Paul de Raynal. jugements littéraires sur m. j. Joubert
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M. Sainte-beuve
M. Sainte-Beuve a parlé souvent de M. Joubert; il a parlé de lui notamment à l'occasion de ses illustres amis, M. de Chateaubriand, M. de Fontanes, M. de Chênedollé; et il l'a souvent cité : car les Pensées sont devenues une sorte de monnaie courante à l'usage des esprits les plus distingués. Il lui a surtout consacré deux articles étendus, le premier en 1838, à propos de la première publication restreinte, faite par les soins de la veuve de M. Joubert et de M. de Chateaubriand1 ; le second en 1850, lors de la réimpression de l'édition plus complète qui avait été publiée en 1842 par M. Paul de Raynal2. Nous sommes autorisés à donner des extraits étendus de ces deux appréciations si pleines de goût, et où, suivant son usage, M. Sainte-Beuve, toujours habile à mettre en relief les physionomies littéraires, a multiplié les citations et les a choisies avec le tact qu'il possède à un merveilleux degré.
1. Voir la notice de M. Paul de Raynal, p. LXXX. ↩
2. Ces deux appréciations ont été recueillies, l'une dans les Portraits littéraires, t.l!, p. 300; l'autre dans les Causeries du Lundi,t. I, p. 158. ↩
On se rappelle que le volume de 1838, tiré à un petit nombre d'exemplaires, n'avait pas été mis en vente et n'avait été distribué qu'à des amis de la famille. Il fit cependant quelque bruit : et M. Sainte-Beuve s'empressa d'informer le public de cette nouveauté dont un certain mystère semblait encore rehausser le prix. Naturellement, les citations furent plus nombreuses que jamais, puisqu'on parlait au public d'un livre dont l'accès lui était alors interdit.
Cette première notice commence ainsi :
Bien que les Pensées de l'homme remarquable dont le nom apparaît dans la critique pour la première fois ne soient imprimées que pour l'œil de l'amitié, et non publiées ni mises en vente, elles sont destinées, ce me semble, à voir tellement s'élargir le cercle des amis, que le public finira par y entrer. Parlons donc de ce volume que solennise d'abord au frontispice le nom de M. de Chateaubriand éditeur, parlons-en comme s'il était déjà public : trop heureux si nous hâtions ce moment et si nous provoquions une seconde édition accessible à la juste curiosité de tous les lecteurs!
Et qu'est-ce donc que M. Joubert? Quel est cet inconnu tout d'un coup ressuscité et dévoilé par l'amitié, quatorze ans après sa mort? Qu'a-t-il fait? Quel a été son rôle? A-t-il eu un rôle? - La réponse à ces diverses questions tient peut-être à des considérations littéraires plus générales qu'on ne croit.
M. Joubert a été l'ami le plus intime de M. de Fontanes et aussi de M. de Chateaubriand. Il avait de l'an et de l'autre; nous le trouvons un lien de plus entre eux : il achève le groupe. L'attention se reporte aujourd'hui sur M. de Fontanes, et M. Joubert en doit prendre sa part. Les écrivains illustres, les grands poëtes n'existent guère sans qu'il y ait autour d'eux de ces hommes plutôt encore essentiels que secondaires, grands dans leur incomplet, les égaux au dedans par la pensée de ceux qu'ils aiment, qu'ils servent, et qui sont rois par l'art. De loin ou même de près, on les perd aisément de vue; au sein de cette gloire voisine, unique et qu'on dirait isolée, ils s'éclipsent, ils disparaissent à jamais, si cette gloire dans sa piété ne détache un rayon distinct et ne le dirige sur l'ami qu'elle absorbe. C'est ce rayon du génie et de l'amitié qui vient de tomber au front de M. Joubert et qui nous le montre.
M. Joubert de son vivant n'a jamais écrit d'ouvrage, ou du moins rien achevé : « Pas encore, disait-il quand on le pressait de produire, pas encore, il me faut une longue paix. » La paix était venue, ce semble, et alors il disait : « Le Ciel n'avait donné de la force à mon esprit que pour un temps, et le temps est passe. » Ainsi, pour lui, pas de milieu : il n'était pas temps encore, ou il n'était déjà plus temps. Singulier génie toujours en suspens et en peine, qui se peint en ces mots : « Le Ciel n'a mis dans mon intelligence que des rayons, et ne m'a donné pour éloquence que de beaux mots. Je n'ai de force que pour m'élever, et pour vertu qu'une certaine incorruptibilité. » Il disait encore, en se rendant compte de lui-même et de son incapacité à produire : « Je ne puis faire bien qu'avec lenteur et avec une extrême fatigue. Derrière la force de beaucoup de gens il y a de la faiblesse. Derrière ma faiblesse il y a de la force ; la faiblesse est dans l'instrument. » Mais s'il n'écrivait pas de livres, il lisait tous ceux des autres, il causait sans fin de ses jugements, de ses impressions : ce n'était pas un goût simplement délicat et pur que le sien, un goût correctif et négatif de Quintilius et de Patru; c'était une pensée hardie, provocante, un essor. Imaginez un Diderot qui avait de la pureté antique et de la chasteté pythagoricienne, un Platon à cœur de La Fontaine, a dit M. de Chateaubriand.
