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L'Enchanteur 1768—1848
Chateaubriand, sa femme et ses amis Chapitre V. Six mois à Rome. (Juin 1803-janvier 1804) (suite)

Chapitre V. Six mois à Rome. (Juin 1803-janvier 1804) (suite)

Chateaubriand, sa femme et ses amis · 2 min de lecture · p. 142–143 · chapitre 59 sur 167

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Bordeaux : Féret, 1896, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Dès son arrivée dans la Ville Éternelle, Chateaubriand avait sollicité l'honneur d'être reçu par le Saint-Père. Cette faveur lui fut accordée le 1er juillet1. Comment le Souverain Pontife le reçut, lui-même va le raconter à Fontanes.

(1) Les Débuts diplomatiques de Chateaubriand. ↩

L'historien des Débuts diplomatiques présente cette audience demandée par Chateaubriand, en son propre nom, comme une première faute.

Examinons la valeur de ce reproche.

Chateaubriand avait précédé à Rome le cardinal Fesch. Attendu le 16 messidor, celui-ci devance le jour annoncé et fait son entrée dans la capitale du monde chrétien, le 1o (ou 11) messidor [30 juin]. Le caractère et les dispositions que nous lui connaissons autorisent à penser qu'il s'était fort peu mis en peine de renseigner le secrétaire sur les modifications de son voyage. Persuadé que l'ambassadeur n'arriverait pas avant huit jours, est-ce que le secrétaire devait laisser une longue semaine s'écouler sans déposer ses hommages aux pieds de Sa Sainteté? Est-ce que l'auteur du Génie du Christianisme n'avait pas à craindre de paraître peu empressé?

D'autant que son prédécesseur voyait souvent Pie VII.

Bien mieux : les autres membres de la légation affirmaient au nouveau venu que M. Artaud voyait le Pape en vertu d'un droit. M. Cacault, chez lequel il demeure, ne le détrompe pas et, sans doute, l'encourage d'abord, le félicite ensuite.

Et puis, M. de Talleyrand n'avait-il pas écrit directement au secrétaire de la légation, en l'absence du cardinal? N'était-ce pas une dérogation aux anciens usages, dérogation qui confirmait Chateaubriand dans la pensée qu'une sorte de mission spéciale lui avait été confiée.

Mais se présenter au Pape la veille même de l'arrivée de l'ambassadeur ! -Est-ce que Chateaubriand avait choisi le jour? N'avait-il pas accepté celui que le Pape lui avait fait assigner?

Voyons ce que fut le cardinal, pour son prédécesseur et ancien ami, M. Cacault, et nous devinerons ce qu'il fut, dès le principe, pour un subordonné vu de mauvais œil et qui l'éclipsait de sa gloire. Le cardinal s'adresse à M. de Talleyrand :

13 messidor an XI [2 juillet 1803].

Citoyen ministre

Je m'empresse de vous annoncer mon arrivée à Rome après un voyage heureux. Mon prédécesseur m'a reçu avec une grande amitié et je suis logé chez lui. Je vais prendre la direction des affaires pour répondre à la confiance du gouvernement. Il me sera très agréable de vous renouveler souvent, citoyen ministre, les assurances de mon attachement et de ma parfaite considération1.

(1) Sous la date du 3 juillet, il mandait à Joubert : « Sa Sainteté m'a reçu hier. » D'après cette indication, c'est le 2 qu'il aurait été reçu. ↩

(1) Collection Marette, copie.

M. Cacault écrit de son côté que « son amitié pour le cardinal Fesch et l'extrême désir de plaire au Premier Consul l'ont fait consentir avec plaisir à rester environ un mois avec le cardinal (2) ».

Accueilli avec prévention par M. Cacault, nous avons vu comme Chateaubriand s'était vite concilié ses bonnes grâces.

Déjà lié d'amitié avec M. Cacault, nous allons voir comme le cardinal aura vite fait de se brouiller avec lui.

Mais avant d'entrer dans le récit de ces longs démêlés, l'ordre des dates appelle une lettre de Chateaubriand à Migneret.