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L'Enchanteur 1768—1848
Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'empire Douzième leçon. De la première partie du Génie du Christianisme. - Mystères et Sacrements

Douzième leçon. De la première partie du Génie du Christianisme. - Mystères et Sacrements

Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'empire · 30 min de lecture · p. 298–317 · chapitre 21 sur 101

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris Calmann Lévy, 1889, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Érudition à faux. - Conseil de M. Joubert. - Histoire naturelle de l'auteur. - Son rossignol. - Les deux cygnes. - Le crocodile. - Poule d'eau, héron : - image verticale. - La prière du soir sur l'Océan. - Revers de la toile.

Nous avons assisté à ce qu'on peut appeler la mise en scène du Génie du Christianisme; nous en avons admiré l'encadrement heureux au milieu de circonstances sociales uniques, et nous avons aussi entendu l'auteur dans sa Préface nous expliquer son dessein formel, son parti pris de pousser l'effet et la couleur dans un certain sens. Ce premier coup d'œil nous a déjà permis de faire quelques réflexions générales sur l'ensemble et sur l'esprit du livre, sur les inconvénients inévitables qui devaient en résulter quant à la vérité du fond, et aussi nous avons senti quels avantages de circonstance et quel triomphe pouvait en tirer un de ces talents éblouissants et rapides qui sont comme des foudres de guerre.

Aujourd'hui nous avons, selon notre méthode très-humble, à nous édifier nous-mêmes en lisant le livre, en l'ouvrant à divers endroits, et en courant, si je puis dire, à travers. Rien ne supplée à ce genre de démonstration et de vérification. Il importe qu'un auditoire soit convaincu pièces en main, qu'il conclue de lui-même sans qu'il reste un nuage dans les esprits; et tout l'art du professeur ne saurait consister sur ce point qu'à faire lire un peu plus rapidement et un peu plus commodément que chacun ne lirait chez soi dans son auteuil (ce qui pourtant a bien aussi son avantage et ›on agrément).

J'ai dit que le Génie du Christianisme se compose d'une suite de tableaux. Les uns sont factices et de propos délibéré; les autres sont observés et plus vrais : cela se sent aussitôt. On sent dans les premiers un peintre qui se pose devant sa toile et qui se dit : Je veux faire un tableau. Mais dans les seconds règne un grand sentiment de nature et une belle critique littéraire.

La première partie du Génie du Christianisme est la plus factice, la moins attrayante; elle est aussi la plus faible. La rhétorique proprement dite , une rhétorique transcendante1, y a une grande part. C'est qu'en effet l'auteur y traite des Mystères, des Sacrements, des trois Vertus théologales, du Décalogue, de la Cosmogonie de Moïse, de la Chute, du Péché originel, du Déluge, tous objets qui peuvent prêter au tableau, mais qui demandent encore un autre mode de démonstration et d'ex position. Le lieu commun y domine, revêtu de magnificence, lieu commun pourtant s'il en fût jamais. L'auteur commence ainsi sur les Mystères :

1 Ce qu'on appelait autrefois rhétorique s'appelle aujourd'hui poésie. De ce que le rhéteur et le sophiste est déguisé en poëte, on croit qu'il a disparu. Tel se flatte toujours d'être un poëte qui n'est le plus souvent qu'un magnifique rhétoricien. ↩

« Il n'est rien de beau, de doux, de grand dans la vie, que les choses mystérieuses. Les sentiments les plus merveilleux sont ceux qui nous agitent un peu confusément. La pudeur, l'amour chaste, l'amitié vertueuse, sont pleines de secrets. On dirait que les cœurs qui s'aiment s'entendent à demi-mot, et qu'ils ne sont que comme entr'ouverts. L'innocence à son tour, qui n'est qu'une sainte ignorance, n'est-elle pas le plus ineffable des mystères? etc., etc.i

De tels préambules sont, je le répète, des lieux communs qui s'appliqueraient à bien des choses, et qui certainement ne s'appliquent pas plus au Christianisme qu'à toute autre religion. L'auteur confond le mystère qui est vague, et les Mystères, au sens chrétien, qui sont une chose fort positive. Quand il veut aborder ces derniers Mystères, la Trinité, la Rédemption, l'Incarnation, il se perd dans les images ; il en est réduit à chercher le côté poétique de ces redoutables obscurités :

« La Trinité confond notre petitesse, accable nos sens de sa gloire, et nous nous retirons anéantis devant elle. Mais la touchante Rédemption, en remplissant nos yeux de larmes, les empêche d'être trop éblouis, et nous permet du moins de les fixer un moment sur la Croix. »

