Aller au contenu
L'Enchanteur 1768—1848
Essai sur la littérature anglaise Première et seconde époques des anglo-saxons a Guillaume le Conquérant. - Bretons Tacite. - poésies diverses

Première partie

Première et seconde époques des anglo-saxons a Guillaume le Conquérant. - Bretons Tacite. - poésies diverses

Essai sur la littérature anglaise · 4 min de lecture · p. 23–25 · chapitre 9 sur 107

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859 (Essai sur la littérature anglaise), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Entrons maintenant dans les diverses époques de la langue et de la littérature anglaise. Le lecteur placera facilement, sur le tableau que je viens de tracer, les auteurs et leurs ouvrages à mesure que je les ferai passer devant ses yeux. Il s'agit d'abord de l'époque anglo-saxonne; mais, avant de nous en occuper, voyons s'il ne reste aucune trace de la langue des Bretons sous la domination romaine.

César ne nous parle que des mœurs de ces insulaires. Tacite nous a conservé quelques discours des chefs bretons : j'omets la harangue de Caractacus à Claude, et ne citerai, en l'abrégeant, que le discours de Galgacus dans les montagnes de la Calédonie.

« Le jour de votre liberté commence. . . La terre nous manque et le refuge de la mer nous est interdit par la flotte romaine; il ne nous reste que les armes. Dans le lieu le plus retiré de nos déserts, n'apercevant pas même de loin les rivages assujettis, nos regards n'ont point été souillés du contact de la domination étrangère. Placés aux extrémités de la terre et de la liberté, jusqu'à présent la renommée de notre solitude et de ses replis nous a défendus : à présent les bornes de la Bretagne apparaissent. Tout ce qui est inconnu est magnifique; mais au delà de la Calédonie, aucune nation à chercher, rien, hormis les flots et les écueils, et les Romains sont arrivés jusqu'à nous.

« . • • Dans la famille des esclaves, le dernier venu est le jouet « de ses compagnons : nous, les plus nouveaux et conséquemment les plus méprisés dans cet univers de la vieille servitude, nous ne pourrions attendre que la mort, car nous n'avons ni guérets, ni mines, ni ports où l'on puisse user nos bras. Courage donc, vous qui chérissez la vie ou la gloire! Les épouses des Romains ne les ont point suivis ; leurs pères ne sont pas là pour leur faire honte de la fuite : ils regardent en tremblant ce ciel, cette mer, ces forêts qu'ils n'ont jamais vus. Enfermés et déjà vaincus, nos Dieux les livrent entre nos mains. . . . . .. Ici votre chef, ici votre armée; là le tribut, les travaux, les souffrances de l'esclavage : des maux éternels ou la vengeance sont pour vous dans champ de bataille. Marchez au combat ! pensez à vos ancêtres et à votre postérité. i

Après Tacite qui a paraphrasé quelques mots de Galgacus conservés par tradition dans les camps romains, un abîme se creuse : on traverse quinze siècles avant d'entendre parler de nouveau du génie des Bretons, et encore comment ! Macpherson transportant en Écosse le barde Irlandais Ossian, défigurant la véritable histoire de Fingal, cousant trois ou quatre lambeaux de vieilles ballades à un mensonge, nous représente un poëte de la Calédonie tout aussi réellement que Tacite nous en a représenté un guerrier. Puisque après tout nous n'avons qu'Ossian; puisque les fragments qu'on pourrait donner comme venant des Bardes, appartiennent plutôt aux diverses espèces de chanteurs que je rappellerai tout à l'heure, il faut bien faire usage du travail de Macpherson. Mais comme les poëmes que John Smith ajouta à ceux qu'avait publiés le premier éditeur du Barde écossais, sont moins connus, j'en extrairai de préférence quelques passages.

« Filles des champs aériens de Trenmor, préparez la robe de vapeur transparente et colorée. Dargo, pourquoi m'avais-tu fait oublier Armor? Pourquoi l'aimais-je tant? Pourquoi étais-je tant aimée? Nous étions deux fleurs qui croissaient ensemble dans les tentes du rocher ; nos têtes humides de rosée souriaient aux rayons du soleil. Ces fleurs avaient pris racine dans le roc aride. Les vierges de Morven disaient : Elles sont solitaires, mais elles sont charmantes. Le daim, dans sa course, s'élançait par-dessus ces fleurs, et le chevreuil épargnait leurs tiges délicates.

« Le soleil de Morven est couché pour moi. Il brilla pour moi ce « soleil dans la nuit de mes premiers malheurs, au défaut du soleil « de ma patrie ; mais il vient de disparaître à son tour ; il me laisse « dans une ombre éternelle. v

« Dargo, pourquoi t'es-tu retiré si vite? » . .

«. • • • Partout sur les mers, au sommet des collines, dans les profondes vallées, j'ai suivi ta course. En vain mon père espéra mon retour; en vain ma mère pleura mon absence; leurs yeux mesurèrent souvent l'étendue des flots ; souvent les rochers répétèrent leurs cris. Parents, amis, je fus sourde à votre voix ! Toutes mes pensées étaient pour Dargo, je l'aimais de toute la force de mes souvenirs pour Armor. Dargo, l'autre nuit j'ai goûté le sommeil à tes côtés sur la bruyère. N'est-il pas de place cette nuit dans ta nouvelle couche? Ta Crimoïna veut reposer auprès de toi, dormir pour toujours à tes côtés.

« Le chant de Crimoïna allait en s'affaiblissant à mesure qu'il approchait de sa fin; par degrés s'éteignait la voix de l'étrangère : l'instrument échappa aux bras d'albâtre de la fille de Lochlin ; . « Dargo se lève : il était trop tard ! l'âme de Crimoïna avait fui sur les sons de la harpe. »

On croira ce que l'on pourra des traductions calédoniennes de Tacite et de John Smith. Les historiens mentent un peu plus que les poëtes, sans en excepter Tacite qui toutefois répandait sa parole brûlante sur les tyrans, comme on jette de la chaux vive sur des cadavres pour les consumer.