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L'Enchanteur 1768—1848
Essai sur la littérature anglaise Hérésies et schismes qui précédèrent le schisme de Luther

Deuxième partie

Hérésies et schismes qui précédèrent le schisme de Luther

Essai sur la littérature anglaise · 3 min de lecture · p. 63–64 · chapitre 19 sur 107

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859 (Essai sur la littérature anglaise), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Depuis le moment où la Croix fut plantée à Jérusalem, l'unité de l'Église ne cessa point d'être attaquée. Les philosophies des Hébreux, des Perses, des Indiens, des Égyptiens, s'étaient concentrées dans l'Asie sous la domination de Rome : de ce foyer allumé par l'étincelle évangélique, jaillit cette multitude d'opinions aussi diverses que les mœurs des hérésiarques étaient dissemblables. On pourrait dresser un catalogue des systèmes philosophiques, et placer à côté de chaque système l'hérésie qui lui correspond. Tertullien l'avait reconnu : les hérésies furent au christianisme ce que les systèmes philosophiques furent au paganisme, avec cette différence que les systèmes philosophiques étaient les vérités du culte païen, et les hérésies les erreurs de la religion chrétienne.

Saint Augustin comptait de son temps quatre-vingt-huit hérésies, en commençant aux Simoniens et finissant aux Pélagiens.

L'Église faisait tête à tout : sa lutte perpétuelle donne la raison de ces conciles, de ces synodes, de ces assemblées de tous les noms, de toutes les sortes, que l'on remarque dès la naissance du christianisme. C'est une chose prodigieuse que l'infatigable activité de la Communauté chrétienne : occupée à se défendre contre les édits des empereurs et contre les supplices, elle était encore obligée de combattre ses enfants et ses ennemis domestiques. Il y allait, il est vrai, de l'existence même de la foi : si les hérésies n'avaient été continuellement retranchées du sein de l'Église par des canons, dénoncées et stigmatisées par des écrits, les peuples n'auraient plus su de quelle religion ils étaient. Au milieu des sectes se propageant sans obstacles, se ramifiant à l'infini, le principe chrétien se fût épuisé dans ses dérivations nombreuses, comme un fleuve se perd dans la multitude de ses canaux.

Le moyen âge, proprement dit, n'ignora point le schisme. Plusieurs novateurs en Italie, Wicleff en Angleterre, Jérôme de Prague et Jean Huss en Allemagne, furent les précurseurs des réformateurs du seizième siècle. Une foule d'hérésies se trouvaient au fond des doctrines qui donnèrent lieu aux horribles croisades contre les malheureux Albigeois. Jusque dans les écoles de théologie, un esprit de curiosité ébranlait les dogmes de l'Église : les questions étaient tour à tour obscènes, impies et puériles.

Valfrède, au dixième siècle, s'éleva contre la résurrection des corps. Béranger expliqua à sa manière l'eucharistie. Les erreurs de Roscelius, d'Abailard, de Gilbert de la Porée, de Pierre Lombard et de Pierre de Poitiers, furent célèbres : on demandait si Jésus-Christ, comme homme, était quelque chose ; ceux qui le niaient furent appelés Nihilianistes. On en vint à ne plus lire les Écritures et à ne tirer les arguments en preuve de la vérité chrétienne que de la doctrine d'Aristote. La scolastique domina tout, et Guillaume d'Auxerre se servit le premier des termes de matériel et de forma, appliqués à la doctrine des sacrements. Héloïse voulait savoir d'Abailard pourquoi les quadrupèdes et les oiseaux furent les seuls animaux amenés à Adam pour recevoir des noms : Jésus-Christ, entre sa mort et sa résurrection, fut-il ce qu'il avait été avant sa mort et depuis sa résurrection? Son corps glorieux était-il assis ou debout dans le ciel? Son corps que l'on mangeait dans l'Eucharistie, était-il nu ou vêtu? Telles étaient les choses dont les esprits les plus orthodoxes s'enquéraient, et Luther lui-même, dans ses investigations, avait moins d'audace.