Il sent lui-même le côté faible, et il laisse échapper l'objection : « Des images ne sont pas des raisons, dira-t-on peut-être ; nous sommes dans un siècle de lumières qui n'admet rien sans preuves... On ne manquera pas de s'écrier : Eh! qu'est-ce que tout cela prouve, sinon que vous savez plus ou moins bien faire un tableau?... » Il a beau essayer de répondre à cette objection qu'il soulève, il n'y parvient pas d'une manière satisfaisante, et on reste en droit de lui dire : Parlez-nous d'un Mystère parce qu'il est grand, redoutable et vrai; mais venir nous en parler et nous le prêcher parce qu'il est beau, c'est puéril. De même pour un Sacrement : parlez-nous-en parce qu'il est souverain, efficace et salutaire; mais venir nous le prêcher parce qu'il doit nous sembler touchant et beau, c'est nous traiter comme des enfants qu'on gagne avec des images. « Supposé même que la Communion fût une cérémonie puérile, dit en un endroit l'auteur, c'est du moins s'aveugler beaucoup, de ne pas voir, etc. » Mais ce sont là de ces suppositions que les Dogmes saints ne supportent pas un seul instant. Évidemment la méthode de sentiment et d'imagination n'a nulle place ici, dans cette portion réservée du sanctuaire. Tout y est subordonné au vrai. Il l'est point permis d'y prononcer d'autre mot que celui de vérité. L'imagination peut se jouer autour des poriques, et tout au plus dans le vestibule du temple, mais non pas ailleurs.

Le chapitre sur la Communion se terminait dans le principe par cette conclusion :

« Nous ne savons pas ce qu'on peut objecter contre un Sacrement, historiques et milan yal cesse dien Saiemes,

qui commence avec des fleurs, de jeunes années et des grâces, et qui finit par faire descendre Dieu sur la terre, pour le donner en pâture spirituelle à l'homme. »

Comment ! vous ne savez ce qu'on pourrait objecter... Mais on pourrait tout objecter contre une telle institu-on malgré les grâces et les fleurs, si ce n'était pas un Sacrement réel et fondé en vérité. Cette phrase étrange a disparu et a été élaguée dans les éditions dernières, mais l'esprit qui l'avait dictée circule dans toute la oranche.

C'est sur cette partie de l'ouvrage que tombe avec justesse la critique de Ginguené, qui disait :

« Et d'abord qu'est-ce que cet ouvrage? Est-ce un livre dogmatique, ou une poétique, ou un traité de philosophie mocale? Si c'est le premier, la partie poétique est de trop, ou n'est pas ce qu'elle devait être... Si c'est une poétique ou un traité sur le parti que les poëtes modernes pouvaient tirer de a Religion chrétienne (et ce sujet pouvait être riche et intéressant à traiter), toute la partie dogmatique est au moins superflue. Si Aristote s'était proposé d'analyser dans sa Poétique l'emploi que les grands poëtes grecs avaient fait de la mythologie, et celui qu'on en pouvait faire encore, il n'eût certai nement pas commencé par démontrer la vérité de tous le dogmes du polythéisme; c'était l'affaire des hiérophantes e des prêtres de Jupiter1».

1 Et M. Vinet a dit aussi : « Il en a trop fait pour une simple poé tique, et trop peu pour une apologétique... Le théologien et le peintr s'embarrassent mutuellement; ils échangent et confondent leurs argu ments... On dirait, quand la preuve fait défaut, que l'image est la pou faire le compte. » - Il faut lire les articles de Ginguené dans la Décad (30 prairial, 10 messidor et 20 messidor an X, 19 et 29 juin, 9 juille 1802), et non dans les Œuvres de Chateaubriand, où ils sont tronqué: C'est au sujet de ces articles que Benjamin Constant écrivait à Fauri (Genève, 28 messidor an X, 17 juillet 1802) : « Je viens de lire dans Décade, avec un bien grand plaisir, l'extrait de Chateaubriand, par Gir guené. On voit que l'auteur de cet extrait avait commencé avec le dés de n'être pas trop sévère et de ne pas blés: er l'auteur, et qu'il a ét graduellement emporté par la force de la vérité et par l'amour d la philosophie et de la république. » (Style du temps.) ↩

L'analyse de Ginguené nous montre de plus combien l'auteur a profité des critiques pour corriger cette partie de son ouvrage dans les dernières éditions :

« Des Mystères il passe aux Sacrements ; on ne doit pas être surpris qu'en traitant de l'Ordre et du Mariage, il examine i fond le vœu du célibat sous ses rapports moraux, et qu'il le re garde comme la plus morale des institutions... Ce sujet de la virginité, qui lui inspire des idées si peu communes, est telle ment de son goût, qu'après en avoir parlé plusieurs fois ac cessoirement et par occasion, il le traite ex professa dans tou un chapitre, qu'il intitule très-sérieusement : Examen de l Virginité sous ses rapports poétiques. Ce n'est pas, on peut le croire, un des moins curieux de l'ouvrage; il faudrait le cite tout entier, de même que l'auteur y a compris la nature en tière. Contentons-nous de ce grand trait qui termine et couronne tous les autres. « Ainsi la Virginité, remontant depui le dernier anneau de la chaîne des êtres jusqu'à l'homme passe bientôt de l'homme aux Anges, et des Anges à Dieu où elle se perd... Dieu est lui-même le grand Solitaire d a l'univers, l'éternel Célibataire des mondes. v le grand Solitaire et ce Célibataire des mondes a disparu as les éditions corrigées.

