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L'Enchanteur 1768—1848
Chateaubriand, sa femme et ses amis Chateaubriand → M. Marin, 25 mars [1805], Paris

Chapitre VII. Premiers temps de la vie conjugale. (Février 1804 - juillet 1806) (suite)

Chateaubriand → M. Marin, 25 mars [1805], Paris

Chateaubriand, sa femme et ses amis · 2 min de lecture · p. 310 · chapitre 103 sur 167

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Bordeaux : Féret, 1896, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Paris, 25 mars [1805].

A M. Marin, sculpteur français,

Place de la Concorde, au coin de la rue de la Concorde.

Mon dessein, mon cher Monsieur, est d'honorer la mémoire de Mme de Beaumont et de sa famille par le monument que vous avez achevé. Je ne tiens point aux inscriptions. Faites pour le mieux; je serai toujours content, pourvu que le monument soit placé le plus tôt possible.

La chicane qu'on vous a faite est ridicule; mais il s'agissait de moi, et je devais m'y attendre. C'est dans l'ordre. Encore une fois, je remets le tout à votre jugement.

Vous verrez par le billet ci-inclus que je me suis conformé à vos désirs. J'ai payé entre les mains de votre ami de petites sommes. Dans les jours de ma prospérité, je m'étais engagé avec M. d'Agincourt à porter le prix de votre travail à 400 piastres. J'en viens de payer 100, outre le complément des frais. Je vous en dois donc encore 300; ce qui fera pour le monument la totalité de 878 piastres.

Je tâcherai de m'acquitter envers vous le plus tôt possible. A mesure qu'il me rentrera quelque chose des éditions du Génie du Christianisme, ce sera pour vous. Votre travail est inestimable, et, si j'étais riche, je saurais ce que j'aurais à faire; mais vous savez que j'ai embrassé le parti de la pauvreté. Ne me regardez plus que comme une espèce d'artiste, votre confrère, qui n'a malheureusement pas comme vous l'art d'animer le marbre et de faire parler la pierre.

Je n'attends que la paix pour passer en Grèce, et certainement je prendrai ma route par l'Italie. Je verrai alors votre bel ouvrage dont MM. de Laborde et Forbin m'ont fait un récit merveilleux. Vous avez à Rome maintenant une amie intime de Mme de Beaumont, Mme de Staël. C'est aussi mon amie. Si vous la voyez, rappelez-moi à son souvenir, et dites-lui que je suis bien fâché de ne pas me trouver à Rome en même temps qu'elle, et que je lui recommande les cendres de notre commune amie.

Dites aussi à M. d'Agincourt que ma vénération pour lui va toujours croissant, que je ne passe guère de jours sans penser à sa petite maison, à ses travaux, à son noble caractère; que je ne mourrai pas content, si je ne puis l'embrasser encore une fois dans ma vie. Ne négligez pas ces deux commissions pour Mme de Staël et M. d'Agincourt1.

(1) « Je n'ai pu, en examinant ces peintures (église de Bethléem), m'empêcher de penser au respectable M. d'Agincourt, qui fait à Rome l'Histoire des arts du dessin dans le moyen âge, et qui trouverait à Bethléem de grands secours. » - « Nous jouissons enfin des premières livraisons de cet excellent ouvrage, fruit d'un travail de trente années et des recherches les plus curieuses. « (Itinéraire de Paris à Jérusalem.) ↩

Pour vous, mon cher Monsieur, recevez tous mes remercîments, et croyez que vous avez dans votre serviteur un ami sincère et tout dévoué. DE CHATEAUBRIAND2.

(2) Orig. autog. ↩