« Inspirez, mais n'écrivez pas, » dit Le Brun aux femmes. - « C'est, ajoute M. Joubert, ce qu'il faudrait dire aux professeurs (aux professeurs de ce temps-là); mais ils veulent écrire et ne pas ressembler aux Muses. » Eh bien ! lui, il suivait son conseil, il ressemblait aux Muses. Il était le public de ses amis, l'orchestre, le chef du chœur qui écoute et qui frappe la mesure.
Voici la fin de cette première notice :
Nul livre, en résumé, ne couronnerait mieux que celui de M. Joubert cette série française, ouverte aux Maximes de La Rochefoucauld, continuée par Pascal, La Bruyère, Vauvenargues, et qui se rejoint, par cent retours, à Montaigne.
Il suffisait, nous disent ceux qui ont eu le bonheur de le connaître, d'avoir rencontré et entendu une fois M. Joubert, pour qu'il demeurât à jamais gravé dans l'esprit : il suffit maintenant pour cela, en ouvrant son volume au hasard, d'avoir lu. Sur quantité de points qui reviennent sans cesse, sur bien des themes éternels, on ne saurait dire mieux ni plus singulièrement que lui : « Il n'y a pas, pense-t-il, de musique plus agréable que les variations des airs connus. » Or, ses variations, à lui, mériteraient bien souvent d'être retenues comme définitives. Sa pensée a la forme comme le fond, elle fait image et apophthegme. Espérons, à tant de titres, qu'elle aura cours désormais, qu'elle entrera en échange habituel chez les meilleurs, et enfin qu'il vérifiera à nos yeux sa propre parole : « Quelques mots dignes de mémoire peuvent suffire pour illustrer un grand esprit »
Lorsque M. Sainte-Beuve consacra à M. Joubert une seconde notice dans les Causeries du Lundi, l'édition plus complète de 1842 était depuis assez longtemps épuisée, et une réimpression était devenue nécessaire et venait de paraître :
La première fois que je parlai de M. Joubert, j'eus à répondre à cette question, qu'on était en droit de m'adresser : Qu'est-ce que M. Joubert? Aujourd'hui on ne fera plus cette question. Quoiqu'il ne soit pas de ces écrivains destinés jamais à devenir populaires, la publication première de ses deux volumes de Pensées et de Lettres, en 1842, a suffi pour le classer, dès l'abord, dans l'estime des connaisseurs et des juges; il ne s'agit que d'étendre un peu le cercle de ses lecteurs aujourd'hui.
Ce fut un de ces heureux esprits qui passent leur vie à penser, à converser avec leurs amis, à songer dans la solitude, à méditer quelque grand ouvrage qu'ils n'accompliront jamais et qui ne nous arrive qu'en fragments. Ces fragments, par leur qualité et malgré quelques défauts d'une pensée trop subtile, sont assez distingués cette fois pour que l'auteur mérite de vivre dans la mémoire future. M. Joubert fut en son temps le type le plus délicat et le plus original de cette classe d'honnêtes gens, comme l'ancienne société seule en produisait, spectateurs, écouteurs sans ambition, sans envie, curieux, vacants, attentifs, désintéressés et prenant intérêt à tout, le véritable amateur des belles choses. « Converser et connaître, c'était en cela surtout que consistait, selon Platon, le bonheur de la vie privée. » Cette classe de connaisseurs et d'amateurs, si faite pour éclairer et pour contenir le talent, a presque disparu en France depuis que chacun y fait un métier. « Il faut, disait M. Joubert, toujours avoir dans la tête un coin ouvert et libre, pour y donner une place aux opinions de ses amis, et les y loger en passant. Il devient réellement insupportable de converser avec des hommes qui n'ont, dans le cerveau, que des cases où tout est pris, et où rien d'extérieur ne peut entrer. Ayons le cœur et l'esprit hospitaliers. » Mais allez donc aujourd'hui demander l'hospitalité intellectuelle, l'accueil pour vos idées, pour vos aperçus naissants, à des esprits pressés, affairés, tout remplis d'eux-mêmes, vrais torrents tout bruissants de leurs propres pensées ! M. Joubert, dans sa jeunesse, venu de sa province du Périgord à Paris, en 1778, à l'âge de vingt-quatre ans, y trouva ce qu'on n'y trouve plus aujourd'hui; il y vécut comme on vivait alors : il causa. Ce qu'il fit en ces années de jeunesse peut se résumer en ce seul mot. Il causa donc avec les gens de lettres en renom; il connut Marmontel, La Harpe, d'Alembert; il connut surtout Diderot, le plus accueillant par nature et le plus hospitalier des esprits. L'influence de ce dernier sur lui fut grande, plus grande qu'on ne le supposerait, à voir la différence des résultats. Diderot eut, certes, en M. Joubert un singulier élève, un élève épuré, finalement platonicien et chrétien, épris