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L'Enchanteur 1768—1848
Essai sur la littérature anglaise Mariage de Milton

Troisième partie

Mariage de Milton

Essai sur la littérature anglaise · 2 min de lecture · p. 164 · chapitre 54 sur 107

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859 (Essai sur la littérature anglaise), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Milton, à l'âge de dix-neuf ans, avait composé sa septième élégie latine dans laquelle il dit :

« Un jour de mai, dans une promenade aux environs de Londres, je rencontrai une jeune femme d'une beauté extraordinaire, j'en devins passionnément amoureux; mais soudain je la perdis de vue : je n'ai jamais su qui elle était, et ne l'ai jamais retrouvée. Je fis le serment de ne jamais aimer. »

Si le poëte tint son serment, il faudrait supposer qu'il n'aima aucune de ses trois femmes, car il se maria trois fois. En ce cas qu'aurait été la vierge si promptement évanouie? Peut-être cette compagne céleste qui visitait l'Homère anglais pendant la nuit, et lui dictait ses plus tendres vers. Dans un beau portrait de Milton, M. Pichot raconte que cette sylphide mystérieuse était Léonora, l'Italienne : l'auteur du Pèlerinage à Cambridge brode là-dessus une touchante Nouvelle historique. W. Bowles et M. Bulwer ont développé la même fiction.

Le comte d'Essex ayant pris Reading en 1743, le père et le frère de Milton, qui s'étaient retirés dans cette ville, retournèrent à Londres et vinrent demeurer chez le poëte. Milton avait alors trente-cinq ans : un jour il se dérobe de sa maison, sans être accompagné de personne; son absence dura un mois, au bout duquel il rentra marié, sous le toit d'où il était sorti garçon. Il avait épousé la fille aînée de Richard Powell, juge de paix de Forest-Hill, près Shotover, dans Oxford shire. Richard Powell avait emprunté du père de Milton 500 liv. st. qu'il ne lui rendit jamais, et qu'il crut payer en donnant sa fille au fils de son créancier. Ces noces, aussi furtives que des amours, en eurent l'inconstance : Milton ne quitta pas sa femme comme Shakespeare; ce fut sa femme qui l'abandonna. La famille de Marie Powel était royaliste : soit que Marie ne voulût pas vivre avec un républicain, soit tout autre motif, elle retourna chez ses parents. Elle avait promis de revenir à la Saint-Michel, et elle ne revint pas : Milton écrit lettres sur lettres, point de réponse : il dépêche un messager qui perd son éloquence et son temps. Alors l'époux délaissé se résout à répudier l'épouse fugitive : pour faire jouir les autres maris de l'indépendance qu'il se propose, son esprit le porte à changer en une question de liberté, une question de susceptibilité personnelle; il publie son Traité sur le Divorce.