le grandes beautés se mêlaient pourtant aux défauts cette première partie et les recouvraient par places, elles ne les rachetaient pas. Il suffirait de citer la e scène du dernier des Sacrements, de l'Extrêmetion : « Venez voir le plus beau spectacle que puisse senter la terre, venez voir mourir le fidèle... » L'au- :, il est vrai, se sent dans cet apprêt; j'aperçois le et du peintre, et presque du décorateur; mais, à ce , le tableau a de la beauté et même de la vérité.

e chapitre où l'auteur compare les lois morales des érents peuples de la terre, quelques lambeaux des de l'Inde, de l'Égypte, des lois de Zoroastre, de os, de Solon, etc., avec celles de Moïse ; le chapitre il veut prouver la supériorité de la tradition de se sur toutes les autres cosmogonies, étalent une dition incomplète, partiale, insuffisante. Ces endroits peaucoup d'autres, surtout dans leur rédaction prere, offraient une large prise à la critique, et, pour esprit philosophique un peu rigoureux, il y avait en t de quoi faire tomber le livre des mains dès le prer volume'. L'auteur aurait bien dû mieux écouter

on peut noter, chemin faisant, une page brillante et ingénieuse sur ronomie, née chez les pasteurs, et toute peuplée d'images et de minations rurales, une page digne d'Ovide dans les Fastes. Mais eur a une singulière manière de vouloir prouver la Chute, en nouivant les singularités du serpent, qu'il se donne les airs d'avoir proément étudié : « Le serpent a souvent été l'objet de nos observa- ; » et il en conclut que « tout est mystérieux, caché, étonnant, cet incompréhensible reptile; que ses mouvements diffèrent de dę tous les autres animaux ». Peu s'en faut qu'il n'y voie un miracomme si la zoologie ne tenait pas compte de l'organisation des les, aussi bien que de celle des poissons et des oiseaux. Le serpent neut comme tous les êtres organisés, conformément à son organin même. L'historiette du Canadien et de sa flute, qui vient à ce sur ce point les délicats et charmants avis que lui fai parvenir par Mme de Beaumont l'aimable critique térieur que nous aimons tant à citer, M. Joubert. C'é en effet au village de Savigny, chez Mme de Beaun même, dans l'automne de 1801, que le jeune é vain faisait en toute hâte ses extraits d'érudition ec siastique quelque peu indigeste, et cette aimable fen l'y aidait de son mieux; singulier collaborateur, to fois, en matière d'orthodoxie ! Mais le monde éta brouillé alors qu'on n'y regardait pas de si près l'Église a toujours passé beaucoup à ses défenseurs M. Joubert donc craignait ces hors-d'œuvre de sci‹ dans un ouvrage qui devait être tout de charme de persuasion. - La vérité n'est jamais mieux que quand elle se dit de près et qu'elle sort d bouche ou de la plume d'un ami intime. Ces sorte confidences et de contradictions intestines arrivent r ment au public; mais, s'il pouvait les surprendre, le travail de la critique lui serait épargné : il la tro

propos, est agréable, mais elle n'est bonne qu'a faire dire a tout rélléchi : Qu'est-ce que cela prouve! Et ici remarquez qu'o droit d'élever cette question, sans ressembler à ce géomètre qui? sait en venant d'entendre de la musique ; car l'historiette est don titre d'argument, comme une sorte d'induction en faveur di rites de l'Écriture. - Le tableau du Déluge est plein d'antith la Girodet ; mais surtout l'auteur fait preuve d'une grande con sance quand il croit voir des attestations du Déluge dans les phéno météorologiques les plus simples, ou même dans de pures métaph « Le soleil n'eut plus pour trône au matin, et pour lit au soir, q lément humide, où il sembla s'éteindre tous les jours, ainsi qu'au du Déluge. Souvent les nuages du ciel imitèrent des vagues anMO des sables ou des écueils blanchissants... Il naquit dans les le plus arides des arbres dont les branches affaissées pendirent p ment vers la terre, comme si elles sortaient encore toutes tremp sein des ondes... » Il semble que les saules pleureurs naissent d tout instant ce sont de ces vains mirages de l'imagination. Tou ces pages atteste le pur jeu du talent et l'absence totale de grav

it là, fine, juste, tempérée, exquise, définitive. Croyez en que si quelqu'un a su les défauts de Luther, ç'a é Mélanchthon ; si quelqu'un a connu le défaut de la irasse du grand Arnauld, ç'a été Nicole. Ainsi dans us les groupes religieux, politiques, intellectuels, litraires, où il y a eu des gens d'esprit, et il s'en glisse sèment partout. Seulement quand ils se mêlent de ager les leurs, ils ne prennent ni porte-voix ni tromette, ils parlent bas, et du dehors il est souvent imossible de les entendre. Que si leur parole nous arrive ar quelque heureux accident, ne manquons pas de la ecueillir et d'en faire notre profit.

