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L'Enchanteur 1768—1848

Mœurs

Essai sur la littérature anglaise · 3 min de lecture · p. 20–21 · chapitre 7 sur 107

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859 (Essai sur la littérature anglaise), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

On rencontrait sur les chemins des baternes ou litières, des mules, des palefrois et des voitures à bœufs : les roues des charrettes étaient à l'antique. Les chemins se distinguaient en chemins péageaux et en sentiers ; des lois en réglaient la largeur : le chemin péageau devait avoir quatorze pieds ;les sentiers pouvaient être ombragés, mais il fallait élaguer les arbres le long des voies royales, excepté les arbres d'abris. Le service des fiefs creusa cette multitude infinie de chemins de traverse dont nos campagnes sont sillonnées.

C'était le temps du merveilleux en toute chose : l'aumônier, le moine, le pèlerin, le chevalier, le troubadour, avaient toujours à dire ou à chanter des aventures. Le soir, autour du foyer à bancs, on écoutait ou le roman du roi Arthur, d'Ogier le Danois, de Lancelot du Lac, ou l'histoire du gobelin Orthon, grand nouvelliste qui venait dans le vent et qui fut tué dans une grosse truie noire. (Froissart.)

Avec ces contes on écoutait encore le sirvante du jongleur contre un chevalier félon, ou le récit de la vie d'un pieux personnage. Ces vies de saints, recueillies par les Bollandistes, n'étaient pas d'une imagination moins brillante que les relations profanes : incantations de sorciers, tours de lutins et de farfadets, courses de loups-garous, esclaves rachetés, attaques de brigands, voyageurs sauvés et qui, à cause de leur beauté, épousent les filles de leurs hôtes (Saint-Maxime); lumière qui pendant la nuit révèlent au milieu des buissons le tombeau de quelque vierge; châteaux qui paraissent soudainement illuminés. (Saint Viventius, Maure et Brista.)

Saint Déicole s'était égaré; il rencontre un berger et le prie de lui enseigner un gîte : « Je n'en connais pas, dit le berger, si ce n'est dans un lieu arrosé de fontaines, au domaine du puissant vassal Weissart. » - « Peux-tu m'y conduire ? » répondit le saint. - « Je ne puis laisser mon troupeau, » répliqua le pâtre. Déicole fiche son bâton en terre, et quand le pâtre revint, après avoir conduit le saint, il trouve son troupeau couché paisiblement autour du bâton miraculeux. Weissart, terrible châtelain, menace de faire mutiler Déicole ; mais Berthilde, femme de Weissart, a une grande vénération pour le prêtre de Dieu. Déicole entre dans la forteresse ; les serfs empressés le veulent débarrasser de son manteau ; il les remercie et suspend son manteau à un rayon du soleil qui passait à travers la lucarne d'une tour. (Boll., t. II, p. 202.)

Giralde, natif du pays de Galles, raconte dans sa Topographie de l'Irlande, que saint Kewen priant Dieu, les deux mains étendues, une hirondelle entra par la fenêtre de sa cellule et déposa un œuf dans une de ses mains. Le saint n'abaissa point sa main ; il ne la ferma que quand l'hirondelle eut déposé tous ses œufs et achevé de les couver. En souvenir da cette bonté et de cette patience, la statue du solitaire en Irlande porte une hirondelle dans une main.

L'abbé Turketult avait en sa possession le pouce de saint Barthélemi, et il s'en servait pour se signer dans les moments de danger, de tempête et de tonnerre.

Les Barbares aimaient les anachorètes : c'étaient des soldats de différentes milices, également éprouvés, également durs à eux-mêmes, dormant sur la terre, habitant le rocher, se plaisant aux pèlerinages lointains, à la vastité des déserts et des forêts. Aussi les ermites conduisaient-ils les batailles : campés le soir dans les cimetières, ils y composaient et chantaient à la foule armée le Dies irœ et le Stabat mater. Les Anglo-Saxons ne virent pas moins de dix rois et de onze reines abandonner le monde et se retirer dans les cloîtres. Cependant il ne faudrait pas se laisser tromper par les mots : ces reines étaient des femmes des pirates du Nord, arrivées dans des barques, célébrant leurs noces sur des chariots, comme les filles de Clodion le Chevelu, de belles et blanches Norwégiennes passées des dieux de l'Edda au Dieu de l'Évangile, et des Walkiries aux anges.