XLV. Villeneuve-sur-Yonne, 28 février 1804
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Votre lettre nous fit le plus grand plaisir.
Comme j'allais y répondre, Chateaubriand arriva et me déclara qu'il se chargeait de tout.
Il y a près de quinze jours qu'il est à Paris1, et il ne nous a pas encore écrit; mais mon frère nous donne de temps en temps de ses nouvelles, et je sais qu'il se porte bien.
1. Il s'était arrêté un moment à Villeneuve en revenant de Rome. (Nole de M. Sainte-Beuve.) ↩
il se propose, s'il va en Suisse, de vous emmener. - Quod utrique bene vertat ! J'avoue, quant à moi, que je vous regretterai infiniment.
Vous m'auriez consolé de lui.
Notre chambre est toujours à votre service, et même tout l'appartement, car le chargé d'affaires n'en a pas voulu. Nous ne partirons d'ici qu'au mois d'avril.
Nous ignorons encore s'il partira et comment il partira. Nous ne prendrons nos dernières résolutions que lorsqu'il aura pris les siennes.
Peut-être est-ce une chose faite, et vous-a-t-il déjà mandé, comme il en avait le projet.
Quelque parti qu'il prenne, et en quelque lieu que vous soyez, demeurez persuadé que je vous désirerai souvent partout où je serai moi-même.
L'esprit, la raison, le talent et la réflexion sont des choses dont la réunion est plus rare qu'on ne croit. J'en sens le prix de plus en plus, et depuis que j'ai perdu madame de Beaumont, je ne vois plus à qui et avec qui je pourrai parler dans le monde. Je voudrais bien que vous eussiez quelque grand intérêt à nous rester.
La pauvre société dissoute ne vous oublie point, malgré son éparpillement. M. Pasquier, entre autres, me parle de vous toutes les fois qu'il m'écrit. Portez-vous bien, et puissé-je vous revoir - bientôt.