Chapitre III. Lettres de France. (Mai 1800-mai 1803) (suite)
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Lui-même était impatient de répondre aux principales critiques de ses détracteurs. C'est ce qu'il fit, avec une vigueur très admirée, dans la Défense, mise en tête de la seconde édition (1803). - Et comme Sainte-Beuve a remis en cours les vieilles objections de Ginguené contre l'objet, le genre et les idées du Génie du Christianisme, la Défense a retrouvé, par la grâce du critique, une sorte d'actualité. Sainte-Beuve ne brille pas au rapprochement. - & Le plan de Pascal », objecte l'historien des jansénistes. - Au commencement du xixe siècle, Chateaubriand serait allé loin avec ce plan et ce genre! - M. de Saint-Cyran, le grand chrétien, disait à Balzac, etc...» - « Le style chrétien est humble, modeste, le plus souvent négligé, élevé seulement par le fond, médiocre par la forme... Il mortifie la gloire, il repousse l'effet. C'est après tout la parole de celui qui, le jour de son triomphe, voulut entrer dans Jérusalem, monté sur une ânesse... L'auteur du Génie du Christianisme s'est-il assez dit cela?2 »
(2) Chateaubriand et son groupe. ↩
Il s'est dit tout le contraire : « Dès lors que l'on a voulu rendre la religion ridicule, il est tout simple de montrer qu'elle est belle. Eh quoi ! Dieu lui-même nous aurait fait annoncer son Église par des poètes inspirés; il se serait servi, pour nous peindre les grâces de l'Épouse, des beaux accords de la harpe du Roi-Prophète; et nous, nous ne pourrions dire le charme de celle qui vient du Liban, etc. La Jérusalem nouvelle que saint Jean vit s'élever du désert était toute brillante de clarté.
» Peuples de la terre, chantez.
Jérusalem renaît plus charmante et plus belle! »
Au & style chrétien » que Sainte-Beuve aurait voulu mortifié, négligé, médiocre, Chateaubriand a préféré donner tous les prestiges de l'éloquence et de la poésie.
Et ce faisant, s'il a déserté les traditions de Port-Royal (ruine maussade), il a bien mérité du vrai christianisme et de son immortel génie.
Pénétrante et nouvelle, quand elle étudie la partie littéraire, la « poétique » du Génie du Christianisme, la critique de Sainte-Beuve s'émousse à l'examen des idées fondamentales de ce livre; embarrassée de préjugés, elle retombe dans les vieilleries du philosophisme; elle est courte et mesquine. L'auteur de Chateaubriand et son groupe cite une lettre de Benjamin Constant à Fauriel, dans laquelle le Génie, qui venait de paraître, était appelé « galimatias double», « plagiat de l'ouvrage de Mme de Staël sur la Littérature », a absence de la sensibilité comme de la bonne fo « .
Au ton de cette lettre, ce qu'il y a de plus évident, c'est la vive irritation causée à un protestant libéral par l'apologie des doctrines opposées. Sainte-Beuve y cherche et y voit autre chose, en vertu d'un rapprochement qui n'est pas sans intérêt :
Ceux qui prennent plaisir à comparer ce qui se dit dans les a parte des coulisses avec ce qui se débite avec pompe sur le devant de la scène n'ont qu'à chercher à la suite du Congrès de Vérone une lettre écrite par Benjamin Constant à Chateaubriand, à qui il venait d'adresser son ouvrage sur la Religion (31 mars 1824): Monsieur le vicomte, je remercie Votre Excellence de vouloir bien, quand elle le pourra, consacrer quelques instants à la lecture d'un livre dont, j'ose l'espérer, malgré des différences d'opinion, quelques détails pourront lui plaire. Vous avez le mérite d'avoir, le premier, parlé cette langue, lorsque toutes les idées élevées étaient frappées de défaveur, et si j'obtiens quelque attention du public, je le devrai aux émotions que le Génie du Christianisme a fait naître et qui se sont prolongées parce que la puissance du talent imprime des traces ineffaçables. Votre Excellence trouvera dans mon livre un hommage bien sincère à la supériorité de son talent et au courage avec lequel elle est descendue dans la lice, torte de ses propres forces s, etc.
La réflexion de Sainte-Beuve n'effleure que les mots : elle est toute superficielle. Entre les deux pièces produites, n'oublions pas qu'il y a un intervalle de vingt-deux ans (1802-1824). Il avait fallu moins de temps au Génie du Christianisme pour triompher des hostilités premières. Peu à peu, les plus adverses s avaient subi la séduction. Ce langage . novateur, dont les hardiesses leur parurent d'abord insoutenables, avait fini par les gagner, et, plus ou moins, était devenu leur langage. Ces idées religieuses, que leur philosophisme avait juré d'anéantir, ils s'étaient réconciliés avec elles et les prônaient à leur tour.
Là donc où Sainte-Beuve trouve prétexte à des sourires ironiques, je signale, dans tous les camps et jusqu'au sein du protestantisme libéral, l'influence prodigieuse, désormais avouée, je salue l'éclatante victoire du Génie du Christianisme.
Les projets de Rome inspirèrent au brillant apologiste la pensée de déposer son ouvrage aux pieds du Souverain Pontife. La lettre suivante annonçait et accompagnait l'envoi :