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L'Enchanteur 1768—1848
Chateaubriand, sa femme et ses amis [Chateaubriand] → [Guizot], 12 mai 1809, Val de Loup

Chapitre XI. Publication des « Martyrs »

[Chateaubriand] → [Guizot], 12 mai 1809, Val de Loup

Chateaubriand, sa femme et ses amis · 1 min de lecture · chapitre 125 sur 167

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Bordeaux : Féret, 1896, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Voir le fac-similé.

Val de Loup, le 12 mai 1809.

Mille remercîments, Monsieur; j'ai lu vos articles avec un extrême plaisir. Vous me louez avec tant de grâce et vous me donnez tant de louanges, que vous pouvez affaiblir celles-ci : il en restera toujours assez pour satisfaire ma vanité d'auteur et toujours plus que je n'en mérite.

Je trouve vos critiques fort justes. Une surtout m'a frappé par la finesse du goût...

Au reste, Monsieur, vous connaissez les tempêtes élevées contre mon ouvrage et d'où elles partent. Il y a une autre plaie cachée qu'on ne montre pas, et qui au fond est la source de la colère; c'est ce Hiéroclès qui égorge les chrétiens au nom de la philosophie et de la liberté. Le temps fera justice si mon livre en vaut la peine, et vous hâterez beaucoup cette justice en publiant vos articles, dussiez-vous les changer et les mutiler jusqu'à un certain degré. Montrez-moi mes fautes, Monsieur; je les corrigerai. Je ne méprise que les critiques aussi bas dans leur langage que dans les raisons secrètes qui les font parler. Je ne puis trouver la raison et l'honneur dans la bouche de ces saltimbanques littéraires aux gages de la police, qui dansent dans le ruisseau pour amuser les laquais.

Je suis à ma chaumière, Monsieur, où je serai enchanté de recevoir de vos nouvelles. Je serais trop heureux de vous y donner l'hospitalité, si vous étiez assez aimable pour venir me la demander.