Troisième partie
Traité de Milton sur le divorce
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859 (Essai sur la littérature anglaise), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Ce traité est divisé en deux livres : The Doctrine and discipline of divorce, restored to the good of both sexes, etc. « Doctrine et discipline du divorce, rétablies pour le bien des deux sexes. » Il s'ouvre par une adresse au Long-Parlement.
« S'il était sérieusement demandé, ô Parlement renommé, assemblée choisie! qui de tous les docteurs et maîtres a jamais attiré à lui un plus grand nombre de disciples en matière de religion et mœurs, on répondrait avec une apparence de vérité : C'est la coutume. La théorie et la conscience recommandent pour guide la vertu; cependant, que cela arrive par le secret de la volonté divine ou par l'aveuglement originel de notre nature, la coutume est silencieusement reçue comme le meilleur instructeur. s
L'écrivain pose ensuite divers principes qu'il ne prouve pas tous également.
« L'homme est l'occasion de ses propres misères, dans la plupart de ses maux qu'il attribue à la main de Dieu. Ce n'est pas Dieu qui a défendu le divorce, c'est le prêtre. La loi de Moïse permet le divorce, la loi du Christ n'a pas aboli cette loi de Moïse. La loi canonique est ignorante et inique lorsque, en stipulant les droits du corps, elle n'a rien fait pour la réparation des injustices et des souffrances qui naissent de l'esprit. Le mariage n'est pas un « remède contre les exigences de la nature; il est l'accomplissement d'un amour conjugal et d'une aide mutuelle : l'amour et la paix de la famille font le mariage aux yeux de Dieu. Or, si l'amour et la paix n'existent pas, il n'y a plus de mariage. Rien ne trouble et ne désole plus un chrétien qu'un mariage où l'incompatibilité de caractère se rencontre : l'adultère corporel n'est pas la plus grande offense faite au mariage : il y a un adultère spirituel, une infidélité des intelligences antipathiques, plus cruelle que l'adultère corporel. Prohiber le divorce pour cause naturelle, est contre nature. Deux personnes mal engagées dans le mariage passent les nuits dans les discordes et les inimitiés, se réveillent dans l'agonie et la douleur; ils traînent leur existence de mal en mal, jusqu'à ce que le meilleur de leurs jours se soit épuisé dans l'infortune, ou que leur vie se soit évanouie dans quelque peine soudaine. Moïse admet le divorce pour dureté de cœur; le Christ n'a pas aboli le divorce, il l'a expliqué; saint Paul a commenté les paroles du Christ. Le Christ ne faisait pas de longs discours, souvent il parlait en monosyllabes; il semait çà et là comme des perles, les grains célestes de sa doctrine; ce qui demande de l'attention et du travail pour les recueillir. On peut dire à celui qui renvoie sa femme pour cause d'adultère : Pardonnez-lui. - Vous pouvez montrer de la miséricorde ; vous pouvez gagner une âme : ne pourriez-vous donc divorcer doucement avec celle qui vous rend malheureux? Dieu n'aime pas à labourer de chagrins le cœur de l'homme; il ne se plaît pas dans nos combats contre des obstacles invincibles. Dieu le Fils a mis toute chose sous ses pieds ; mais il a commandé aux hommes de mettre tout sous les pieds de la Charité. »
Milton ne résout ici aucune question particulière; il n'entre point dans les difficultés touchant les enfants et les partages : son esprit large était contraire à l'esprit anglais qui se renferme dans le cercle de la société pratique. Milton généralise les idées, les applique à la société dans son ensemble, à la nature humaine entière; il fait liberté de tout, et prêche l'indépendance de l'homme sous quelque rapport que ce soit. Et cependant cet ardent champion du divorce a divinement chanté la sainteté et les délices de l'amour conjugal : Salut, amour conjugal, mystérieuse loi, véritable source de l'humaine postérité. » (Paradis perdu, livre IV.)
D'après ses principes sur le divorce, Milton voulut épouser une fille du docteur Dawis, jeune et spirituelle, mais elle ne se souciait pas du beau génie qui la recherchait. La première femme du poëte se ressouvint de lui alors : la famille Powell, devenue moins royaliste à mesure que la cause royale devenait moins victorieuse, désirait un raccommodement. Milton étant allé chez un de ses voisins nommé Blackborough, soudain la porte d'une chambre s'ouvre : Marie Powell se jette en larmes aux pieds de son mari et confesse ses torts; Milton pardonne à la pécheresse : aventure qui nous a valu l'admirable scène entre Adam et Ève au X° livre du Paradis perdu.
Soon his heart relented
Tow'rds her, his life so late and sole delight,
Now at his feet submissive in distress!
« Son cœur bientôt s'attendrit pour elle, naguère sa vie et ses « seules délices, à présent à ses pieds soumise dans la douleur. »
La postérité a profité d'une tracasserie de ménage.
Un mariage romanesque commencé dans le mystère, renoué dans les larmes, eut pour résultat la naissance de trois filles, et deux de ces Antigones rouvrirent les pages de l'antiquité à leur père aveugle.
Après le triomphe des parlementaires, Milton offrit un asile à la famille de sa femme. Todd a retrouvé des papiers dans les archives publiques, par lesquels on voit que Milton prit possession du reste de la fortune de son beau-père lorsqu'il mourut ; fortune qui lui revenait comme hypothèque d'une somme prêtée par le père du poëte. La veuve de Powell pouvait réclamer son douaire ; elle ne l'osa, car, dit-elle, M. Milton est un homme dur et colère, et ma fille qu'il a épousée, serait perdue si je poursuivais ma réclamation. »
Les Presbytériens ayant attaqué l'écrit sur le divorce, l'auteur irascible se détacha de leur secte, et devint leur ennemi.