« Dites-lui qu'il en fait trop (écrivait M. Joubert à Mme de eaumont) ; que le public se souciera fort peu de ses citations, nais beaucoup de ses pensées; que c'est plus de son génie que e son savoir qu'on est curieux ; que c'est de la beauté, et non as de la vérité, qu'on cherchera dans son ouvrage ; que son sprit seul, et non pas sa doctrine, en pourra faire la fortune; qu'enfin il compte sur Chateaubriand pour faire aimer le Christianisme, et non pas sur le Christianisme pour faire ainer Chateaubriand. J'avouerai, à la suite de ce blasphème, qu'il ne doit rien dire, lui, qu'il ne croie la vérité; que, pour de croire, il faut qu'il se le prouve, et que, pour se le prouver, il a souvent besoin de lire, de consulter, de compulser, etc. Mais, hors de là, qu'il se souvienne bien que toute étude lui est inutile; qu'il ait pour seul but, dans son livre, de montrer la beauté de Dieu dans le Christianisme, et qu'il se prescrive une règle imposée à tout écrivain par la nécessité de plaire et d'être lu facilement, plus impérieusement imposée à lui qu'à tout autre par la nature même de son esprit, esprit à part, qui a le don de transporter les autres hors et loin de tout ce qui est connu : cette règle, trop négligée, et que les savants mème en titre d'office devraient observer jusqu'à un certain point, est celle-ci : Cache ton savoir'. Je ne veux

Bien au contraire, il ne l'a jamais caché. Il nous a étalé à satiété pas qu'on soit un charlatan, et qu'on use en rien d'artifice mais je veux qu'on observe l'art. L'art est de cacher l'art'. Noti ami n'est point un tuyau, comme tant d'autres, c'est un source, et je veux que tout paraisse jaillir de lui. Ses citation sont, pour la plupart, des maladresses ; quand elles dévier nent des nécessités, il faut les jeter dans les notes. On se la chait autrefois de ce qu'à l'Opéra on entendait le bruit d bâton qui battait les mesures : que serait-ce si on interrom pait la musique pour lire quelque pièce justificative à l'appu de chaque air? Écrivain en prose, M. de Chateaubriand ne res semble point aux autres prosateurs; par la puissance de s pensée et de ses mots, sa prose est de la musique et de vers. Qu'il fasse son métier : qu'il nous enchante. Il rompt tro souvent les cercles tracés par sa magie; il y laisse entrer de voix qui n'ont rien de surhumain, et qui ne sont bonnes qu' rompre le charme et à mettre en fuite les prestiges. Ses in rollo me font trembler. Recommandez-lui, je vous prie, d'e faire ce qu'il voudra dans sa chambre, mais de se garder bie d'en rien transporter dans ses opérations. Bossuet citait, mai 4 citait en chaire, en mitre et en croix pectorale; il citait au persuadés. Ces temps-ci ne sont pas les mêmes. Que notre am nous raccoutume à regarder avec quelque faveur le Chris tianisme; à respirer avec quelque plaisir l'encens qu'il offr au Ciel; à entendre ses cantiques avec quelque approbation il aura fait ce qu'on peut faire de meilleur, et sa tâche ser: remplie. Le reste sera l'œuvre de la Religion. Si la poésie e la philosophie peuvent lui ramener l'homme une fois, ell s'en sera bientôt réemparée, car elle a ses séductions et se: puissances, qui sont grandes. On n'entre point dans ses temtoutes ses notes en volumes. Par exemple, les Martyrs sont pleins d'érudition et en font montre. Puis sont venues les notes des Martyrs. - Puis la Défense des Martyrs. - Puis l'Itinéraire. Enfin les Etude: historiques, dernier résidu des doctes matériaux. - Il ne nous a fait grâce de rien.

' On sait les beaux vers du Tasse dans la description des Jardins d'Armide (Jérusalem, chant xvi) :

E quel che '1 bello el caro accresce all' opre,

L'arte che tullo fa, nulla si scopre i, bien préparé, sans en sortir asservi. Le difficile est de dre aujourd'hui aux hommes l'envie d'y revenir. C'est à quoi ut se borner; c'est ce que M. de Chateaubriand peut faire. s qu'il écarte la contrainte; qu'il renonce aux autorités l'on ne veut plus reconnaître; qu'il ne mette en usage : des moyens qui soient nouveaux, qui soient siens exclument, qui soient du temps et de l'auteur.

Il me faut du nouveau, n'en fût-il plus au monde, a dit iècle. Notre ami a été créé et mis au jour tout exprès pour les onstances 1. Dites-lui de remplir son sort et d'agir selon son inct. Qu'il file la soie de son sein; qu'il pétrisse son propre 1; qu'il chante son propre ramage; il a son arbre, sa ruche on trou. Qu'a-t-il besoin d'appeler là tant de ressources ingères ≥?»

