Sixième leçon (suite 2)
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Ce sont de ces pages qui révèlent toute une âme première, une âme modeste qu'on aurait peine dans la suite à retrouver. Misère et infirmité de notre nature que le peintre de Chactas et de René a lui-même s bien dénoncée! cette immense faculté de douleur qu rendait compatissant, - à force de se nourrir de soi e de s'exhaler au dehors, elle-même à un certain nomen elle se sature ou s'épuise. On est encore sensible, mai d'une sensibilité rapide, d'une larme d'artiste et qu sèche aussitôt; on est sensible, mais sous forme vagu l'ennui, ou sous forme d'idéal, en se croyant privilégié et hors du commun. Tandis que l'auteur de l'Essai disait en regardant un petit rayon tremblant dans une maison écartée du faubourg : Là, j'ai des frères, René mélancolique, errant le soir dans une grande ville et « regardant les lumières qui brillent dans la demeure des hommes, » se complaît à penser que sous tant de toits habités, il n'a pas un ami. On est devenu à peu près indifférent et impropre à tout ce qui est proprement l'objet et l'emploi naturel de l'affection humaine, et à quoi le cœur devrait savoir se prendre et s'enraciner durant les années de la maturité et jusqu'à la tombe. On est capable de s'irriter encore, de désirer violemment, de haïr, de combattre; on se passionne et l'on se pique à tous les jeux factices de l'ambition et de la société; mais on n'aime plus, on ne s'attache plus, on ne saigne plus véritablement; et, chose étrange et pénible à dire ! ceux qui précisément dans leur jeunesse ont excellé à exprimer avec le plus d'accent la douleur n'en ont rien gardé pour eux, - rien que sous la forme poétique, entendons-le bien, - mais non plus sous la forme simplement naturelle et humaine : ils ont dépensé leur dose par une autre voie. Concluons qu'il n'y a de vraie sensibilité, et tout à fait sincère, que celle qui est avant l'art et avant la gloire.
Mais il est temps de sortir de l'Essai. Je n'aurais plus à y faire que quelques remarques de détail et qui se rapporteraient au style dont nous avons vu de belles preuves, de magnifiques témoignages, mais qui est en général des plus mélangés. A côté de la touchante et simple page aux Malheureux que nous avons lue, l'auteur citant le mot d'Agrippine à ses meurtriers : Ventrem feri (frappe ce ventre qui a porté Néron), ajoutera, par exemple, que c'est un mot dent la sublimité fait hocher la tête! Quelle est l'intention, le sens de ce hocher? Ces familiarités-là viennent plutôt d'affectation, peut-être aussi de distraction ; il y en avait chez M. de Chateaubriand écrivain. Déjà l'on sent ce qui sera bientôt la curiosité du style, des recherches d'archaïsme mêlées à des expressions modernes : « Toutes les choses que depuis son enfance il soûlait tenir bonnes et vertueuses; » - « à l'orée septentrionale d'un bois; » - mais rien encore n'est fondu et amené au point; et ce ne fut qu'après son retour en France que dans un petit cercle de gens de goût, qui avaient de plus le mérite de le sentir, l'écrivain se débarrassa de cette sauvagerie native d'expression, et arriva à maîtriser sa manière.
J'ai de ceci la preuve frappante dans une lettre qu'il adressait de Londres à Fontanes, en octobre 1799, lettre écrite d'un style bien bizarre, mais qui nous est précieuse et intéressante à d'autres titres. Il importe auparavant de fixer avec précision les circonstances. Il vivait donc depuis quelques années à Londres, pauvre, malade, faisant des traductions pour vivre durant le jour, écrivant pour lui la nuit, tout entier livré à ses perspectives funèbres et n'ayant pour table dans le dénûment de son exil, conime il l'a dit énergiquement et un peu solennellement (à sa manière), que la pierre de son tombeau. Il venait de publier l'Essai qui avait eu quelques lecteurs à Londres et même à Paris, mais qui n'avait dû laisser dans l'esprit des juges que l'idée d'un jeune homme exalté, ayant assez de talent, mais étrange, sans goût et peu destiné à percer. Sa mère, qui avait été très-affligée de ce livre ou plutôt encore de certaines irrégularités antérieures qu'on ne nous dit pas', mourut sur ces entrefaites; et une de ses sœurs,
• Ginguené, très-bien informé sur cette période intime de la vie de le de Farcy, personne d'esprit et qui faisait des vers, avait vécu dans le monde littéraire, à Paris, et avait en commerce de bel-esprit avec La Harpe, Mme de cy, devenue très-religieuse, écrivit à son frère la re suivante :
« Saint-Servan, 1er juillet 1798.
