris. Je vois que, si nous avions eu des gens plus adroits auprès de monseigneur le duc d'Ängoulème, on aurait pu tirer grand parti de cet incident.
Paris, 2 juin 1823 (à deux heures de l'après-midi).
Je reviens sur quelques détails. La Russie a définitivement nommé son chargé d'affaires auprès de la régence, et donne ainsi le signal et l'impulsion. Cet agent part cette semaine avec notre nouvel ambassadeur. Cela démanche l'affaire du prince de Metternich; il sera à son tour obligé de suivre. Tout cela pour vous seul.