Après de telles paroles la critique du Génie du Chrisvisme est faite. Il n'y a rien à y ajouter, et il suffit de bien appliquer.

'auteur se retrouve sur son terrain lorsque dans cette emière partie il s'attache à prouver l'existence de eu par les merveilles de la nature : il n'a pour cela à puiser dans ses cartons de voyage, et nous retrouas bien des tableaux de l'Essai retouchés avec art, naniés avec addition et insistance sur les causes ales :

‹ Ici, dit-il, nous ne suivrons personne. Nous avions conré à l'histoire naturelle des études que nous n'eussions jais suspendues, si la Providence ne nous eût appelé à d'autres

La nouveauté, une nouveauté originale, c'est là le point important e secret des grands succès. « Dans les arts, me fait remarquer un nme d'esprit qui les a vus de près, pour réussir, il ne s'agit pas faire plus ou mieux que les autres, il s'agit de faire autrement. » la est surtout vrai en France, et s'applique à tout ce qui a vogue, Génie du Christianisme comme à la danse de Mme Taglioni. - n tam meliora quam nova, disait le vieux Corneille en tôle de Don nche.

4 Pensées de M. Joubert, tome II, pages 284 et suiv.

travaux. Nous voulions opposer une Histoire naturelle religi à ces livres scientifiques modernes, où l'on ne voit que matière1. Pour qu'on ne nous reprochât pas dédaigneusen notre ignorance, nous avions pris le parti de voyager et voir tout par nous-même. Nous rapporterons donc quelq unes de nos observations sur les instincts des animau des plantes, sur leurs habitudes, leurs migrations, L amours, etc. : le champ de la nature ne peut s'épuiser l'on y trouve toujours des moissons nouvelles. Ce n'est p dans une ménagerie où l'on tient en cage les secrets de D qu'on apprend à connaître la Sagesse divine : il faut l'a surprise, cette Sagesse, dans les déserts, pour ne plus do de son existence; on ne revient point impie des royaumes la solitude, régna solitudinis : malheur au voyageur qui au fait le tour du globe, et qui rentrerait athée sous le toit de pères ! »

1 Il antidate sa vocation. L'Essai est là pour prouver si c'était bie but religieux qu'il se proposait dans ses voyages. Pourquoi ainsi ar ger toute chose? On retrouve dans les moindres détails ce pes souci de la vérité ↩

Il était pourtant tel à très-peu près, du moins par ces et par veine, en revenant d'Amérique : témoin l' sai, ou les pensées déistes sont contre-balancées plus d'une qui ne l'est même pas.

Les descriptions d'oiseaux dans le Génie du Chris nisme passent en général pour charmantes. Un spirit admirateur a dit : « C'est Buffon2 plus aimable, I pieux, plus éclairé (ce dernier point est seul conte ble). Les oiseaux sont, après l'homme, l'espèce où I se montre avec le plus de force et d'élégance : du mo cela m'a toujours paru ainsi. » Je rapporte les imp: sions favorables des autres, étant un peu blasé n même sur ces descriptions à effet. Le chant du ro el l surtout a paru admirablement traduit : c'est pronent de la musique, c'est presque de l'harmonie ative. Le compositeur a soigné ce morceau comme antate triomphante de son oratorio :

2 Buffon ou plutôt son collaborateur, Gueneau de Montbeillard-la plupart des jolies descriptions d'oiseaux qui se lisent dans 1. toire naturelle, le Paon, le Rossignol entre autres, sont de ce den Par exemple l'air de la romance à Hélène : Combien j'ai douce vvenance... ↩

Lorsque les premiers silences de la nuit et les derniers mures du jour luttent sur les coteaux, au bord des fleuves, ¡ les bois et dans les vallées; lorsque les forêts se taisent degrés, que pas une feuille, pas une mousse ne soupire, la lune est dans le ciel, que l'oreille de l'homme est atten- , le premier chantre de la Création entonne ses hymnes à ernel. D'abord il frappe l'écho des brillants éclats du plai-le désordre est dans ses chants ; il saute du grave à l'aigu, doux au fort : il fait des pauses ; il est lent, il est vii : c'est cœur que la joie enivre, un cœur qui palpite sous le poids 'amour. Mais tout à coup la voix tombe, l'oiseau se tait. ›commence! Que ses accents sont changés ! Quelle tendre odie ! Tantôt ce sont des modulations languissantes, quoivariées; tantôt c'est un air un peu monotone, comme i de ces vieilles romances françaises, chefs-d'œuvre de plicité et de mélancolie. Le chant est aussi souvent la eque de la tristesse que de la joie : l'oiseau qui a perdu ses its chante encore ; c'est encore l'air du temps du bonheur il redit, car il n'en sait qu'un ; mais, par un coup de son , le musicien n'a fait que changer la clef, et la cantate du isir est devenue la complainte de la douleur. »

Est-ce bien exact? est-ce là de l'histoire naturelle ate pure et authentique? On a cherché, je ne l'ignore 3, chicane à l'auteur sur ce qu'il ne fait chanter le ssignol que de nuit, sur ce qu'il le fait chanter même rès la saison des amours : cette Philomèle classique s poëtes n'est pas tout à fait, à ce qu'assurent les natalistes, le rossignol de la nature. Il en résulte que ce changement de clef, si ingénieusement trouvé p transformer la cantate en complainte, est une pure vention. A un autre endroit il prenait les autans p les aquilons, les vents du midi pour ceux du nord. La sons ces misères, et ici jouissons du talent quand il serait permis encore quelque jeu.

