LXIV. Paris, 5 juin 1809
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Perrin, 1914, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
A monsieur de Fontanes, à Paris.
J'étais mort hier. Je me sens un peu ressuscité aujourd'hui, et je voudrais bien ne pas me gâter; mais il faut voir à quel point vous êtes pressé.
Si vous ne vouliez que répondre au roi, vous le pourriez dès ce moment; mais si vous voulez lui faire plaisir, il faut un peu de temps.
Il a des doutes, des scrupules, des embarras d'esprit, des obscurités dans la tête. Pour dissiper tout cela, il faudrait des clartés ; il faudrait traiter le sujet un peu à fond, quoique légèrement, et discuter ses notes.
Voulez-vous courir les risques d'attendre encore quelques jours, et me donner cette semaine?
Je pourrais vous envoyer, dès aujourd'hui, les notes et le mémoire que vous renverriez sur-le-champ au chambellan, en lui faisant dire que vous aurez l'honneur d'écrire au roi. Il est sûr qu'en prenant ce parti, vous répondriez plus tard, mais vous répondriez mieux et plus complétement.
Vous êtes un oracle qu'on consulte, et non pas un bel esprit avec lequel on correspond.
Je sais gré à vet in-folio de ne m'avoir pas occupé de lui, un seul instant, hors de mes écritures, ce qui est un grand soulagement, et ne m'est pas ordinaire. Mais ces maudites écritures, ces extraits et ces notes ont eu besoin d'un travail mécanique assez pénible, et m'ont fait rester deux fois au lit, jusqu'à quatre heures du soir, en tenant mes yeux collés, tantôt sur le mémoire, tantôt sur mon papier. Je serais fâché de ne pas aller jusqu'au bout. Cela me sert d'ailleurs à me fouiller moi-même, en passant, et on est toujours bien aise de savoir ce qu'on porte en soi.
Voyez, décidez. Je puis, avec un tronçon de plume, expédier précipitamment ce qui me reste; mais je m'épuiserai, et je gâterai tout. Si vous pouvez attendre aux fêtes, j'irai à Issy, je me baignerai, je terminerai sans fatigue et en m'amusant. Votre roi sera mieux servi, et vous finirez par être plus content de lui, de vous et de
Cor PEU EVAL SA
moi.
J'attends votre décision. INSTITUTE