Troisième partie
Crom well. Milton parle d'abord de la noble naissance du Protecteur : la naissance joue un grand rôle dans les idées républicaines du poëte, lui-même noble
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859 (Essai sur la littérature anglaise), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
« Il me serait impossible de compter toutes les villes qu'il a prises, « toutes les batailles qu'il a gagnées. La surface entière de l'empire britannique a été la scène de ses exploits et le théâtre de ses triomphes. .. A toi, notre pays doit ses libertés; tu ne pouvais porter un titre plus utile et plus auguste que celui d'auteur, de gardien, de conservateur de nos libertés. Non-seulement tu as éclipsé les actions de tous nos rois, mais celles qui ont été racontées de nos héros fabuleux. Réfléchis souvent au cher gage que la terre qui t'a donné la naissance, a confié à tes soins : la liberté qu'elle espéra autrefois de la fleur des talents et des vertus, elle l'attend maintenant de toi; elle se flatte de l'obtenir de toi seul. Honore les vives espérances que nous avons conçues, honore les sollicitudes de ta patrie inquiète. Respecte les regards et les blessures de tes braves compagnons qui, sous ta bannière, ont hardiment combattu pour la liberté; respecte les ombres de ceux qui périrent sur le champ de bataille; respecte les opinions et les espérances que les États étrangers ont conçues de nous, de nous qui leur avons promis pour eux-mêmes tant d'avantage de cette liberté, laquelle, si elle s'évanouissait, nous plongerait dans le plus profond abîme de la honte ; enfin respecte-toi toi-même; ne souffre pas, après avoir bravé tant de périls pour l'amour des libertés, qu'elles soient violées par toi-même, ou attaquées par d'autres mains. Tu ne peux être vraiment libre que nous ne le soyons nous-mêmes. Telle est la nature des choses : celui qui empiète sur la liberté de tous, est le premier à perdre la sienne et à devenir esclave. s
Milton aurait pu écrire l'histoire comme Tite-Live et Thucydide. Johnson n'a cité que les louanges données au Protecteur par le poëte, pour mettre en contradiction le républicain avec lui-même : le beau passage que je viens de traduire montre ce qui faisait le contre-poids de ces louanges. Aux jours de la toute-puissance de Bonaparte, qui aurait osé lui dire qu'il n'avait obtenu l'Empire que pour protéger la liberté? Cependant Milton aurait mieux fait d'imiter quelques fermes démocrates qui ne se rapprochèrent jamais de Cromwell, et le regardèrent toujours comme un tyran : mais Milton n'était pas démocrate.
Sur ces ouvrages aujourd'hui complétement oubliés, reposa la réputation du grand écrivain, pendant sa vie : triste réputation qui empoisonna ses jours et que n'a point consolée l'impérissable renommée sortie de la tombe du poëte. Tout ce qui tient aux entraînements des partis et aux passions du moment, meurt comme eux et avec elles
Les réactions de la Restauration en Angleterre, furent beaucoup plus vives que les réactions de la Restauration en France, parce que les convictions étaient plus profondes, et les caractères plus prononcés. Le retour des Bourbons n'a point étouffé les réputations de la République ou de l'Empire, comme le retour des Stuarts étouffa la renommée de Milton. Il est juste aussi de dire que, le poëte ayant écrit en latin la plupart de ses disquisitions, elles restèrent inaccessibles à la foule.