Troisième partie
Anges
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859 (Essai sur la littérature anglaise), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Parmi les anges il y a une grande variété de caractères : Uriel, Raphaël, Michel, ont des traits qui les distinguent les uns des autres, Raphaël est l'ange amide l'homme. La peinture que le poëte en fait, est pleine de pudeur et de grâce.
Envoyé par Dieu vers nos premiers pères, en arrivant dans Eden il secoue ses six ailes qui répandent au loin une odeur d'ambroisie. Adam appelle Ève : «Ève, approche-toi vite! Regarde entre ces arbres du côté de l'orient : vois-tu cette Forme éclatante qui s'avance vers nous? on dirait d'une nouvelle aurore qui se lève. » Raphaël aborde Adam, comme dans l'antiquité biblique des anges demandent l'hospitalité aux patriarches, ou comme dans l'antiquité païenne, les dieux viennent s'asseoir à la table de Philémon et de Baucis. Raphaël salue notre première mère des mêmes paroles dont Gabriel salua Marie, seconde Ève. Il raconte ensuite, comme je l'ai dit, ce qui s'est passé dans le ciel, la chute des Esprits rebelles et la création du monde ; il contente la curiosité du père des hommes, et rougit, comme rougit un ange, quand Adam ose lui faire des questions sur les amours des Esprits. Lorsqu'il retourne au ciel, Adam lui dit : « Partez, hôte divin, soyez « toujours le protecteur et l'ami de l'homme, et revenez souvent i nous visiter. »
Michel, chef des milices du ciel, est envoyé à sen tour, mais pour bannir du Paradis les deux coupables. Il a pris la forme humaine et l'habillement d'un guerrier; son visage, quand la visière de son casque était levée, montre l'âge où la virilité commence et finit la jeunesse. Son épée pend comme un éclatant zodiaque à son côté, et dans sa main il porte négligemment une lance. Adam l'aperçoit de loin : « Il n'a point l'air terrible, dit-il à Ève : je ne dois pas être effrayé; mais il n'a pas non plus l'air doux et sociable de Raphaël. » Le poëte connaît familièrement tous ces anges, et vous fait vivre avec eux. L'ange fidèle dans l'armée de Satan, est énergique: je citerai bientôt un de ses discours. Il n'y a pas jusqu'au chérubin de ronde qui surprend Satan à l'oreille d'Ève, dont le trait ne soit correctement dessiné. Satan insulte ce chérubin : «Ne pas me connaître prouve que toi-même es inconnu, et le dernier de ta bande. » Zéphon lui répond : « Esprit révolté, ne t'imagine pas que ta figure soit la même, et qu'on puisse te reconnaître ; tu n'as plus cet éclat qui t'environnait, lorsque tu restais pur dans le ciel. Ta gloire t'a quitté avec ton innocence; le moindre d'entre nous peut tout contre toi; ton crime fait ta faiblesse. »
Quand Satan lui-même se transforme en Esprit de lumière, le poëte répand sur lui toutesles harmonies de son art : « Sous une couronne, les cheveux de l'Archange flottent en boucles, et ombragent ses deux joues ; il porte des ailes dont les plumes de diverses couleurs sont semées d'or; son habit court est fait pour une marche rapide, et il appuie ses pas pleins de décence sur une baguette d'argent. »
Tous ces esprits d'une variété et d'une beauté infinies, ont l'air d'être peints, selon leurs caractères, par Michel-Ange et par Raphaël, ou plutôt on voit que Milton les a vêtus et représentés d'après les tableaux de ces grands Maîtres; il les a transportés de la toile dans sa poésie, en leur donnant, avec le secours de la lyre, la parole que le pinceau avait laissée muette sur leurs lèvres.