Chapitre III. Lettres de France. (Mai 1800-mai 1803) (suite)
[Chateaubriand] → Fontanes, 8 vendém, an X [30 septembre 1801]
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8 vendém, an X [30 septembre 1801].
Vous savez qui nous avons ici. Il est parti fort malheureux1. Il vous prie d'agir pour lui; voici à quoi il réduit ses demandes :
(1) « Un soir [à Savigny] nous vîmes dans notre retraite quelqu'un entrer à la dérobée par une fenêtre et sortir par une autre : c'était M. Laborie; il se sauvait des serres de Bonaparte. » (Mém. d'Outre-Tombe, t. II, p. 251.) ↩
Il consent à perdre sa place, puisqu'on le veut absolument, mais du moins, après s'être séparé de l'homme, qu'on le laisse, lui, tranquille, respirer l'air à Paris ou du moins aux environs. Je ne vois rien de plus modéré que cela, et je crois qu'à ces termes-là vous pouvez solliciter votre grande puissance, puisque ce ne sera plus pour l'homme, qu'elle peut haïr, mais pour un pauvre diable, qui souffre pour cet homme.
Notre ami commun est un galant homme, qui mérite qu'on lui rende toutes sortes de services, car il en savait rendre lui-même dum fortuna fuit.
Vous avez vu l'article de V[illeterque] dans le Journal de Paris. Ce qu'il y a de singulier, c'est que la phrase orgueilleuse qu'il me reproche est retranchée dans le volume corrigé que j'ai ici. Au reste, sa critique me paraît injuste, et, si je suis sûr de quelque chose comme style, c'est du serpent2; je crois aussi que c'est votre avis.
(2) Le serpent, dans le Génie du Christianisme, publié sans doute en extraits. ↩
Je suis toujours malade, et j'écris avec peine.
Je touche enfin au bout de mon travail. Encore quinze jours et tout ira bien; cependant je suis triste, je ne sais pourquoi.
Mille choses aimables à toute votre famille. Respects et excuses à Mme B[acciochi]. Répondez-moi sur notre ami, car il doit revenir.
Voici mon adresse :
A Madame Beaumont, à Savigny-sur-Orges, par Fromenteau.
(Suscription) Au citoyen Fontanes,
rue Saint-Honoré, près le passage Saint-Roch, à Paris1.
(1) Bibl. de Genève. - Original autogr. Dans la date, an X paraît être d'une autre main. ↩