du beau idéal et du saint, étudiant et adorant la piété, la chasteté, la pudeur, ne trouvant, pour s'exprimer sur ces nobles sujets, aucune forme assez éthérée, aucune expression assez lumineuse. Pourtant ce n'est que par ce contact de Diderot qu'on s'explique bien en M. Joubert la naissance, l'inoculation de certaines idées si neuves, si hardies alors, et qu'il rendit plus vraies en les élevant et en les rectifiant. M. Joubert eut sa période de Diderot dans laquelle il essaya tout; plus tard il choisit. De tout temps, même de bonne heure, il eut du tact; le goût ne lui vint qu'ensuite. « Le bon jugement en littérature, disait-il, est une faculté très-lente, et qui n'atteint que fort tard le dernier point de son accroissement. » Arrivé à ce point de maturité, M. Joubert rendait encore à Diderot cette justice qu'il y a bien plus de folies de style que de folies d'idées dans ses ouvrages. Ce fut surtout en matière d'art et de littérature qu'il lui dut l'éveil et l'initiation. Mais, en tombant dans une âme si délicate et si légère, ces idées de réforme littéraire et de régénération de l'art qui, chez Diderot, avaient conservé je ne sais quoi de bourgeois et de prosaïque, de fumeux et de déclamatoire, s'éclaircirent et s'épurèrent, revêtirent un caractère d'idéal qui les rapprocha insensiblement de la beauté grecque; car c'était un Grec que M. Joubert, c'était un Athénien touché de la grâce socratique : « Il me semble, disait-il, beaucoup plus difficile d'être un moderne que d'être un ancien. » Il était surtout un ancien en ce qu'il avait le sentiment calme, modéré; il ne voulait pas qu'on forçât les effets, qu'on appuyât outre mesure. Il demandait un agrément vif et doux, une certaine joie intérieure, perpétuelle, donnant au mouvement et à la forme l'aisance et la souplesse, à l'expression la clarté, la lumière et la transparence.
Ainsi donc, vers l'époque de 89, il y avait en France un homme déjà fait, âgé de trente-cinq ans, qui avait huit ans de plus qu'André Chénier, quatorze ans de plus que Chateaubriand, et qui eût été tout préparé à les comprendre, à les unir, à leur donner des excitations et des vues, à les mettre à même chacun d'étendre et de compléter leur horizon. Ce fut le rôle, en effet, de M. Joubert auprès de M. de Chateaubriand, qu'il connut en 1800, dès le retour de celui-ci de Londres. M. de Chateaubriand, à ce beau moment de sa vie (ce beau moment, pour moi, est le moment littéraire, et s'étend depuis Atala, par René, par les Martyrs, jusqu'au Dernier des Abencerrages), M. de Chateaubriand eut alors, comme poëte, un bonheur que bien peu obtiennent : il rencontra deux amis, deux critiques à part, Fontanes et Joubert, faits tout exprès pour lui, pour l'avertir ou pour le guider. On n'a ordinairement qu'un ange gardien, il en eut deux alors : l'un tout à fait gardien, Fontanes, le contenant en particulier, le défendant au besoin devant tous, le couvrant du bouclier dans la mêlée ; l'autre plutôt excitant et inspirateur, M. Joubert, celui-ci l'enhardissant à demi-voix, ou lui murmurant de doux avis dans une contradiction pleine de grâce. La meilleure, la plus fine critique à faire sur les premiers et grands ouvrages littéraires de M. de Chateaubriand, se trouverait encore dans les Lettres et les pensées de M. Joubert.
C'est quand il revient à parler des mœurs et des arts, de l'antiquité et du siècle, de la poésie et de la critique, du style et du goût, c'est sur tous ces sujets qu'il nous plaît et nous charme, qu'il paraît nous avoir ajouté une part notable et neuve au trésor de ses devanciers les plus excellents. Le goût, pour lui, est la conscience littéraire de l'âme. Pas plus que Montaigne, il n'aime le style livrier ou livresque, celui qui sent l'encre et qu'on n'a jamais que la plume à la main : «Il faut qu'il y ait, dans notre langage écrit, de la voix, de l'âme, de l'esprit, du grand air, des mots qui subsistent tout seuls, et qui portent avec eux leur place. » Cette vie qu'il demande à l'auteur, et sans laquelle le style n'existe que sur le papier, il la veut aussi dans le lecteur : « Les écrivains qui ont de l'influence ne sont que des hommes qui expriment parfaitement ce que les autres pensent, et qui réveillent dans les esprits des idées ou des sentiments qui tendaient à éclore. C'est dans le fond des esprits que sont les littératures. » Aussi, lui qui sent si bien les anciens, l'antiquité de Rome, de la Grèce, et celle de Louis XIV, il ne nous demande pas l'impossible; il nous dira de la sentir, mais non point d'y retourner.
