Aller au contenu
L'Enchanteur 1768—1848
Chateaubriand, sa femme et ses amis Chapitre V. Six mois à Rome. (Juin 1803-janvier 1804) (suite)

Chapitre V. Six mois à Rome. (Juin 1803-janvier 1804) (suite)

Chateaubriand, sa femme et ses amis · 2 min de lecture · p. 152–153 · chapitre 65 sur 167

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Bordeaux : Féret, 1896, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Fontanes n'eut pas grand'peine à sauver la situation. Mais ce billet, tracé d'une main que l'inquiétude autant que l'épuisement rendait tremblante, et que la mort allait sitôt glacer, il le réunit aux lettres de Chateaubriand, et le conserva comme un de ses plus précieux souvenirs.

L'affaire à peu près étouffée, la situation n'était pas changée. Elle restait, ce qu'elle fut dès l'origine, gênée et fausse, vis-à-vis du cardinal, pleine d'humiliations et d'entraves pour le secrétaire. Tranchons le mot, puisque les deux historiens opposés nous ont révélé le fond des choses : elle était intolérable pour Chateaubriand.

« On ne l'initiait à aucun mystère diplomatique : c'était comme s'il eût été expéditionnaire dans une préfecture. Après ses longues promenades et fréquentations du Tibre, il ne rencontrait en rentrant que les parcimonieuses tracasseries du cardinal. »

En résumant ainsi l'histoire du secrétaire, les Mémoires n'exagèrent point. Ce langage est conforme à celui de M. Artaud, et même, si l'on veut lire entre les lignes, à la pensée de l'historien du cardinal Fesch.

Au surplus, voici les plaintes que l'ambassadeur formulait contre Chateaubriand.

Sous la date du Io août, il mandait au Premier Consul :

« J'avais fait rétablir l'ancienne étiquette pontificale. Mais M. de Chateaubriand est parvenu à l'enfreindre de nouveau et a conduit au Saint-Père cinq Français non présentés à l'ambassadeur » Le cardinal ajoutait qu'à cette occasion, l'ambitieux secrétaire avait dit au ministre du Pape que le Consul, en le choisissant pour cette légation, voulait l'utiliser; qu'il avait en conséquence des commissions particulières, des attributions séparées de celles de l'ambassadeur, et que même, l'organisation nouvelle des secrétaires des légations françaises leur donnait droit de traiter séparément avec les souverains vers lequels ils étaient envoyés. Il assurait enfin que « le secrétaire du Pape lui avait confié d'autres propos extravagants de cet incommode subordonné » Et il résumait toute sa plainte par un jugement ainsi conçu : « Chateaubriand est venu à Rome, persuadé d'être précédé par la réputation de son ouvrage; mais ici il n'y a que des docteurs en théologie, qui y ont vu des hérésies formelles. Il croyait devenir le réorganisateur de la religion en France et entamer des négociations entre la clique de certains religionnaires et le Saint Siège; il dit, avec les prêtres, qu'il veut les entrées libres chez le Pape, ou qu'il s'en ira. Je saurai le surveiller, et déjouer ses intrigues, s'il en formait1. »

(1) Pièces extraites de l'ancienne Secrétairerie d'État, par Villemain. - Par la « clique de certains religionnairee », le cardinal Fesch entend les évêques non démissionnaires. Ce mot, sous cette plume, est révoltant. ↩

L'ennui dévorait Chateaubriand, l'ennui de naissance, exaspéré par mille coups d'épingle.

Son cœur se gonflait de tristesse, et chaque jour ajoutait à la révolte que lui causaient les petitesses dont il était la victime.

C'est alors qu'il écrivit à Joubert : « Le chagrin est mon élément : je ne me retrouve que quand je suis malheureux. »

A ce compte, et dans le sens ironique du poète, il pouvait se dire « content ». Il ajoutera bientôt en propres termes : Mon sort est rempli. v

Le temps lui durait de ne pouvoir se dégonfler à l'aise dans le cœur de Fontanes. L'occasion se présente & enfin :