Mon ami, nous venons de perdre la meilleure des mères : annonce à regret ce coup funeste... Quand tu cesseras d'êl'objet de nos sollicitudes, nous aurons cessé de vivre. Si avais combien de pleurs tes erreurs ont fait répandre à notre ectable mère, combien elles paraissent déplorables à tout ce pense et fait profession non-seulement de piété, mais de on ; si tu le savais, peut-être cela contribuerait-il à t'ouvrir yeux, à te faire renoncer à écrire ; et si le Ciel touché de vœux permettait notre réunion, tu trouverais au milieu de s tout le bonheur qu'on peut goûter sur la terre; tu nous nerais ce bonheur, car il n'en est point pour nous tandis tu nous manques, et que nous avons lieu d'être inquiètes con sort. »
lette lettre, venue juste à un certain moment, détera en lui une crise morale, et le ramena à la foi, c il, par la piété filiale. Il faut ajouter que Mme de cy, peu après cette missive funèbre, était morte -même, et que quand il reçut sa lettre, ce fut nme le message de deux morts. Il a confessé luiteaubriand, paraît douter que la douleur de Mme de Chateaubriand nère ait tenu principalement à la publication de l'Essai : « Quels ent donc ces égarements, dit-il, dont le souvenir troubla les ders jours de sa malheureuse mère ? étaient-ce ces déclamations et ces nismes dont il s'accuse et qu'elle avait peu entendus? à quels dog- ¡ étaient inhérents les principes de morale qu'il avait pu oublier?... orais lâché qu'il lui fût désagréable d'être ainsi poussé de questions.» unt lire dans la Décade même (30 prairial, an X) ce début des rats de Ginguené, qu'on s'est bien gardé de reproduire intégrale dans les Œuvres complètes de Chateaubriand à la suite du Gédu Christianisme.
même cette vive impression dans la Préface du Géni Christianisme :
« Ma mère, après avoir été jetée à soixante-douze ans des cachots, où elle vit périr une partie de ses enfants, e dans un lieu obscur, sur un grabat où ses malheurs l'av reléguée. Le souvenir de mes égarements répandit su derniers jours une grande amertume ; elle chargea, en r rant, une de mes sœurs de me rappeler à cette religion laquelle j'avais été élevé. Ma sœur me manda le dernier de ma mère : quand la lettre me parvint au delà des r ma sœur elle-même n'existait plus ; elle était morte auss suites de son emprisonnement. Ces deux voix sorties du beau, cette mort qui servait d'interprète i la mort i frappé : je suis devenu chrétien. Je n'ai point cédé, j'en viens, à de grandes lumières surnaturelles; ma convictic sortie du cœur : j'ai pleuré, et j'ai cru.»