Une autre peinture charmante que j'accepte et que ne veux pas presser davantage, est celle du nid de b vreuil dans un rosier :

« Il ressemblait à une conque de nacre, contenant qua perles bleues : une rose pendait au-dessus, tout humide bouvreuil mâle se tenait immobile sur un arbuste vois comme une fleur de pourpre et d'azur. Ces objets étaient pétés dans l'eau d'un étang avec l'ombrage d'un noyer, servait de fond à la scène, et derrière lequel on voyait se le l'aurore. Dieu nous donna, dans ce petit tableau, une idée grâces dont il a paré la nature. »

C'est arrangé à coup sûr; c'est peint comme sur en et sur porcelaine. Mais quelle perfection achevée! que coquetterie suprême!

A certains endroits de ces pages, à propos des 1 grations des oiseaux comparées à l'émigration hommes, on sent l'infortuné qui a connu l'exil et qui a gardé quelques accents. Plus loin, on retrouve l'enf rêveur qui, par un temps grisâtre d'automne, aux nôtres du manoir de Combourg, regardait passer en lence dans le ciel les longues files de canards sauva et de grues. Mais voici le poëte pur, le chantre vi ment antique, qui se révèle dans son emblème le p chaste et le plus harmonieux :

« Ce n'est pas toujours en troupes que ces oiseaux visit

Il y avait dans la première édition, d'un vieux noyer, I mieux faire contraste avec la jeune aurore.

s demeures : quelquefois deux beaux étrangers, aussi blancs e la neige, arrivent avec les frimas : ils descendent, au mi-u des bruyères, dans un lieu découvert, et dont on ne peut procher sans être aperçu; après quelques heures de repos, remontent sur les nuages. Vous courez à l'endroit d'où ils nt partis, et vous n'y trouvez que quelques plumes, seules arques de leur passage, que le vent a déjà dispersées : heuux le favori des Muses qui, comme le Cygne, a quitté la terre as y laisser d'autres débris et d'autres souvenirs que quelles plumes de ses ailes ! » Qui de nous n'a dans la mémoire et dans le cœur le ant du Poëte mourant de Lamartine? L'image du cygne mine et plane dans cette pièce, elle y est comme pertuelle :

Ah ! qu'il pleure celui dont les mains acharnées S'attachant comme un lierre aux débris des années, Voit ' avec l'avenir s'écrouler son espoir !

Pour moi, qui n'ai point pris racine sur la terre, Je m'en vais sans effort, comme l'herbe légère

Qu'enlève le souffle du soir.

Le poëte est semblable aux oiseaux de passage Qui ne bâtissent point leurs nids sur le rivage, Qui ne se posent pas sur les rameaux des hois ; Nonchalamment bercés sur le courant de l'onde, Ils passent en chantant loin des bords ; et le monde

Ne connaît rien d'eux que leur voix.

Ce n'est pas là de l'imitation, c'est de l'émulation. - ›bles poëtes, pourquoi tous deux n'avez-vous pas jusié jusqu'au bout votre emblème, sans jamais ternir tre blancheur?

Plus on a aimé les poëtes sous cette forme idéale qu'ils

Ici la grammaire est complètement en oubli. Le pluriel voient ne trait satisfaire : des mains qui voient ! Mais l'harmonie qui anime asemble de cette pièce est telle, qu'on ne s'aperçoit de la faute du is qu'en transcrivant le vers.

nous ont donnée d'eux-mêmes, plus on regrette qu'i ne l'aient pas réalisée en tout dans leur vie, et qu'ils : soient tant mêlés ensuite à la poussière et aux bruits ‹ la terre. Mais l'homme ne veut pas mourir; et quand chant sublime l'abandonne avec la jeunesse, il essa de changer la clef, et il recommence sur un mode inf rieur une cantate, encore harmonieuse, s'il se peut, - dans tous les cas moins aimable.