Ce que M. Joubert demande surtout aux modernes, c'est de ne pas insister sur leurs défauts, de ne pas verser du côté où ils penchent, de ne pas s'y jeter de toutes leurs forces. Nature idéale et légère, le sensuel, le boursouflé, le colossal, lui déplaisent par-dessus tout. Nous sommes très-sensibles depuis quelques années à ce que nous nommons la force, la puissance. Souvent, quand il m'est arrivé de hasarder quelque remarque critique sur un talent du jour, on m'a répondu : « Qu'importe! ce talent a de la puissance. » Mais quelle sorte de puissance? M. Joubert va répliquer pour moi : « La force n'est pas l'énergie : quelques auteurs ont plus de muscles que de talent. La force, je ne la hais ni ne la crains; mais j'en suis, grâce au Ciel, tout à fait désabusé. C'est une qualité qui n'est louable que lorsqu'elle est ou cachée ou vêtue. Dans le sens vulgaire, Lucain en eut plus que Platon, Brébeuf plus que Racine. » Il nous dira encore : « Où il n'y a point de délicatesse, il n'y a point de littérature. Un écrit où ne se rencontrent que de la force et un certain feu sans éclat, n'annonce que le caractère. On en fait de pareils, si l'on a des nerfs, de la bile, du sang et de la fierté. » M. Joubert adore l'enthousiasme, mais il le distingue de l'explosion, et même de la verve, qui n'est que de seconde qualité dans l'inspiration, et qui remue, tandis que l'autre émeut : « Boileau, Horace, Aristophane eurent de la verve ; La Fontaine, Ménandre et Virgile, le plus doux et le plus exquis enthousiasme qui ut jamais. » L'enthousiasme, en ce sens, pourrait se définir une sorte de paix exaltée. Les beaux ouvrages, selon lui, n'enivrent pas, mais ils enchantent. Il exige de l'agrément et une certaine aménité, même dans les sujets austères; il réclame du charme partout, même dans la profondeur : « Il faut porter du charme dans ce qu'on approfondit, et faire entrer dans ces cavernes sombres, où l'on n'a pénétré que depuis peu, la pure et ancienne clarté des siècles moins instruits, mais plus lumineux que le nôtre. » Ces mots de lumineux et de lumière reviennent fréquemment chez lui et trahissent cette nature ailée, amie du ciel et des hauteurs. Le brillant, qu'il distingue du lumineux, ne le séduit pas : « est bon, il est beau que les pensées rayonnent, mais il ne faut pas qu'elles étincellent. Ce qu'il leur souhaite plutôt, c'est la splendeur, qu'il définit un éclat paisible, intime, uniformément répandu, et qui pénètre tout un ensemble.
On aurait beaucoup à tirer des chapitres de M. Joubert sur la critique et sur le style, de ses jugements sur les divers écrivains : il y paraît neuf, hardi, vrai presque toujours. Il étonne au premier abord, il satisfait le plus souvent quand on y songe. Il a l'art de rafraîchir les préceptes usés, de les renouveler à l'usage d'une époque qui ne tient plus à la tradition qu'à demi. Par ce côté, il est critique essentiellement moderne. Malgré toutes ses religions de l'antique et ses regrets du passé, on distingue aussitôt en lui le cachet du temps où il vit. Il ne hait pas un certain air de recherche, et y voit plutôt un malheur qu'un défaut. Il va jusqu'à croire « qu'il est permis de s'écarter de la simplicité, lorsque cela est absolument nécessaire pour l'agrément et que la simplicité seule ne serait pas belle. » S'il veut le naturel, ce n'est pas le naturel vulgaire, mais le naturel exquis. Y atteint-il toujours? Il sent qu'il n'est pas exempt de quelque subtilité, et il s'en excuse : « Souvent on ne peut éviter de passer par le subtil pour s'élever et arriver au sublime, comme pour monter aux cieux il faut passer par les nuées. » Il s'élève souvent aux plus hautes idées, mais ce n'est jamais en suivant les grandes routes; il a des sentiers qui échappent. Enfin, pour tout dire, il a de la singularité et de l'humeur individuelle dans ses jugements. C'est un humoriste indulgent, qui rappelle quelquefois Sterne, ou plutôt Charles Lamb. Il a une manière qui fait qu'il ne dit rien, absolument rien, comme un autre. Cela est sensible dans les lettres gu'il écrit, et ne laisse pas de fatiguer à la longue. Par tous ces coins, M. Joubert n'est pas un classique, mais un moderne, et c'est à ce titre qu'il me paraît propre peut-être plus qu'un autre à donner de l'accent au bon conseil et à nous enfoncer le trait.
