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L'Enchanteur 1768—1848
Chateaubriand, sa femme et ses amis Chapitre V. Six mois à Rome. (Juin 1803-janvier 1804) (suite)

Chapitre V. Six mois à Rome. (Juin 1803-janvier 1804) (suite)

Chateaubriand, sa femme et ses amis · 2 min de lecture · p. 150–151 · chapitre 63 sur 167

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Bordeaux : Féret, 1896, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

La lettre a beau se terminer sur un compliment à l'adresse du cardinal. Outre que cette déclaration même est un indice de rapports présumés difficiles, elle n'atténue en rien l'amertume des réflexions qui précèdent : « Je ne tiens à rien ; si la fièvre m'emporte, personne ne pleurera »; et le tout dernier mot : « c'est ennuyeux à mourir », les rappelle plutôt, les confirme et les aggrave.

Est-ce donc à Fontanes qu'il parle ainsi ? Et cette aimable Mme de Beaumont, qui ne vit que de son souvenir et n'aspire qu'au moment de le rejoindre, est-ce qu'il doute de son amitié? Ou même l'aurait-il oubliée? Ni l'un ni l'autre.

Demain, il lui rendra pleine justice, en la priant d'intervenir, pour l'aider à réparer & une sottise . Avant l'arrivée du cardinal Fesch, il avait commis l'erreur diplomatique de faire visite à l'ex-roi de Sardaigne (le souverain dépossédé que représentait à Saint-Pétersbourg le comte J. de Maistre).

Mme de Beaumont s'empresse de mettre M. de Fontanes dans la confidence de cette fausse manœuvre et le supplie d'en conjurer les suites.

Elle est bien touchante cette lettre, écrite en faveur du secrétaire, par la noble fille du dernier ministre des affaires étrangères de Louis XVI, le courageux et infortuné M. de Montmorin :

M. de Chateaubriand, qui ne veut point accabler M. de Fontanes de ses lettres, me charge de causer avec lui d'une sottise qu'ils viennent de faire, et de le prier de les aider à la réparer. Cette sottise consiste à avoir été faire une visite au pauvre roi de Sardaigne; il ajoute : « Je suis tombé avec le cardinal, de sorte que le mal, qui après tout n'est pas un mal, est bien peu de chose. » Je ne sais pas si on en jugera ainsi. Je suis bien fâchée de partir sans avoir pu causer avec M. de Fontanes. J'espère cependant que cette légèreté ne sera pas prise trop sérieusement ; cependant je ne suis pas tranquille. M. de Chateaubriand a écrit à MM. de Talleyrand et Hauterive sur cette affaire. Comment l'auront-ils prise !

Je demande pardon à M. de Fontanes : je suis tellement excédée de fatigue que je ne puis relire ce griffonnage, et qu'à peine j'ai la force de lui renouveler l'assurance de mes sentiments et de lui dire combien le souvenir des moments que j'ai passés avec lui me sera toujours cher1.

(1) Bibl. de Genève. - Original autogr. La suscription est en partie déchirée. ↩

Montmorin-Beaumont

(Suscription) [Mons]ieur de Fontanes,

rue [des Pe]tits Augustins, la porte près des bains.

La lettre de Chateaubriand au ministre des relations extérieures a été publiée dans les Débuts diplomatiques. Elle est du 23 messidor an XI. Je la reproduis :