Nous touchons ici à un point délicat, et nous la derons avec franchise : la sincérité de cette pag contestée dans le temps et depuis; les écrivains du opposé à M. de Chateaubriand, ceux avec qui il se tait en hostilité ouverte à cette date de 1802, les mes qui l'avaient connu en 89, et à qui, dans son il adressait son Essai sur les Révolutions en le re mandant à leur plume, ces écrivains, qui n'étaler tenus à une extrême indulgence envers leur neuve versaire, le traitèrent un peu comme un converti ressé et peu s'en faut comme un transfuge. Ils hoc/ la tête d'un air d'incrédulité à son récit1. Ils se ! pent et n'entraient pas dans les mystères de cette a e ardente, de cette imagination passionnée, sensible accès et toujours mobile. Voici la lettre écrite dans I limité par Chateaubriand à Fontanes, lettre que j'ai uvée autrefois dans les papiers de celui-ci, et qui tait destinée qu'à lui seul; elle en dit plus que je ne urrais. Le ton en est certainement étrange, le style agéré; celui qui l'écrit est encore sous l'empire de xaltation, mais la sincérité de cette exaltation ne saut être mise en doute un moment :
1 Avant d'envoyer son livre de l'Essai à quelques écrivains e nalistes de Paris, Chateaubriand leur avait envoyé, pour les tât tableau détaché, la Nuit chez les Sauvages de l'Amérique, qu dernier chapitre : «Toute cette Nuit, nous dit-il en marge dans l plaire confidentiel, est connue des gens de Lettres de Paris : on applaudie. Reste à savoir ce que le public en pensera. Combien de sots pour former un public? disait Chamfort. » - C'est pro nent à l'occasion de cet envoi, qu'il écrivait de Londres à Rœderer, lors journaliste des plus actifs et des plus estimés, le petit billet suiant (6 avril 1795) : « Un malheureux banni recommande à l'indulsence de M. Rœderer le petit ouvrage qu'il a l'honneur de lui envoyer.» - Il s'est bien gardé de se souvenir depuis de M. Rœderer et de le menionner au nombre de ceux dont il recherchait en un temps le suffrage. - M. Rœderer ayant, bien plus tard, donné à lire à Sieyès l'Essai sur les Révolutions, qui peut-être lui avait été aussi envoyé par l'auteur, sieyès lui écrivait en l'en remerciant : « Je vous rends, Monsieur le Comte, le fatras à prétentions philosophiques de M. de C... Quel charlatan! Est-ce que vous avez pu le lire jusqu'au bout? » De Sieyès à Chateaubriand, ce sont des antipathies de race, et, entre leurs méthodes et procédés, il y a des abimes. ↩
Ce 25 octobre 1799 ( Londres).
« Je reçois votre lettre, en date du 17 septembre. La tristesse i y règne m'a pénétré l'âme. Vous m'embrassez les larmes x yeux, dites-vous. Le Ciel m'est témoin que les miens n'ont mais manqué d'être pleins d'eau1 toutes les fois que je parle : vous. Votre souvenir est un de ceux qui m'attendrit davange, parce que vous êtes selon les choses de mon cœur et sen l'idée que je m'étais faite de l'homme à grandes espénces. Mon cher ami, si vous ne faisiez que des vers comme acine, si vous n'étiez pas bon par excellence comme vous êtes, je vous admirerais, mais vous ne posséderiez pas toutes les pensées comme aujourd'hui, et mes vœux pour votre onheur ne seraient pas si constamment attachés à mon admiration pour votre beau génie. Au reste, c'est une nécessité ‹ je m'attache à vous de plus en plus, à mesure que tous r autres liens se rompent sur la terre. Je viens encore de per une sœur ' que j'aimais tendrement, et qui est morte de cl grin dans ie lieu d'indigence où l'avait reléguée Celui frappe souvent ses serviteurs pour les éprouver et les réco penser dans une autre vie. Oui, mon cher ami, vous et i sommes convaincus qu'il y a une autre vie. Une âme telle c la vôtre, dont les amitiés doivent être aussi durables que blimes, se persuadera malaisément 2 que tout se réduit à qu ques jours d'attachement dans un monde dont les figu passent si vite, et où tout consiste à acheter si chèrement tombeau. Toutefois, Dieu qui voyait que mon cœur ne m chait point dans les voies iniques de l'ambition, ni dans abominations de l'or, a bien su trouver l'endroit où il fall le frapper, puisque c'était lui qui en avait pétri l'argile ét qi connaissait le fort et le faible de son ouvrage. Il savait q j'aimais mes parents et que là était ma vanité : il m'en a pr ar que j'élevasse les yeux vers lui. Il aura désormais avec toutes mes pensées1. Je dirigerai le peu de forces qu'il m'a nées vers sa gloire, certain que je suis que