LXXXII. Paris, 6 décembre 1813
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A madame de Vintimille.
Ah ! sirène! vos paroles et votre voix m'ont d'abord presque ensorcelé; mais heureusement j'ai pris le temps de me reconnaître. J'irai vous voir, vous regarder, vous admirer; mais j'aurai les oreilles bouchées. Résolûment, je ne veux chanter votre refrain, tout séduisant qu'il est, qu'au singulier, et pour mon compte seul.
Me préserve le ciel de consentir à vos visites ! Cette partie de mes reproches et de ma colère n'était qu'une plaisanterie. J'ai une fort bonne raison pour refuser cet excès de faveur; c'est qu'il me pénétrerait d'une lâche reconnaissance, et que je veux rester fâché.
D'ailleurs on gagne toujours quelque douceur ou quelque mot plaisant à être grondeur avec vous, tandis que la tendresse toute pure vous endort et vous embarrasse. J'irai donc braver en personne, aussitôt que je le pourrai, l'indulgence que vous m'offrez, et dont je déclare queje n'ai pas besoin ; j'irai affronter vos bontés, que je reconnais franchement pour le plus terrible des dangers, quand on veut être mécontent. Je prendrai vos cajoleries pour de l'hospitalité, et toutes les grâces de votre accueil pour un bienfait dont le voyage me rendra quitte.
Enfin, je me tirerai de ce détroit périlleux comme je pourrai. Je veux bien vous aimer toujours, mais non pas me réconcilier. Fidèle et constant malgré moi, ce dont j'enrage, je resterai boudeur et sourd par projet, par calcul, par honneur, et pour servir de temps en temps à vos menus plaisirs.
Regardons-nous donc désormais, si vous voulez bien y consentir, comme des amis éternels, mais éternellement brouillés.