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L'Enchanteur 1768—1848

Quatrième partie

Danton

Essai sur la littérature anglaise · 2 min de lecture · p. 234 · chapitre 82 sur 107

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859 (Essai sur la littérature anglaise), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

« Les scènes des Cordeliers étaient dominées et souvent présidées par Danton, Hun à taille de Goth, à nez camus, à narines au vent, à méplats couturés. On parviendrait à peine à former cet homme dans la révolution anglaise, en pétrissant ensemble Bradshaw, président de la commission qui jugea Charles Ier, Ireton, le fameux gendre de Cromwell, Axtell, grand exterminateur en Irlande, Scott qui voulait qu'on gravât sur sa tombe, Ci-gît Thomas Scott qui condamna le feu roi à mort, Harrisson qui dit à ses juges : « Plusieurs d'entre vous; mes juges, furent actifs avec moi dans les choses qui se sont passées en Angleterre; ce qui a été fait l'a été par l'ordre du para lement, alors la suprême loi. »

« Dans la coque de son église, comme dans la carcasse des siècles, Danton organisa l'attaque du 10 août et les massacres de septembre; auteur de la circulaire de la Commune, il invita les hommes libres à répéter dans les départements l'énormité perpétrée aux Carmes et à l'Abbaye. Mais Sixte-Quint n'égala-t-il pas, pour le salut des hommes, le dévouement de Jacques Clément au mystère de l'Incarnation, de même que l'on compara Marat au Sauveur du monde? Charles IX n'écrivit-il pas aux gouverneurs des provinces d'imiter les massacres de la Saint-Barthélemi, comme Danton manda aux patriotes de copier les massacres de septembre? Les Jacobins étaient des plagiaires; ils le furent encore en immolant Louis XVI à l'instar de Charles Ir. Des crimes s'étant trouvés mêlés au mouvement social de la fin du dernier siècle, quelques esprits se sont figuré mal à propos que ces crimes avaient produit les grandeurs de la Révolution, dont ils n'étaient que d'affreuses inutilités : d'une belle nature souffrante, on n'a admiré que la convulsion.

« A l'époque où les enfants avaient pour jouets de petites guillotines à oiseaux, où un homme en bonnet rouge conduisait les morts au cimetière1; à l'époque où l'on criait : Vive l'Enfer ! vive la Mort! où l'on célébrait les joyeuses orgies du sang, de l'acier et de la rage, où l'on trinquait au néant, il fallait, en fin de compte, arriver au dernier banquet, à la dernière facétie de la douleur.

1 Arrêté du Conseil général de la Commune, 27 brum. 93. ↩

« Danton fut pris au traquenard qu'il avait tendu : amené devant le tribunal, son ouvrage, il ne lui servit de rien de lancer des boulettes de pain au nez de ses juges, de répondre avec courage et noblesse, de faire hésiter la Cour révolutionnaire, de mettre en péril et en frayeur la Convention, de raisonner logiquement sur des forfaits par qui la puissance même de ses ennemis avait été créée.

« Il ne lui resta qu'à se montrer aussi impitoyable à sa propre mort, qu'il l'avait été à celle des autres, qu'à dresser son front plus haut que le coutelas suspendu. Du théâtre de la Terreur où ses pieds se collaient dans le sang épaissi de la veille, après avoir promené un regard de mépris sur la foule, il dit au bourreau : « Tu montreras « ma tête au peuple; elle en vaut la peine. » Le chef de Danton demeura aux mains de l'exécuteur, tandis que l'ombre acéphale alla se mêler aux ombres décapitées de ses victimes : c'était encore de l'égalité. »