LXXVII. Paris, 8 avril 1812
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A madame de Vintimille.
Avec votre gentille petite lettre à nez retroussé, croyez-vous donc en être quitte, et qu'après un méfait comme le vôtre, il suffira d'avoir bonne mine pour avoir raison?
J'ai gardé la chambre cinquante jours; je suis encore possédé et obsédé par un maudit catarrhe muet, qui m'a retenu dans mon lit, qui m'a fait cracher du sang, qui ne fait plus de bruit, mais qui tourmente tous mes muscles et tous mes nerfs entre lesquels il s'est glissé. Vous n'avez pas envoyé savoir de mes nouvelles une seule fois, et, pour toute réparation, pour toute apologie, vous vous contentez de me dire, avec l'air et le ton de l'insolence en belle humeur : « Je me fâchais, vous t vous fâchiez, défachons-nous. ›
A la bonne heure. Tant d'assurance et une légèreté si bien tournée et si hardie me déconcertent absolument. Je ne sais plus ce que j'ai fait de ma colère; mais je m'en réserve tous les droits, et si jamais je la re trouve, vous m'entendrez!
En attendant, j'irai vous voir, soit en riant, soit en grognant, peut-être tous les deux ensemble, au premier rayon de soleil qui me luira. Je prendrai mon temps, depuis midi jusqu'à une heure. C'est, dans le cours ordinaire de vos journées, une époque où le soleil ne vous voit guère hors de chez vous.
On parlait hier, devant moi, de M. de Rémusat. J'ai assuré qu'il allait mieux, et j'en suis sûr: car vous m'avez écrit d'un style gai, et vous ne m'avez pas dit un mot de cette maison. Entre tous ceux que vous avez une fois honorés du nom d'amis, je suis le seul dont les maux, par un privilége bien honteux ou bien glorieux, vous laissent sans occupation, ou du moins sans quelque inquiétude impossible à dissimuler. Je prends cette disparité en bonne part; je l'excuse pour le moment; et, par nécessité ou par la rareté du fait, je vous pardonne. C'est une lâcheté peut-être; mais le moyen de résister au Quos ego !...