Troisième partie
Écrits politiques sous Charles 1er et Cromwell
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859 (Essai sur la littérature anglaise), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Chercher les lettres dans les temps d'orage, c'est demander un abri à ces vallées paisibles que les poëtes placent au bord de la mer; mais si l'on est mené par quelque Génie heureux dans ces retraites, d'autres Esprits vous poussent au milieu de la tempête et des flots. La politique monte sur le trépied et se transforme en sibylle ; les pamphlets, les libelles, les vers satiriques abondent, s'imprègnent de haine et sont écrits avec le sang des factions. Les guerres civiles d'Angleterre firent pulluler des productions déplorables.
Un de ces fanatiques que Butler a livrés au ridicule, s'écrie :
« An alarm to all flesh, etc.
« Howle, howle, bawl an roard, ve lusfull, cursing, swearing drunken, lewd, superstitions, devilish, sensual, earthly inhabitants of the whole earth, bow, bow you most surly trees and lofty oaks; ye tall cedars and low shrubs, cry out aloud ; hear, hear ye, proud waves, and boistrous seas ; also listen, ye uncircumcised, still, naked, and mad-raging bubbles, who even hate to be reformed. »
« Alarme à toute chair, etc.
« Hurlez, hurlez, criez, beuglez, rugissez, ô vous libidineux, maudits jureurs, ivrognes, impurs, superstitieux, diaboliques, sensuels habitants terrestres de la terre. Courbez-vous, courbez-vous, ô vous arbres très-dédaigneux; et vous, chênes élevés, vous, hauts cèdres et petits buissons, criez de toutes vos forces ; écoutez, écoutez, vagues orgueilleuses, et vous, mers indomptables ; écoutez aussi, vous, incirconcis, écume raide, nue et enragée, qui haïssez la réforme. »
Les poëtes égalaient les orateurs.
Dear friend J.-C., with true unfeigned love
I thee salute.
« dear friend ; a member joyntly knit
To all, in Christ, in heavenly places sit ;
And there, to friends no stranger would I be,
For truly, friend, I dearly love, and own,
All travelling soûls, who truly sigh and groan
For the adoption which sets free from sin, etc.
« Cher ami Jésus-Christ, je te salue avec un amour sans réserve.
Cher ami, moi membre conjointement
« uni à tous en Christ, qui est assis aux lieux célestes. Là, je ne serai point étranger parmi les amis; j'aime tendrement, et je l'avoue, les âmes voyageuses qui soupirent et gémissent véritablement pour l'adoption qui rachète les péchés. »
Cromwell ne s'élevait guère au-dessus de cette éloquence; on peut en juger par ses discours obscurs et ses lettres diffuses. Sa poésie était dans les faits et dans son épée : il fut poëte quand il regarda Charles Ier dans son cercueil. Sa Muse était cette femme qui, à son dire, lui était apparue dans son enfance et lui avait annoncé la royauté.