Chapitre V. Six mois à Rome. (Juin 1803-janvier 1804) (suite)
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Lettre de parfait bonheur et de bonheur expansif. Je me permets de la signaler parce qu'elles sont rares, dans la correspondance de Chateaubriand, les lettres de cette façon.
Si rares soient-elles, il y en a plusieurs; et celle qu'on vient de lire est des plus caractérisées,
Nul n'était autant prévenu contre le jeune secrétaire que M. Cacault.
Retourner et charmer ce vieux diplomate hostile, n'est-ce pas un excellent début diplomatique?
Il l'avait si bien gagné et séduit que, rétractant de son propre mouvement ses premières appréciations, l'ancien ministre s'empressait d'écrire à M. de Talleyrand :
Citoyen ministre
Le citoyen Chateaubriant (sic) est arrivé et m'a paru un digne homme, très intéressant, incapable de faire ici le dogmatiseur. Je l'ai reçu et logé chez moi : tout ira bien. Je suis fâché à présent de m'être prévenu et alarmé en vous écrivant, mais pour vous seul, qu'il me paraissait bien mal vu d'envoyer un docteur imprimé à Rome qui a le privilège exclusif du savoir divin. Le citoyen Chateaubriand ne cherchera pas à faire du bruit de son ouvrage, ni à se montrer théologien : il s'attachera au travail de la légation; ainsi tout ira bien... M. le cardinal Fesch vient avec des abbés français de son diocèse ; il vient se mettre avec moi dans ma maison : tout ira à merveille. L'inquiétude que je vous ai témoignée n'a plus de fondement, mais elle vous prouve le désir qui m'anime pour le succès de la légation qui vient remplacer la mienne1.
(1) Les Débuts diplomatiques de Chateaubriand. - M. le comte Édouard Frémy serait agréable à bon nombre de lecteurs en réunissant en volume les trois études, très documentées et fort intéressantes, qu'il a publiées dans le Correspondant, numéros de septembre et octobre 1893. ↩
J'ai souligné le passage où Chateaubriand mande à Fontanes que le ministre des affaires étrangères lui a écrit directement : « Immortel honneur ! »
Si, plus tard, le secrétaire croit avoir des prérogatives personnelles, s'il prétend que sa mission est distincte, n'est-on pas en droit de supposer qu'il se souvient des instructions de M. de Talleyrand ?
Les paroles du ministre auraient-elles gardé quelque ambiguïté? Le fait exceptionnel de s'adresser directement au secrétaire n'était-il, pas de nature à confirmer celui-ci dans son erreur ?
S'il croit à tort, à qui la faute?
Voici la réponse « d'environ quarante-huit mots » :