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L'Enchanteur 1768—1848
Correspondance de J. Joubert A madame de Pange. XIII. Villeneuve-sur-Yonne, 16 janvier 1797

A madame de Pange. XIII. Villeneuve-sur-Yonne, 16 janvier 1797

Correspondance de J. Joubert · 2 min de lecture · p. 27–28 · chapitre 17 sur 93

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Perrin, 1914, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

A madame de Pange, à Passy.

On dit, Madame, que, depuis quatre ou cinq jours, vous êtes rentrée en possession de votre maison d'Etigny. Cette maison vous serait-elle utile ? Si elle vous était inutile, voudriez-vous la louer? Si, en sage et prévoyante administratrice du bien de vos enfants, vous consentiez à la louer, me prendriez-vous pour locataire?

J'avais d'abord songé à vous demander un recoin de Passy; mais ma femme, qui a une bonne judiciaire, a décidé que nous ne pourrions former là l'établissement que j'avais dans la tête ; j'en reviens donc à Étigny. Il offre bien quelques inconvénients ; mais j'y serais chez vous; mais je ne l'habiterais que l'été; mais il y a une allée de charmille, dans un assez vaste enclos; j'aurais à moi un jardin, un verger, une cour, une vache, des poules, et une chambre basse à deux lits, que je n'ai pas vue, mais dont, au bout du compte, un chanoine se contentait. Cela rappelle son penseur, quand il n'y a pas moyen d'être plus près de vous sans de graves inconvénients.

Voici, Madame, mes conditions. Je veux votre jardin pour ce qu'il vaut, et votre maison pour ce qu'en donnerait un amateur du jardinage. Je veux votre agent, l'honnête Dujeu, pour rien, c'est-à-dire, par-dessus le marché du jardin et de la maison. A la vérité, si vous cédez gratuitement un si honnête homme, vous serez trop généreuse, et je serais trop bien traité; mais nous ne voulons pas nous ruiner, et ma femme pense aves moi que, dans notre isolement et dans une telle de meure, un hôte pareil est sans prix.

Ce Dujeu trouverait en moi toutes les facilités et tous les ponts qu'il pourrait désirer. Voici, à boulevue, le parti que je lui proposerais. Il serait, dans la maison, votre concierge, chargé de veiller aux toits, clôtures et sûretés, et, comme tel, il aurait de plein droit le logement, en le choisissant où il lui plairait, pourvu qu'il fût séparé des chambres les plus logeables. Il aurait communauté pleine dans les écuries, étables, fournils, etc. Ses volailles et les nôtres pourraient jucher sur le même bois. Il y a dans le clos une vigne dont il me paraît amoureux ; je la lui donnerais jusqu'au dernier cep, à l'exception des chasselas. Vous avez une luzerne dont je me réserverais in petto le plaisir de lui laisser part, en lui offrant tous les matins le lait nécessaire à son ménage. Enfin, je lui ferais tous les autres avantages que vous jugeriez convenables.

Consultez dès aujourd'hui, s'il se peut, Madame, vos gens d'affaires, et faites-les s'expliquer net sur mes propositions. Nous ne pouvons nous livrer à aucune nouvelle délibération, qu'au préalable leur avis ne nous soit connu.

Ma femme est raisonnable; mais elle est un peu malade ; toutes les douleurs la tuent, comme moi tous les plaisirs.

Je me borne à vous assurer de mon profond respect. Ce sentiment en moi est assez vaste pour contenir tous les autres; ils s'y rangent, sans se gêner, comme de petits ronds dans un grand cercle. Agréez tous mes dévouements.