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L'Enchanteur 1768—1848
Essai sur la littérature anglaise École des lacs. — poètes des classes industrielles

Cinquième partie

École des lacs. — poètes des classes industrielles

Essai sur la littérature anglaise · 2 min de lecture · p. 300 · chapitre 100 sur 107

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859 (Essai sur la littérature anglaise), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

En même temps que le roman passait à l'état romantique, la poésie subissait une transformation semblable. Cowper abandonna l'école française pour faire revivre l'école nationale; Burns, en Écosse, commença la même révolution. Après eux vinrent les restaurateurs des ballades: Coleridge, Wordsworth, Southey, Wilson, Campbell, Thomas Moore, Crabbe, Morgan, Rogers, Sheil, Hogg, ont amené cette poésie jusqu'à nos jours. Gertrude of Wyoming de Thomas Campbell, Lalla Rookh de Thomas Moore, les Plaisirs de la mémoire, par Rogers, ont obtenu un grand succès. Plusieurs de ces poëtes appartiennent à ce qu'on appelait Lake School, parce qu'ils demeuraient aux bords des lacs de Cumberland et de Westmoreland, et qu'ils les chantaient quelquefois.

Thomas Moore, Campbell, Rogers, Crabbe, Wordsworth, Southey, Hunt, Knowles, lord Holland, vivent encore pour l'honneur des lettres anglaises; mais il faut être né Anglais pour apprécier tout le mérite d'un genre intime de composition, qui se fait particulièrement sentir aux hommes du sol. Je ne sais s'il serait possible de bien rendre en français les mélodies de Thomas Moore, le barde d'Erin : appliquez cette remarque à ces petites pièces de poésie de noms divers, qui charment l'esprit et l'oreille d'un Anglais, d'un Irlandais, d'un Écossais. Le lyrique Burns, dont Campbell a célébré la mort, et le chansonnier des matelots, sont des enfants de la terre britannique; ils ne pourraient vivre dans leur énergie et leur grâce, sous un autre soleil. Nous prétendons comprendre Anacréon et Gtulle : je suis persuadé que la finesse attique et l'urbanité romaine nous échappent.

L'Angleterre a vu de temps en temps des poëtes sortir des classes industrielles : Bloomfield, garçon cordonnier, est auteur du Garçon de ferme (the Farmer's Boy), poëme dont la langue est extrêmement savante. Aujourd'hui c'est un forgeron qui brille : Vulcain était fils de Jupiter 1. Hogg, qui vient de mourir, le premier poëte de l'Ecosse après Burns, était un fermier. Nous avons aussi nos muses du peuple : je ne parlerai point de la belle Cordière et de Clémence de Bourges, parce qu'en dépit de leurs talents et de leurs noms, elles étaient riches ; maître Adam, menuisier de Nevers, s'oppose mieux au cordonnier anglais. A présent même, J. C. Jouvenot, ancien artisan serrurier, a donné deux volumes de poëmes, de comédies et de tragédies. Reboul, boulanger à Nîmes, adresse à une mère ces stances d'une poétique et touchante inspiration :