En résumé, s'il s'agissait de lui assigner son caractère M. Joubert avait toute la délicatesse qu'on peut désirer d'un esprit, mais il n'eut pas toute la puissance. Il était « de ces esprits méditatifs et difficiles qui sont distraits sans cesse de leur œuvre par des perspectives immenses et les lointains du beau céleste dont ils voudraient mettre partout quelque image ou quelque rayon. » Ils se consument à la peine. Il avait à un trop haut degré le sentiment du parfait et du fini : « Achever sa pensée ! s'écria-t-il, cela est long, cela est rare, cela cause un plaisir extrême; car les pensées achevées entrent aisément dans les esprits; elles n'ont pas même besoin d'être belles pour plaire, il leur suffit d'être finies. La situation de l'âme qui les a eues se communique aux autres âmes, et y transporte son repos. » Il eut quelquefois cette douceur d'achever une pensée, mais il n'eut jamais celle de les joindre entre elles et de composer un monument.
Un philosophe de ce temps-ci, homme d'infiniment d'esprit lui-même, a coutume de distinguer ainsi trois sortes d'esprits :
Les premiers, à la fois puissants et délicats, qui excellent comme ils l'entendent, exécutent ce qu'ils conçoivent, et atteignent le grand et le vrai beau; une rare élite entre les mortels !
Les seconds, délicats surtout, et qui sentent leur idée supérieure à leur exécution, leur intelligence plus grande encore que leur talent, même quand celui-ci est très-réel. Ils se dégoûtent aisément, dédaignent les suffrages faciles, aiment mieux juger, goûter et s'abstenir, que de rester au-dessous de leur idée et d'eux-mêmes. Ou s'ils écrivent, c'est par fragments, c'est pour eux seuls, c'est à de longs intervalles et à de rares instants; ils n'ont en partage qu'une fécondité interne et qui n'a que peu de confidents.
Enfin, la troisième espèce d'esprits, ce sont ceux qui, plus puissants et moins délicats ou moins difficiles, vont produisant et se répandant sans trop se dégoûter d'eux-mêmes ef de leurs œuvres; et il est fort heureux qu'il en soit ainsi, car, autrement, le monde courrait risque d'être privé de bien des œuvres qui l'amusent et le charment, qui le consolent de celles, plus grandes, qui ne viendront pas.
Est-il besoin de dire que M. Joubert, comme M. Royer-Collard, appartient à la seconde classe de ces esprits, à ceux qui regardent en haut et produisent surtout en dedans?
M. de sacy
Je ne pense pas que les livres où il y a le plus d'esprit soient capables d'en donner aux gens qui n'en ont pas. Un sot peut lire et relire La Bruyère en toute sûreté de conscience ; il n'en restera pas moins un sot. Certains livres pourtant font illusion ; on s'approprie en les lisant ce qu'ils ont d'ingénieux, de fn, de profond ; on s'en fait honneur ; on se sait bon gré de penser si délicatement et d'avoir rencontré, pour exprimer une idée piquante, un mot si juste et un tour si heureux; on s'attribue familièrement sa part dans le mérite de l'invention et dans celui de l'exécution; et si l'on n'a pas plus d'esprit au bout de ra lecture, on a eu du moins le plaisir de s'en croire beaucoup pendant qu'on la raisait. Il n'a pas paru depuis longtemps, si je ne me trompe, un livre plus propre que les Pensées de M. Joubert à faire éprouver cette sensation ou cette illusion flatteuse.
Qu'était-ce que M. Joubert? Un homme modeste et retiré qui s'est borné pendant presque toute sa vie à exercer sur ses amis, et parmi eux il y en a eu de bien illustres, le genre d'influence que je crois son livre destiné à avoir sur les lecteurs intelligents. M. Joubert écrivait peu et n'écrivait que pour lui-même ; il pensait pour les autres et les faisait penser ; il leur livrait son esprit et réveillait le leur ; il répandait libéralement ses idées et fécondait celles qu'on lui apportait : sa conversation était une source vive, toujours ouverte à qu voulait y puiser. M. Joubert est mort en 1824, inconnu, ou peu s'en faut, du public, mais bien connu et placé au premier rang par ce petit cercle d'amis qui formaient son public à lui, public d'élite, dans lequel on comptait M. de Fontanes et M. de Bonald, les deux hommes les plus spirituels de leur temps, et un homme de génie, M. de Chateaubriand! En 1838, quatorze ans après la mort de M. Joubert, sa veuve fit imprimer un premier recueil de pensées qui ne levait encore qu'à demi le voile modeste sous lequel M. Joubert s'était plu à cacher sa supériorité. Distribué comme un souvenir, et retenu presque encore avec une sorte de pudeur religieuse dans les mains de la famille et des amis, le livre fit pourtant sensation: M. de Chateaubriand y avait joint une préface éloquente et n'avait pas dédaigné le titre d'éditeur de ce petit ouvrage si substantiel. Ce n'est donc, chose singulière ! que quatorze ans après sa mort que M. Joubert a commencé à vivre pour tout le monde. Cette vie glorieuse qu'il n'a pas recherchée, qu'il a fuie plutôt, elle lui est maintenant assurée. Madame Joubert n'avait voulu que préserver de la destruction les feuilles légères où celui qu'elle devait bientôt aller rejoindre avait gravé ses pensées de chaque jour: ce que la piété de la veuve avait commencé, le dévouement de la famille à la mémoire de M. Joubert vient de l'achever. M. de Raynal, que les liens les plus étroits unissent à un respectable et savant magistrat, frère de l'auteur des Pensées, s'est chargé du soin de revoir, de coordonner, de livrer au public tout ce qui reste de M. Joubert, pensées, maximes, correspondance, et de nous faire connaître, dans une excellente notice biographique, l'homme qui s'était si peu préoccupé pendant sa vie de sa réputation future.