Pour revenir à notre sujet, notre digression mên nous avertit que des beautés de description et de po sie, telles que nous venons d'en admirer, pourraie certainement se trouver dans un tout autre ouvrage q le Génie du Christianisme : elles n'y ont aucun rappo immédiat, et c'est à peine si l'on peut apercevoir lien, tant il est arbitraire. J'en dirai autant de l'épiso des Écureuils et de leur expédition aventureuse cont les Castors : guerre d'Athènes et de Lacédémone. nécessité de tout ramener aux causes finales, même lo qu'elles échappent à notre courte vue, a conduit l'a teur à des exagérations qui font sourire; il en revu aux crocodiles, dans lesquels il se plaît à reconnai quelques marques de la grâce ou de la bonté divin

« Un crocodile, un serpent, un tigre, sont-ils moins tend pour leurs petits qu'un rossignol, une poule, et, puisqu'il fi le dire, qu'une femme?... N'est-ce pas une chose aussi mi culeuse1 que touchante, que de voir ce crocodile bâtir un › et pondre un œuf comme une poule, et un petit monstre s r d'une coquille comme un poussin? Que ce contraste renrme de vérités attendrissantes ! Combien il fait aimer ¡la bonté e Dieu ! »

1 L'auteur ne paraît pas se bien rendre compte de ce que signifie racle, qui est une dérogation aux lois de la nature. Le crocodile le serpent sont dans l'ordre de la nature, ni plus ni moins que l'hom Le miracle est partout, ou il n'est nulle part. Au reste je ne me pern pas de soulever ici les objections véritables et fondamentales contr point de vue où se complaît l'auteur, et qui consiste à transporter d la vue de la nature toutes les illusions anthropomorphiques ; je arne à relever l'excès et l'abus qu'il fait de l'idée de création, telle eme qu'il la conçoit. ↩

Cette prédilection marquée pour les crocodiles est un ôté d'énormité et de difformité légère par où M. de Chaaubriand se rattache à certaines difformités romantiues modernes, qui ont fort grossi depuis lui, mais dont principe et le germe se trouvent là pour la première ›is dans notre littérature.

Ses procédés habituels de peinture à effet se retrouent à chaque pas. La poule d'eau aime à se percher sur s armoiries sculptées des vieux châteaux : « On la rendrait, avec son plumage noir et le cachet blanc de tête, pour un oiseau en blason, tombé de l'écu d'un acier chevalier, » tandis que la poule sultane (en gypte) « se tient immobile sur quelques débris, comme n oiseau hiéroglyphique de granit et de porphyre. » eut-il peindre des marais plantés de joncs et leur genre e beauté aquatique : « Le vent glissant sur ces roseaux «cline tour à tour leurs cimes : l'une s'abaisse, tandis le l'autre se relève ; puis soudain, toute la forêt venant se courber à la fois, on découvre ou le butor doré, ou héron blanc, qui se tient immobile sur une longue atte, comme sur un épieu. » Ce genre d'image verticale, ai termine une description comme en pointe, produiit encore plus d'effet, si évidemment il ne la rechernait pas et ne la prodiguait pas. Il en résulte une sorte e roideur. Le lecteur, au lieu de suivre un courant, - i fleuve naturel, de pleine et riche parole, - arche en quelque sorte sur des pointes continuelles, ont quelques-unes, tout d'un coup plus hautes, se dressent devant lui et l'arrêtent. Au bout de chaque avenu apparaît l'image en perspective sur son piédestal, ou, défaut de piédestal, sur un épieu. Autrefois c'était ! bel esprit qui s'aiguisait, qui se terminait nécessaire ment en trait ou en épigramme; aujourd'hui, à chaqu pas, à tout bout de champ, c'est l'image qui est inévit: ble. Elle crève les yeux. Le héron blanc est partout. - Et puis, qu'est-ce que toutes ces choses, poule d'ea poule-sultane, héron ou butor, ont à l'aire avec le Génie « Christianisme?

Il est habile pourtant, en plus d'un lieu, à appropria d'anciennes descriptions et d'anciens souvenirs à ses fir nouvelles. La perspective de la nature envisagée sur l' céan est célèbre :

« Dieu des Chrétiens! c'est surtout dans les eaux de l'abin et dans les profondeurs des cieux que tu as gravé bien fort ment les traits de ta toute-puissance! Des millions d'étoit rayonnant dans le sombre azur du dôme céleste, la lune : milieu du firmament, une mer sans rivage, l'infini dans le c et sur les flots! Jamais tu ne m'as plus troublé de ta grandeu que dans ces nuits où, suspendu entre les astres et l'Océa j'avais l'immensité sur ma tête et l'immensité sous mes pieds

« Je ne suis rien ; je ne suis qu'un simple solitaire ; j'ai so vent entendu les savants disputer sur le premier Être, et ne les ai point compris : mais j'ai toujours remarqué que c'e à la vue des grandes scènes de la nature, que cet Etre incon se manifeste au cœur de l'homme. Un soir (il faisait un pr fond calme), nous nous trouvions dans ces belles mers q baignent les rivages de la Virginie : toutes les voiles étaie

1 Le bon Joinville, au moment du départ pour la Palestine, quan perd de vue la terre et qu'il ne voit plus que le ciel et l'eau, a naïvem exprimé le sentiment de pieuse terreur qu'il éprouve, et qui le men conclure que « bien fol hardi est celui qui ose se mettre en tel péril a» le bien d'autrui sur la conscience et en péché mortel; car l'on s'end le soir là où on ne sait si l'on ne se trouvera pas, en se réveillant, fond de la mer. » Voilà la foi chrétienne dans toute sa simplicité.

liées : j'étais occupé sous le pont, lorsque j'entendis la cloche ui appelait l'équipage à la prière ; je me hâtai d'aller mêler nes vœux à ceux de mes compagnons de voyage. Les officiers talent sur le château de poupe avec les passagers ; l'aumôtier, un livre à la main, se tenait un peu en avant d'eux, les matelots étaient répandus pêle-mêle sur le tillac; nous étions ous debout, le visage tourné vers la proue du vaisseau, qui egardait l'occident.

