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L'Enchanteur 1768—1848
Chateaubriand, sa femme et ses amis [Chateaubriand] → M. l'abbé de Bonnevie, 13 décembre [1804], [Villeneuve-sur-Yonne]

Chapitre VII. Premiers temps de la vie conjugale. (Février 1804 - juillet 1806) (suite)

[Chateaubriand] → M. l'abbé de Bonnevie, 13 décembre [1804], [Villeneuve-sur-Yonne]

Chateaubriand, sa femme et ses amis · 2 min de lecture · p. 308 · chapitre 101 sur 167

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Bordeaux : Féret, 1896, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

[Villeneuve-sur-Yonne], 13 décembre [1804].

A M. l'abbé de Bonnevie, grand-vicaire à Lyon.

Mon ami, vous faites comme toutes les personnes qui ont quelque chose à se reprocher. Vous commencez par crier bien haut et par vous plaindre, de peur que l'on ne vous fasse de justes reproches. Je ne vous écris pas, je vous oublie, etc. Mais, mon cher enfant, m'écrivez-vous ? Vous êtes-vous souvenu un moment que moi et ma femme étions au monde, depuis que vous nous avez quittés ? Comment, d'ailleurs, pourrais-je vous être utile ? Je suis en Bourgogne depuis quatre mois; il y en a bientôt six que je n'ai vu ni n'ai pu voir vos protecteurs. Tout ce que je sais, c'est que Mme B[acciochi] et votre voyageur de Dantzick pensent toujours à vous. Un des frères de Joubert lui a mandé l'autre jour qu'ils vous voulaient toujours tous deux1. D'après les politesses qui se sont passées entre vous et les Romains, il n'y a pas lieu de craindre que vous soyez persécuté de ce côté-là. Soyez donc tranquille : je vous ai toujours dit que vous réussiriez. Memento, Domine, David, quand vous serez dans votre gloire.

(1) M. Elie Joubert qui fut médecin de la grande-duchesse Elisa (Mme Bacciochi). ↩

Je suis très content de votre oraison funèbre; elle est noble et de bon goût. Mais, cher voleur, vous m'avez pris mon Te Deum solitaire2. Vous êtes obligé à restitution. Je vous dis en vérité que vous serez l'honneur du clergé de France. M. Lorgerill est passé à Paris comme un éclair; il ne m'a pas trouvé et il m'a écrit un mot ici. Je pars demain, seul, jeudi, pour la capitale; j'y passerai quinze jours, puis je reviendrai chercher ma femme que je laisse ici. A mon retour, je ne serai que huit jours chez Joubert, de sorte que je serai à poste fixe, à Paris, vers le 15 de janvier.

(2) Le passage visé est l'un des plus beaux du Génie du Christianisme. Fontanes l'avait cité dans son premier extrait (Mercure de France, 1802) [floréal an X]. Voici les deux phrases essentielles : « Le Père Lizardi fut percé de flèches sur un rocher; son corps était à demi déchiré par les oiseaux de proie, et son bréviaire était ouvert auprès de lui, à l'office des morts. Quand un missionnaire rencontrait ainsi les restes d'un de ses compagnons, il s'empressait de leur rendre les honneurs funèbres; et, plein d'une grande joie, il chantait un Te Deum solitaire sur le tombeau du martyr. » ↩

Mille joies donc, mon cher ami, surtout mille espérances. Hélas ! c'est moi qui n'en ai plus d'espérances. Je finis mon rôle dans le monde et je me retire.

Tout à vous3.

(3) Orig. autog. ↩