L'éditeur mérite bien que je dise d'abord un mot de cette notice. Elle est remplie d'intérêt, écrite avec une simplicité touchante et une sorte d'attendrissement sans affectation qui donne un prix aux moindres détails. C'est un de ces portraits vivants dont la ressemblance se fait sentir à ceux mêmes qui n'ont jamais vu le modèle. Je connais maintenant M. Joubert; je l'ai entendu causer ; j'ai été admis dans cette bibliothèque qu'il n'ouvrait qu'à ses meilleurs amis; j'ai manié son vieux Platon tout couvert de ses notes ; il m'a conté l'histoire, et pour ainsi dire la généalogie de chacun de ses livres. Je l'ai vu aussi bon et aussi simple dans les relations de famille, que supérieur dans le commerce de l'esprit et de la pensée; j'ai admiré la facilité avec laquelle il se pliait aux affaires sans les aimer; je pourrais presque dire à quelle occasion, sous l'influence de quel événement public ou privé, après quelle conversation ou quelle lecture il a écrit chacune des maximes que je trouve dans son recueil; et je m'explique très-bien, par la rigueur de son goût, et par le besoin qu'il éprouvait de rendre avec une précision extrême des idées plus élevées que précises, pourquoi il n'a fait un excellent ouvrage qu'en rédigeant jour par jour ses réflexions et ses jugements. Avec plus de talent qu'il n'en faut pour produire un gros livre, il serait mort à la peine avant d'en avoir achevé les premières pages. Je juge enfin que chez lui l'homme dépassait encore l'écrivain, et que l'affectation que l'on remarque quelquefois dans son style n'est que la trace du tourment qu'il se donnait pour égaler ses expressions à sa pensée. Les esprits médiocres écrivent parce qu'ils sont médiocres, et peut-être y a-t-il plus d'esprits supérieurs qu'on ne pense qui n'écrivent pas parce qu'ils sont supérieurs. Grâces soient rendues à M. de Raynal de nous avoir introduits dans l'intimité de M. Joubert! Nous n'aurions eu que les pensées écrites; nous avons l'homme même, cela vaut encore mieux.
Une autre partie toute neuve de cette édition, c'est la correspondance. Je commence par avouer avec franchise que je suis très-las des correspondances; j'ai horreur de ce gros volume de lettres par lequel il est d'usage aujourd'hui de terminer une édition complète des œuvres de tout le monde. Les gens qui n'ont pas écrit un billet sans songer que ce billet serait peut-être imprimé, auraient bien mérité de perdre leur peine; quant à ceux qui ont eu le bon sens de n'employer la poste que pour se livrer à d'innocents bavardages avec leurs amis ou leurs cousins de province, je demande qu'on respecte à leur égard le secret des lettres. En un mot, des lettres écrites pour être imprimées sont de mauvaises lettres avant et après l'impression; c'est un double mensonge• ce ne sont ni de vraies lettres, ni un livre sérieux. Il est tout simple, d'un autre côté, qu'une correspondance qui n'a pas été faite pour subir la publicité résiste très-mal à cette épreuve. Combien y a-t-il d'écrivains qui aient su, comme Voltaire, mettre de l'esprit et de la grâce jusque dans le bulletin de leur santé? Et de tant de femmes aimables et spirituelles, madame de Sévigné n'est-elle pas la seule qui ait • fait un livre immortel avec les caprices de sa plume ? II faut tout connaître des gens d'esprit et des hommes célèbres ! Non, vraiment; car il y a beaucoup d'heures dans la journée où les gens d'esprit et les hommes célèbres ressemblent parfaitement à des sots ou à des hommes vulgaires. Entre nous, je ne suis pas fâché que le hasard ait détruit les lettres de madame de Grignan; elles grossiraient de douze volumes peut-être le recueil de celles de sa mère; et quelque chose me dit qu'il y a plus de plaisir à les imaginer qu'il n'y en aurait à les connaître. J'ajoute, au risque de me faire lapider par certains amateurs, qu'à mes yeux la découverte de nouvelles lettres de Voltaire serait une véritable calamité. Bon ou mauvais, voilà mon avis sur les correspondances.