« Le globe du soleil, prêt à se plonger dans les flots, appaaissait entre les cordages du navire, au milieu des espaces ans bornes. On eût dit, par les balancements de la poupe, que l'astre radieux changeait à chaque instant d'horizon. Quelques nuages étaient jetés sans ordre dans l'orient, où la une montait avec lenteur; le reste du ciel était pur : vers le tord, formant un glorieux triangle avec l'astre du jour et ceui de la nuit, une trombe, brillante des couleurs du prisme, 'élevait de la mer comme un pilier de cristal, supportant la route du ciel. »

Je demande pardon d'interrompre le merveilleux tableau, mais cette trombe, mise en si beau jour, m'a bien l'air d'être ajoutée après coup, pour compléter le triangle. Ce contraste si parfait me rappelle celui que nous avons précédemment noté dans le nid du bouvreuil, le contraste de la rose, du noyer et de l'aurore. L'arrangement ici, pour être dans de tout autres proportions, me paraît rentrer dans le même artifice : c'est le même procédé qui là-bas se jouait dans une miniature brillante, et qui s'applique ici à une décoration sublime. Je ne sais si je m'abuse, mais une magnificence moins concertée, moins théâtrale, n'aurait peut-être pas moins de grandeur, et elle s'accorderait mieux avec l'émotion :

« l eût été bien à plaindre celui qui dans ce spectacle n'eût point reconnu la beauté de Dieu. Des larmes coulèrent malgré moi de mes paupières lorsque mes compagnons, ôtant leurs chapeaux goudronnés, vinrent à entonner d'une voix rauque leur simple cantique à Notre-Dame-de-Bon-Secours, patronne des mariniers. Qu'elle était touchante la prière de ce hommes !... »

Faut-il que ce soit de cette même scène qu'il ait di dans ses Mémoires posthumes :

« Quand je transportais cette description dans le Génie d Christianisme, mes pensées étaient analogues à la scène; mai quand j'assistais au brillant spectacle, le vieil homme étai encore tout entier au fond du jeune homme. Était-ce Die seul que je contemplais sur les flots...? Non; je voyais un femme et les miracles de son sourire1 !... »

1 Je donne le texte tel que je l'ai transcrit en 1834, avant les dernière corrections de l'auteur. Les curieux peuvent voir le passage dans le Mémoires d'Outre-tombe ; je me suis arrêté avant les inconvenance que l'auteur prend plaisir à caresser. Du premier texte il résultait qu ce devait être quelque belle jeune femme, passagère comme lui à bordu navire, qui préoccupait le voyageur : au moins c'était naturel. Dan le dernier texte, il suppose que c'est une femme inconnue qui l'en flamme, - cette Sylphide sur le compte de laquelle il met tout ce qu' ne veut pas préciser : mais alors, pour rendre cette folle ardeur vrai semblable, il est obligé de multiplier l'expression de ses désirs et d'in troduire des couleurs presque lascives : « Je me figurais qu'elle palpita derrière ce voile de l'univers qui la cachait à mes yeux, etc. » D sorte qu'en nous en disant plus qu'il n'en faut pour détruire son idé du Génie du Christianisme, il ne nous donne pas pour cela le rée Nous n'avons le vrai d'aucun côté. ↩

Il est fâcheux vraiment de savoir ainsi le secret, d voir à nu le revers de la toile. Même là où l'on ne sai pas, on est tenté désormais d'agiter la tapisserie magni fique, et de dire : Il y a du creux. - Et c'est ce qu'o pourrait dire presque toujours, sans crainte de se trom per, aux plus magnifiques endroits des écrivains de c temps-ci. Au contraire, jamais le plein des choses ne s« sent mieux que quand on tient en main les grands écrit du siècle de Louis XIV.

Oh! qu'il eût mieux valu encore faire comme le cy gne : après le dernier chant mélodieux, disparaître e se taire, plutôt que de venir ainsi nous expliquer et nous déduire, dans une confidence elle-même incomplète, comme quoi il nous avait abusés en nous charmant !

Idéal et réalité, ce sont deux grandes choses. Mais si vous choisissez la part de l'idéal, 8 Poëte, qu'il ne nous apparaisse jamais factice. Si c'est la part de la réalité au contraire, que nous la sentions toute franche sous votre plume, et jamais sophistiquée.