Correspondance
CI. M. de Marcellus → Chateaubriand, 17 mai 1823, Londres
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de M. Lévy frères, 1858, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
M. Canning va répétant sans cesse que, la média tion de l'Angleterre ayant été refusée une fois par nous dans les affaires espagnoles, il ne l'offrira jamais plus. Il en parlerait moins si c'était chose arrêtée. Je crois même que les instructions envoyées sur ce point à sir W. A'Court étaient fort conciliantes. Toujours est-il que la majorité du ministère britannique veut sincèrement ce que nous voulons nous-mêmes, la fin de la guerre, comme la tranquillité intérieure et totale de la Péninsule. M. Canning mêle à ces dispositions, qui lui sont imposées par ses collègues, un fond d'aigreur qui lui est propre, et la honte d'avoir été vaincu en procédés généreux dans la lutte des tribunes française et anglaise. Il n'ose plus néanmoins renouveler ses tentatives de désunion sur le continent; et la constante intelligence, l'unité de vues que nous avons toujours manifestée ici, mes collègues et moi, quand nos cours n'étaient pas tout à fait dans la même voie, ont déconcerté plusieurs des tentatives du ministre. Ainsi quand, sur un article d'un journal allemand, M. Canning conçut l'espérance de détacher de l'alliance continentale la cour d'Autriche, et, déclinant l'intervention de l'ambassade impériale à Londres, s'adressa droit à M. de Metternich, la confidence que j'en fis le premier au prince Esterhazy détermina cet ambassadeur à expédier sur-le-champ un courrier à Vienne. Ce courrier prévint les démarches directes de M. Canning, et éteignit l'espoir d'une désunion.
Ma lettre au trésorier de la Société littéraire a été lue au dessert; et votre don a été accueilli avec une unanimité d'applaudissements (cheerings) fort honorable. Le duc de Somerset, vice-président, est venu chez moi pour me prier de vous remercier au nom de la Société. Sir Th. Lawrence a fait la même démarche.
Ces bulletins de nos moindres mouvements en Espagne, que, par vos ordres, le télégraphe transmet périodiquement à Calais, et que de la nos courriers m'apportent très-rapidement, ont un grand effet ici. Je crois vous avoir déjà dit que j'ai une voie certaine, quoique indirecte, de les faire parvenir au roi. Ils m'attirent de nombreuses visites de négociants spéculateurs, de journalistes, de banquiers, et des propositions de toute nature, qui ne peuvent trouver leur place ici, malgré le vaste champ que vous avez ouvert à ma correspondance.
Le maréchal Béresford est venu me voir hier. a Vous savez, » m'a-t-il dit, & que je suis un invariable partisan de notre vieille Angleterre, et, par suite, de toutes les monarchies. J'ai donc vu avec joie votre expédition au delà des Pyrénées contre le libéralisme : vous avez tous mes vœux; et j'y joins une prédiction basée sur l'expérience de nos guerres dans la Péninsule. Ne vous amusez pas à enrégimenter vous-mêmes les Espagnols; ne vous mêlez ni de leur organisation militaire, ni de leurs dissensions civiles. Ce système nous a trompés quand nous avions en face de nous de bien plus rudes jouteurs : que notre exemple vous serve. Poussez hardiment et promptement vos troupes vers Cadix, sans vous inquiéter du reste. Vous aurez bientôt délivré Ferdinand, et mérité les suffrages des hommes de guerre de tous les a pays.
Je n'ai pas cru devoir déguiser, à cet acteur considérable de l'ancienne querelle espagnole d'un autre temps, que la création d'une armée éprouvée, fière d'une campagne de plus, et dévouée à la race antique de nos rois, était la pensée intime de mon gouvernement; qu'il était temps de jeter sur les soldats de la France monarchique un reflet du grand éclat militaire de la France impériale; qu'au lieu de provinces conquises et de capitales envahies, nous ne cherchions plus qu'à guérir les plaies, à relever les ruines, à donner le repos et la prospérité aux peuples; et qu'ici nos armes, loin de provoquer les désastres des nations étrangères et les nôtres, s'honoraient de les prévenir.
Le déchaînement de la presse de l'Opposition m'alarme peu. Le lecteur sérieux s'arrêté à peine à ces articles où l'injure se mêle au sarcasme; bientôt même l'intérêt général se porte ailleurs, et l'on oublie jusqu'au déplaisir qu'ils ont causé : comme ces piqûres qui font saigner d'abord, mais qui ne laissent après elles ni venin ni douleur. M.