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L'Enchanteur 1768—1848
Essai sur la littérature anglaise Seconde défense

Troisième partie

Seconde défense

Essai sur la littérature anglaise · 3 min de lecture · p. 178–179 · chapitre 60 sur 107

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859 (Essai sur la littérature anglaise), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Milton répliqua peut-être encore avec plus de violence à la brochure de Pierre Du Moulin, chanoine de Canterbury, publiée par le ministre François Morus : Cri du sang royal vers le ciel contre les régicides anglais. Les royalistes croyaient émouvoir les princes étrangers en appelant Cromwell régicide et usurpateur; ils se trompaient : les souverains sont fort accommodants en fait d'usurpation ; ils n'ont horreur que de la liberté.

Defensio secunda est plus intéressante pour nous que la première : dans ce second traité, Milton a passé de la défense des principes à la défense des hommes : il raconte l'histoire de sa vie et repousse les reproches qu'on lui adresse ; il établit ainsi magnifiquement le leu de sa plaidoirie :

« Il me semble commander, comme du sommet d'une hauteur, une grande étendue de mer et de terre. Des spectateurs se pressent en foule : leurs visages inconnus trahissent des pensées semblables aux miennes. Ici, des Germains dont la mâle force dédaigne la servitude ; ici, des Français d'une impétuosité vivante et généreuse au nom de la liberté; de ce côté-ci le calme et la valeur de l'Espagnol; de ce côté-là la retenue et la circonspecte magnanimité de l'Italien. Tous les amants de l'indépendance et de la vertu, le courageux et le sage, dans quelque endroit qu'ils se trouvent, sont pour moi. Quelques-uns me favorisent en secret, quelques-uns m'approuvent ouvertement; d'autres m'accueillent par des applaudissements et des félicitations; d'autres, quis'étaient refusés longtemps à toute conviction, se livrent enfin captifs à la force de la vérité. Entouré par la multitude, je m'imagine à présent, que, des colonnes d'Hercule aux extrémités de la terre, je vois toutes les nations recouvrant la liberté dont elles avaient été si long-temps exilées ; je crois voir les hommes de ma patrie transporter dans d'autres pays une plante d'une qualité supérieure, et d'une plus noble croissance que celle que Triptolème transporta de régions en régions : ils sèment les avantages de la civilisation et de la liberté parmi les cités, les royaumes et les nations. Peut-être n'approcherai-je pas inconnu de cette foule, peut-être en serai-je aimé, si on lui dit que je suis cet homme qui soutient uu combat singulier contre le fier avocat du despotisme. »

N'est-ce pas là ce qu'on appelle aujourd'hui la propagande révolutionnaire éloquemment annoncée? Milton avait seul ces idées ; on n'en trouve aucune trace dans les révolutionnaires de son temps. Sa fiction s'est réalisée : l'Angleterre a répandu ses principes et les formes de son gouvernement sur toute la terre.

L'auteur de Defensio secunda, en parcourant son sujet, trace plusieurs portraits historiques :

Bradshaw w

« Jean Bradshaw, dont la liberté même recommande le nom à une éternelle mémoire, est sorti, comme chacun le sait, d'une noble famille. . . . . . . . Appelé par le Parlement à présider le procès du roi, il ne se récusa pas, et accepta cette charge pleine de péril. Il joignait à la science des lois un esprit généreux, une âme élevée, des mœurs intègres qui ne déplaisaient à personne. Il s'acquitta de son devoir avec tant de gravité, de constance, de présence d'esprit, qu'on eût pu croire que Dieu, comme autrefois dans son admirable providence, l'avait désigné de tout temps parmi son peuple pour conduire ce jugement. »

Voilà ce que les partis font d'un homme ! Bradshaw était un avocat bavard et médiocre.