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L'Enchanteur 1768—1848
Chateaubriand, sa femme et ses amis Chateaubriand → Mme de Talaru, 26 juillet 1806, Venise

Chapitre IX. Le voyage d'orient et l'exil. (Juillet 1806-juillet 1807) (suite)

Chateaubriand → Mme de Talaru, 26 juillet 1806, Venise

Chateaubriand, sa femme et ses amis · 2 min de lecture · p. 360 · chapitre 112 sur 167

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Bordeaux : Féret, 1896, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

A Madame de Talaru, rue des Saints-Pères, à Paris.

Venise, 26 juillet 1806.

Mme de Chateaubriand vous a écrit de Milan, ma chère cousine. C'est moi qui me charge aujourd'hui de vous parler pour elle et pour moi. Vous voyez que nous sommes à Venise. Je pars après-demain pour Trieste, où j'ai presque, à présent, la certitude de trouver un vaisseau neutre pour le Levant. Avec quel plaisir, ma chère cousine, nous vous retrouverons après nos voyages ! Ma femme, je crois, retournera la première à Paris, et moi j'espère y être toujours dans le mois de décembre. Alors, plus de courses sur cette terre; plus d'envie de changer de climats. J'irai habiter quelque petite chaumière auprès de votre château; j'y mettrai en ordre mes barbouillages; je tâcherai de devenir une personne sérieuse, tranquille et grave. Il y a cependant quelques sentiments en moi que je ne veux pas changer; vous les connaissez : ils seront éternellement les mêmes, ainsi que la tendre amitié que je vous ai vouée.

Ma femme est charmée de l'Italie, où cependant elle ne voudrait pas demeurer. Elle est raisonnable, aimable, gentille; elle dit qu'elle ne compte guère que sur vous; elle meurt d'envie d'en être à la partie fixe de notre vie. Je lui jure que je ne voyagerai plus, et je tiendrai ma parole. Cette dernière excursion était absolument nécessaire pour achever mon ouvrage, et encore plus pour compléter dans mon esprit une suite d'observations et de connaissances pour lesquelles j'ai déjà tant fait de sacrifices. J'espère que vous m'avez déjà pardonné : je charge M. de T[alaru] de plaider ma cause. Au reste, j'ai reçu partout des marques d'une bienveillance extrême : j'ai trouvé ici une nouvelle traduction du Génie, et j'ai presque autant d'amis à Venise qu'à Paris.

A propos d'amis, avez-vous vu M. Joubert, M. Fontanes, Mme de Coislin ? Mais je vous fais des questions sans songer que je n'en recevrai pas la réponse, puisque je voyagerai vers la Grèce au moment où vous recevrez cette lettre-ci.

Adieu donc, très chère, très aimée et très aimable cousine. Tendres souvenirs à MM. Court et Chavana. Ma femme se joint à moi dans tout ceci et vous prie de lui conserver votre amitié.

Chat.