Costumes. - fêtes et jeux
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859 (Essai sur la littérature anglaise), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
La population en mouvement autour des édifices, est décrite dans les chroniques et peinte dans les vignettes. Les diverses classes de la société et les habitants des différentes provinces, se distinguaient, les uns par la forme des vêtements, les autres par des modes locales. Les populations n'avaient pas cet aspect uniforme qu'une même manière de se vêtir donne cette heure aux habitants de nos villes et de nos campagnes. La noblesse, les chevaliers, les magistrats, les évêques, le clergé séculier, les religieux de tous les ordres, les pèlerins, les pénitents gris, noirs et blancs, les ermites, les confréries, les corps de métiers, les bourgeois, les paysans, offraient une variété infinie de costumes : nous votons encore quelque « chose de cela en Italie. Sur ce point, il s'en faut rapporter aux arts : que peut faire le peintre de notre vêtement étriqué, de notre petit chapeau rond et de notre chapeau à trois cornes?
Du douzième au quatorzième siècle, le paysan et l'homme du peuple portèrent la jaquette ou la casaque grise liée aux flancs par un ceinturon. Le sayon de peau, le pélican d'où est venu le surplis, était commun à tous les états. La pelisse fourrée et la robe longue orientale enveloppaient le chevalier quand il quittait son armure : les manches de cette robe couvraient les mains; elle ressemblait au cafetan turc d'aujourd'hui; la toque ornée de plumes, le capuchon ou chaperon tenaient lieu de turban. De la robe ample on passa à l'habit étroit, puis on revint à la robe qui fut blasonnée. Les hauts-de-chausses, si courts et si serrés qu'ils en étaient indécents , s'arrêtaient au milieu de la cuisse ; les bas de chausses étaient dissemblables ; on avait une jambe d'une couleur, une jambe d'une autre couleur. Il en était de même du hoqueton, mi-partie noir et blanc, et du chaperon mi-partie bleu et rouge. « Et si étaient leurs robes si étroites à vêtir et à dépouiller qu'il semblait qu'on les écorchât. Les autres avaient leurs robes relevées sur les reins comme femmes, si avaient leurs chaperons découpés menument tout entour. Et si avaient leur chausse d'un drap et l'autre de l'autre. Et leur venaient leurs cornettes et leurs manches près de terre, et semblaient mieux être jongleurs qu'autres gens. Et pour ce ne fut pas merveilles si Dieu voulut corriger les méfaits des Français par son fléau (la peste.) »
Par-dessus la robe, dans les jours de cérémonie, on attachait un manteau tantôt court, tantôt long. Le manteau de Richard Jer était fait d'une étoffe à raies, semé de globes et de demi-lunes d'argent, à l'imitation du système céleste (Winesalf). Des colliers pendants servaient également de parure aux hommes et aux femmes.
Les souliers pointus et rembourrés à la poulaine furent longtemps en vogue. L'ouvrier en découpait le dessus comme des fenêtres d'église ; ils étaient longs de deux pieds pour le noble, ornés à l'extrémité de cornes, de grilles ou de figures grotesques : ils s'allongèrent encore, de sorte qu'il devint impossible de marcher sans en relever la pointe et l'attacher au genou avec une chaîne d'or ou d'argent. Les évêques excommunièrent les souliers à la poulaine et les traitèrent de péché contre nature. On déclara qu'ils étaient contre les bonnes mœurs, et inventés en dérision du Créateur. En Angleterre, un acte du parlement défendit aux cordonniers de fabriquer des souliers ou des bottines dont la pointe excédât deux pouces. Les larges babouches carrées par le bout remplacèrent la chaussure à bec. Les modes variaient autant que celles de nos jours ; on connaissait le chevalier ou la dame qui, le premier ou la première, avait imaginé une haligote (mode) nouvelle : l'inventeur des souliers à la poulaine était le chevalier anglais Robert le Cornu. (W. Malmesbury.)
Les gentilfames usaient sur la peau d'un linge très-fin ; elles étaient vêtues de tuniques montantes enveloppant la gorge, armoriées à droite de l'écu de leur mari, à gauche de celui de leur famille. Tantôt elles portaient leurs cheveux ras, lissés sur le front et recouverts d'un petit bonnet entrelacé de rubans; tantôt elles les déroulaient épars sur leurs épaules ; tantôt elles les bâtissaient en pyramide haute de trois pieds ; elles y suspendaient ou des barbettes, ou de longs voiles, ou des banderoles de soie tombant jusqu'àterre, et voltigeant au gré du vent : au temps de la reine Isabeau, on fut obligé d'élever et d'élargir les portes pour donner passage aux coiffures des châtelaines. Ces coiffures étaient soutenues par deux cornes recourbées, charpente de l'édifice : du haut de la corne, du côté droit, descendait un tissu léger que la jeune femme laissait flotter, ou qu'elle ramenait sur son sein comme une guimpe, en l'entortillant à son bras gauche. Une femme en plein esbattement étalait des colliers, des bracelets et des bagues. A sa ceinture, enrichie d'or, de perles et de pierres précieuses, s'attachait une escarcelle brodée : elle galopait sur un palefroi, portait un ciseau sur le poing, ou une canne à la main. « Quoi de plus ridicule, dit Pétrarque dans une lettre adressée au pape en 1366, que de voir les hommes le ventre sanglé ! En bas de longs souliers pointus; en haut, des sanbot chargées de plumes : cheveux tressés allant de-ci de-là par derrière comme la queue d'un animal, retapés sur le front avec des épingles à tête d'ivoire.» Pierre de Blois ajoute qu'il était du bel usage de parler avec affectation. Et quelle langue parlait-on ainsi ? la langue de Robert Wace ou du Roman du Rou, de Ville-Hardouin, de Joinville et de Froissart !
Le luxe des habits et des fêtes passait toute croyance ; nous sommes de mesquins personnages auprès de ces Barbares des treizième et quatorzième siècles. On vit dans un tournoi mille chevaliers vêtus d'une robe uniforme de soie, nommée cointise, et le lendemain ils parurent avec un accoutrement nouveau aussi magnifique. (Matthieu Paris.) Un des habits de Richard II, roi d'Angleterre, lui coûta trente mille marcs d'argent. (Knyghton.) Jean Arundel avait cinquante-deux habits complets d'étoffe l'or. (Hollingshed chron.)
Une autre fois, dans un autre tournoi, défilèrent d'abord un à un soixante superbes chevaux richement caparaçonnés, conduits chacun par un écuyer d'honneur et précédés de trompettes et de ménestriers ; vinrent ensuite soixante jeunes dames montées sur des palefrois, superbement vêtues, chacune menant en lesse, avec une chaîne d'argent, un chevalier armé de toutes pièces. La danse et la musique faisaient partie de ces bandors (réjouissances). Le roi, les prélats, les barons, les chevaliers, sautaient au son des vielles, des musettes et des chiffonies.
Aux fêtes de Noël arrivaient de grandes mascarades. En 1348, en Angleterre, on prépara quatre - vingts tuniques de bougran, quarante-deux masques et un grand nombre de vêtements bizarres pour les mascarades. En 1377, une mascarade, composée d'environ cent trente personnes déguisées de différentes manières, offrit un divertissement au prince de Galles.
La balle, le mail, le palet, les quilles, les dés, affolaient tous les esprits. Il reste une note d'Edouard Il de la somme de cinq schellings, laquelle somme il avait empruntée à son barbier pour jouer à croix ou pile.