LXXX. Villeneuve-sur-Yonne, 14 octobre 1812
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A madame de Vintimille.
Est-il possible que vous ayez attendu de moi un service léger que je ne pourrai vous rendre? Sera-t-il dit que vous aurez inutilement compté sur moi, vous à qui je dirais si volontiers, en regardant les étoiles « Ne me les demandez pas, car je ne pourrais pas vous « les donner! Ce que vous désirez m'aurait été facile il y a cinq ans, et m'est impossible aujourd'hui. Mais parlez à M. Frisell : je lui transmets avec confiance, quoique avec un inexprimable regret, cette belle occasion d'être heureux et de vous servir. J'ai délibéré si je ne m'adresserais point à lui, en mon propre nom; mais j'ai trouvé peu généreux de lui dérober une satisfaction dont il sentira tout le prix, et de ne pas lui laisser, dans leur intégrité, et sans y prendre aucune part, votre reconnaissance et cette joie dont vous parlez avec tant d'appétit, et qu'on aurait eu tant de plaisir à vous causer. Je vous remercie des vers de M. de Vintimille; ils sont fort jolis et dignes de vous. Quand Chateaubriand vous écrit, c'est une préférence qu'il vous donne sur nous, qui l'aurions voulu avec nous, qui l'avons pressé de venir, et qui n'avons pas encore pu en obtenir une réponse.
Nous serons à Paris du 1er au 3 novembre. Ma tête et mes neris sont affreux ; mon estomac penche à redevenir ce qu'il était; Moscou me fait horreur; mais mon cœur est toujours le même, parmi tant de vicissitudes et de maux, et vous pouvez être persuadée que, dans ma destinée individuelle, rien au monde, rien ne m'aura fait tant de peine que la nécessité désespérante où je suis de vous dire aujourd'hui : Je ne puis rien. Je vous exprime mes regrets en parodiant, comme vous le voyez, l'expression de vos désirs; figurez-vous bien que tout cela se ressemble exactement, en vivacité et en étendue, et jugez des uns par les autres. Je vous aime, je vous honore, je vous suis dévoué et je m'en fais gloire; mais je vous le dis aujourd'hui tristement et la tête baissée.