Après cela oserais-je dire que les lettres de M. Joubert me paraissent excellentes et forment la meilleure partie peut-être de ce recueil? C'est pourtant la vérité. Elles sont d'abord en petit nombre, et l'on aurait pu, je crois, en retrancher encore quelques-unes. En fait de lettres surtout, je suis pour les œuvres choisies. Les lettres de M. Joubert ont le singulier mérite d'être à la fois parfaitement naturelles et travaillées avec beaucoup de soin. En les écrivant, M. Joubert n'a jamais pensé, Dieu merci ! qu'elles dussent recevoir l'honneur dangereux de l'impression ; seulement le goût de la perfection qu'il avait ne lui permettait pas de tracer un mot sans l'avoir choisi. Cette correspondance, c'est, je le suppose, sa conversation vive, piquante, animée d'une gaieté douce et familière, mais jamais triviale et négligée. Le moindre travail coûtait trop à l'extrême délicatesse de sa santé pour qu'il écrivît ou qu'il parlât sans avoir quelque chose à dire ou à écrire. Quoi qu'il fit, il se mettait tout entier dans ce qu'il faisait, et je ne sais quel parfum de délicatesse ingénieuse respire jusque dans la bonhomie de ses lettres les plus simples. C'est toujours l'auteur des Pensées. Chacun a son abandon et son naturel. Le naturel de M. oubert le portait vers les choses fines, exquises, un peu subtiles ; il n'est | jamais plus à son aise que lorsqu'il s'élève avec Platon jusqu'aux idées éternelles ; et c'est, je crois, dans ses lettres à madame de Beaumont qu'il analyse Kant en quelques lignes. M. Joubert a dû d'ailleurs à son mérite d'une part, et à sa chère obscurité de l'autre, un grand avantage, celui de n'être en relation qu'avec des personnes de l'esprit le plus distingué, hommes ou femmes. La plupart de ses lettres sont adressées soit à M. de Fontanes, soit à M. Molé, alors tout jeune. M. de Chateaubriand, dans tout l'éclat de sa réputation naissante, M. de Chateaubriand, que M. Joubert couvait des yeux, si je puis ainsi parler, comme la dernière espérance de la littérature et de la religion, y est nommé sans cesse. La correspondance avec madame de Beaumont est pleine de cette amitié passionnée que les femmes seules inspirent, même lorsqu'un autre sentiment ne s'y joint pas. M. Joubert y met ›out son cœur : c'est presque la sollicitude d'un père, la tendresse d'une mère. Je crois qu'il aurait consenti à se dépouiller de tout ce qu'il avait d'idées, de connaissances et d'esprit, pour en orner madame de Beaumont et la rendre presque plus parfaite encore et plus aimable. Il ne lisait, il ne réfléchissait, il ne jugeait que pour elle. Les lettres à madame de Vintimille sont aussi fort agréables, quoique plus recherchées à mon avis. M. de Fontanes était alors grand maître de l'université impériale. Parmi les lettres que lui adressait M. Joubert on en trouvera deux qui contiennent de sévères conseils, également honorables pour celui qui avait le courage de les donner, et pour celui qui ne s'offensait pas de les recevoir. L'époque même de cette correspondance la rend encore plus piquante. M. Joubert y juge avec toute la liberté du secret, et une rigueur quelquefois excessive « _des gens que nous avons connus, que nous avons admirés peut-être ! En un mot, quand il en aurait coûté quelque chose à la discrétion, ce qui n'est pas, il aurait fallu imprimer les lettres de M. Joubert, je le reconnais moi-même : elles complètent on ne peut mieux ses Pensées.
