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L'Enchanteur 1768—1848
Charles-Julien de Chênedollé, portrait par Charles Devrits

Personnes

Charles-Julien de Chênedollé

4 novembre 1769 – 2 décembre 1833 · ,

Poète normand, émigré comme lui, ami et confident de 1802 à sa mort, familier du salon de Mme de Beaumont, presque fiancé de Lucile. Auteur du Génie de l’homme (1807) et des Études poétiques (1820), inspecteur de l’académie de Caen.

En bref

Naissance4 novembre 1769 — Vire
Mort2 décembre 1833 — Burcy
Première rencontre1800-1801, à Paris : « Des émigrés m’arrivèrent, entre autres MM. de Bonald et Chênedollé » (Mémoires, livre XIII, chapitre 7) ; habitué du salon de Pauline de Beaumont.
LucileIl visite Lucile à Fougères et songe à l’épouser (projet sans suite) ; Chateaubriand lui annonce sa mort le 13 novembre 1804 (lettre citée par Biré).
Dans les Mémoires9 mentions (relevé automatique) : livres XIII (7, 8) ; XIV (8) ; XV (1, 6) ; XVII (6).
RéférenceWikidata Q546959
Correspondance50 lettres dans la Correspondance (2 écrites, 48 reçues).

Un enfant du Bocage normand

Charles-Julien Lioult de Chênedollé naît à Vire le 4 novembre 1769, dans une famille de robe : son père siège à la cour des comptes de Normandie. Le nom de Chênedollé est celui d’un étang de la propriété familiale. Sa mère, dit-il, lui a transmis sa sensibilité inquiète :

« […] une personne d’imagination, ingénieuse à se troubler elle-même, une de ces ames qui ne vivent que d’angoisses et d’alarmes ; j’ai beaucoup hérité d’elle. »

Chênedollé, cité par Sainte-Beuve. · Lire le passage

Élève des Cordeliers de Vire, puis des Oratoriens de Juilly (1781-1788), il revient au manoir du Coisel nourri de Virgile, d’Homère, de Delille, de Gessner et de Rousseau, et découvre Buffon chez le curé de Saint-Martindon.

Émigration : Rivarol, Klopstock, Mme de Staël

Il émigre, fait deux campagnes dans l’armée des princes, passe en Hollande, fuit sur la mer gelée dans la nuit du 21 janvier 1795 et gagne Hambourg. Il y devient le disciple ébloui de Rivarol :

« C’était le 5 septembre 1795, jour que je n’oublierai jamais. »

Chênedollé, récit de sa première visite à Rivarol. · Lire le passage dans Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'empire

Rivarol lui donne l’idée d’un grand poème de la nature, qui deviendra le Génie de l’homme ; il rencontre aussi Klopstock. En 1797, il gagne la Suisse, monte dans l’Oberland et séjourne à Coppet, où Mme de Staël écrit De la littérature en improvisant chaque soir le chapitre du lendemain.

« La parole de Mme de Staël était teinte de la foudre. »

Chênedollé, notes sur Coppet. · Lire le passage dans Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'empire

Chez Mme de Beaumont : le « Corbeau »

Rentré en France en 1802, il rencontre Chateaubriand, revenu d’Angleterre, et devient l’un des familiers du salon de la rue Neuve-du-Luxembourg avec Joubert, Fontanes, Bonald, Molé, Pasquier et Guéneau de Mussy. Les Mémoires le peignent d’un trait :

« Chênedollé, avec du savoir et du talent, non pas naturel, mais appris, était si triste qu’il se surnommait le Corbeau : il allait à la maraude dans mes ouvrages. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIII. · Lire le passage

« Nous avions fait un traité : je lui avais abandonné mes ciels, mes vapeurs, mes nuées ; mais il était convenu qu’il me laisserait mes brises, mes vagues et mes forêts. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIII. · Lire le passage

Lucile (1802-1804)

Il rencontre Lucile de Caud, la sœur de son ami, à Paris en 1802 et s’éprend d’elle. Elle lui donne une demi-promesse — ne jamais en épouser un autre —, puis s’en défend dans ses lettres de Rennes :

« […] croyez que je ne suis point d’un caractère à souffrir jamais que vous sacrifiiez votre destinée à la mienne. »

Lucile à Chênedollé, Rennes, 2 avril 1803. · Lire le passage dans Lucile de Chateaubriand, Lucile de Chateaubriand

Il va la voir en Bretagne ; à Rennes, elle lui retire sa parole. Les Mémoires résument l’échec :

« M. de Chênedollé, habitant auprès de Vire, l’était allé voir à Fougères ; bientôt, il fut question d’un mariage qui manqua. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XVII. · Lire le passage

Le confident de Rome (1803)

Chateaubriand, secrétaire de légation, lui écrit de Rome ses découragements :

« Figurez-vous que ma vie est un enfer. »

Chateaubriand à Chênedollé, Rome, 24 août 1803. · Lire le passage dans Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'empire

« Tout est fini pour moi, mon cher ami. Mme de Beaumont n’est plus […] »

Chateaubriand à Chênedollé, Rome, 8 novembre 1803. · Lire le passage dans Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'empire

La réponse de Chênedollé, du 23 novembre, est recopiée dans les Mémoires :

« Mon pauvre ami, dépêchez-vous de repasser en France ; venez chercher quelques consolations auprès de votre vieux ami. »

Chênedollé à Chateaubriand, 23 novembre 1803. · Lire le passage dans Mémoires d'outre-tombe

En 1804, nommé dans le Valais, Chateaubriand lui propose de l’accompagner comme secrétaire ; le père de Chênedollé s’y oppose, et la démission de mars rend le projet caduc.

Le Génie de l’homme et la carrière universitaire

Le Génie de l’homme paraît en 1807, corrigé vers à vers avec Fontanes au cours de promenades au bois de Boulogne et à Vincennes. Fontanes, grand maître de l’Université, le nomme professeur de littérature à Rouen (1810), puis inspecteur de l’académie de Caen (1812). Marié en 1810 à Mlle de Banville, il vit l’essentiel de l’année au Coisel, près de Vire, et publie en 1820 ses Études poétiques. La mort de Fontanes, en 1821, le désespère :

« J’ai tout perdu en perdant M. de Fontanes. »

Chênedollé, journal, mars 1821. · Lire le passage dans Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'empire

Il meurt au Coisel le 2 décembre 1833, laissant inachevée une épopée, Titus ou Jérusalem détruite. Chateaubriand l’inscrit dans la liste de ses morts : « Madame de Beaumont n’est plus, Joubert n’est plus, Chênedollé n’est plus ».

Sources et documents

Sainte-Beuve, « Chênedollé », Revue des Deux Mondes, 1849 (avec ses notes, ses lettres et celles de Chateaubriand, Joubert, Lucile) — Wikisource, 1re partie (lire en ligne)
Même étude, 2e partie (lire en ligne)
Chênedollé, Études poétiques (1820) — Wikisource (lire en ligne)
Œuvres de Lucile de Chateaubriand : lettres à Chênedollé (1803) — Wikisource (lire en ligne)
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livres XIII, XV et XVII
Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l’Empire, 1861

Dans le journal

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