Il me reste à parler de celles-ci. C'est le fond de l'ouvrage. L'éditeur, M. de Raynal, n'a pas mis moins de trois ans à les réunir, a les revoir, à les classer, autant que possible, par ordre de matières. On ne s'étonnera pas de la longueur de ce travail, si l'on songe que M. Joubert écrivait ses Pensées au moment même où elles lui venaient, où une expression heu - reuse, un tour vif, une clarté soudaine frappait son esprit, et qu'il prenait pour cela, tantôt la marge de ses livres, tantôt de petits registres sur lesquels il traçait au crayon des phrases quelquefois inachevées. M. Joubert a-t-il jamais eu l'intention de composer un livre de maximes et de pensées ? Je crois que pour lui-même la question est restée douteuse. Il pensait, il écrivait, et il laissait au hasard le soin de décider s'il sortirait de là un livre, ou s'il n'en sortirait rien. La piété de sa famille et l'amitié de M. de Chateaubriand ont tranché la question ; le public s'en est mêlé ; le premier recueil a fait désirer le second, et aujourd'hui, dans l'ordre où M. de Raynal les a mises à force de patience et de soin, les Pensées de M. Joubert forment un vrai livre qui ne périra pas. Que le succès soit plus ou moins populaire, il n'importe. M. Joubert n'a peut-être pas écrit pour tout le monde; ceux pour qui il a écrit aimeront son livre, le garderont comme un souve nir précieux, retourneront souvent y chercher quelque chose de cet esprit si élevé et si vif, qui n'aura pas brillé un moment en ce monde pour s'éteindre à jamais. Je crois bien que M. loubert était encore supérieur à ce qui reste de lui; de temps en temps, on le voit, la force lui manque, la plume échappe de ses mains, il désespère d'exprimer tout ce qu'il pense. Cela même a du charme. Je ne hais pas jusqu'à ces affectations et jusqu'à ces recherches dont j'ai déjà parlé. Tout est bon d'un auteur qui se livre lui-même, et il n'y a que les excellents écrivains qui sachent donner à leurs défauts un caractère d'originalité qui plaît.
On n'analyse pas des pensées. Le mieux que j'aurais à faire, ce serait de citer quelques-unes de celles de M. Joubert, si le public ne connaissait pas déjà leur mérite. Quiconque a conservé le goût des lettres a lu le premier recueil, malgré sa publication presque clandestine, et sait combien M. Joubert a l'expression juste et pittoresque, la phrase concise et piquante. L'avantage de la nouvelle édition est de faire mieux saisir la suite et le rapport des idées de M. Joubert, l'ensemble de ses opinions, le nœud de son système. En philosophie, M. Joubert adore Platon, se défie de Descartes, ne peut pas sentir Condillac. En religion comme en philosophie, c'est le beau qui l'attire ; il laisse volontiers de côté les vérités tristes et sombres; il n'y arrête pas son esprit; pour lui, la religion n'est que lumière, consolation, amour; sa foi choisit. En politique, il penche vers la monarchie absolue. Marat et Robespierre lui avaient gâté pour jamais la liberté, et la Restauration même ne l'empêcha pas, je le suppose au moins, de regretter quelquefois les jours éclatants du Consulat et de l'Empire. En littérature, la sévérité du goût de M. Joubert, son culte pour les anciens, l'amène, chose remarquable ! à porter sur Racine un jugement dont la rigueur aurait scandalisé M. de Fontanes. Ce chapitre, intitulé Jugements littéraires, est mon chapitre de prédilection. Nulle part M. Joubert ne fait briller plus d'esprit, ne déploie plus de sagacité et de pénétration, ne se livre d'une manière plus agréable à son humeur. Voltaire et Jean-Jacques, ses deux ennemis capitaux, y sont percés des épigrammes les plus acérées. Mais quelle religion pour Virgile, pour La Fontaine, et pour les poëtes dont l'imagination semble avoir quelque chose de sacré! Je n'ai pas besoin de dire que le sens moral le plus droit, l'amour le plus vif du bien et du vrai, je ne sais quel goût pur de vertu et d'honnêteté respire dans les moindres lignes échappées à M. Joubert. La simplicité de son cœur se fait sentir jusque dans les hardiesses de son esprit. Son imagination se tourmente pour atteindre des vérités qui échappent à l'homme; sa conscience est toujours calme, et il n'a de colère que contre ceux qui portent du calcul dans le mal et de la perversité dans l'erreur. En lisant ces Pensées, on est porté à croire que M. Joubert, malgré l'état habituel de souffrance où le tenait sa santé, a été heureux. Je reprends ma joie et mes ailes, dit-il quelque part, et je vole vers d'autres clartés. Quand les affaires de ce monde lui pesaient trop, il trouvait un asile tout préparé dans les régions de lumière qu'il s'était créées et où il passait la meilleure partie de sa vie. Je n'aime pas, pour mon compte, les moralistes qui n'ont à nous faire entendre que des paroles d'amertume et de découragement ; leur air malheureux me fait douter de la sincérité de leur vertu; on dirait presque qu'ils regrettent le vice. S'il y a un homme heureux en ce monde, ce doit être l'honnête homme, et la sagesse profonde de Socrate brille en ceci surtout, qu'au moment même de mourir il savoure, si je puis ainsi parler, le bonheur de sa vie tout entière et le calme de ses derniers instants !
Je ne veux ajouter que le passage suivant de La Bruyère, c'est le meilleur résumé que je puisse donner de mon opinion sur les Pensées de M. Joubert : « Quand une lecture vous « élève l'esprit, et qu'elle vous inspire des sentiments nobles et courageux, ne cherchez pas une autre règle pour • juger de l'ouvrage ; il est bon et fait de main d'ouvrier. »
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