là gît la sauvera e beauté et le souverain génie, là où est un Dieu immense fait cingler les étoiles sur la mer des cieux comme une e magnifique, et qui a placé le cœur de l'honnête homme di un fort inaccessible aux méchants 2.V faut que je vous parle encore de l'ouvrage auquel vous intéressez®. Je ne saurais guère vous en donner une idée use de l'extrême variété des tons qui le composent; mais e uis vous assurer que j'y ai mis tout ce que je puis, car j'a se i vivement l'intérêt du sujet. Je vous ai déjà marqué que y trouveriez ce qu'il y a de mieux dans les Natchez. Puis-je vous ai entretenu de morts et de tombeaux au comcement de cette lettre, je vous citerai quelque chose de ouvrage à ce sujet. C'est dans la septième partie où, après r passé en revue les tombeaux chez tous les peuples ans et modernes, j'arrive aux Tombeaux chrétiens. Je parle de e fausse sagesse qui fit transporter les cendres de nos pères › de l'enceinte des villes, sous je ne sais quel prétexte de é; je dis* :
1 Style de la première manière. ↩
1 Mme de Farcy. Il semble par là que la coincidence de cette m avec celle de sa mère n'ait pas été aussi exacte qu'il l'a présentée t à l'heure, et que le coup des deux morts ne lui soit pas arrivé en me temps : Cette mort qui servait d'interprète à la mort... Toujou jusque dans la douleur, un peu d'arrangement. ≥ On croit entrevoir que Fontanes, homme d'une imagination n gieuse, mais d'une pratique un peu épicurienne, lui avait exprimé qu ques doutes. Il n'avait pu, dans tous les cas, en dire plus à Chatez briand que celui-ci ne s'en etait dit à lui-même; à la page 569 l'Essai, dans l'Exemplaire confidentiel, en regard de l'apostrophe Dieu inconnu et de la question qui y est posée, ou lit ceci : « Quelq fois je suis tenté de croire à l'immortalité de l'âte; mais ensuite raison m'empêche de l'admettre. D'ailleurs pourquoi désirerais-je Fi mortalité? il paratt qu'il y a des peines mentales totalement sépar de celles du corps, comme la douleur que nous sentons à la perte d ami, etc. Or, si l'âme souffre par elle-même indépendamment du cor il est à croire qu'elle pourra souffrir également dans une autre v conséquemment l'autre monde ne vaut pas mieux que celui-ci. Ne de rons donc point survivre à nos cendres ; mourons tout entiers de p de souffrir ailleurs. Cette vie-ci doit corriger de la manie d'être.. Quœ lucis miseris tam dira cupido ! - Chateaubriand, dans ce lettre à Fontanes, semble s'atiacher à se réfuter lui-même. ↩
Un peuple est parvenu au moment de sa dissolution lorsqon y entend sans cesse répéter ces maximes horribles :
m'importe après ma mort où on me jette; qu'on fasse de cadavre ce que l'on voudra! - Eh ! malheureux ! n'as-tu c ni Dieu, ni patrie, ni parents, ni amis! Que je te plains dre insensible aux charmes d'un tombeau sous les arbres ť'ont vu naître ! Cela fut un spectacle réservé à nos jours*
Il aura désormais avec vous... Dieu et Fontanes mis sur la même e : singulière association !
! parle dans cette lettre du même ton que dans son livre, tout si solennellement.
L'ouvrage qu'il avait entrepris sur le Christianisme.
il est curieux de comparer cette première version avec le texte rime du Genie du Christianisme; on y voit au net de quel genre corrections l'auteur fut redevable à ses amis de Paris.
C'est ici qu'on peut commencer de faire le rapprochement avec le e imprimé (voir Génie du Christianisme, IV° partie, livre u, au pitre des Tombeaux chrétiens).
que de voir ce qui était regardé comme le plus grand mal chez les Anciens, ce qui devenait le dernier supplice don punissait les scélérats (nous entendons la dispersion des dres), que de voir, disons-nous, cette dispersion des cen applaudie comme le chef-d'œuvre de la philosophie. E était donc le crime de nos aïeux pour traiter ainsi leurs re sinon d'avoir mis au jour des fils tels que nous ? Mais éc‹ la fin de tout ceci, et voyez l'énormité de la sagesse huma dans plusieurs villes de la France on bâtit des cachots l'emplacement des cimetières : on éleva les prisons des 1 mes sur le champ où Dieu avait décrété la fin de tout e vage; on édifia des lieux de douleurs pour remplacer le meures où toutes les peines venaient finir; la couche de l'insc et des larmes1 fut étendue à la place du lit où jamais le ch ne se réveille; de l'asile de l'espérance on fit l'asile du déses enfin il ne resta qu'une ressemblance effroyable entre ce sons et ces cimetières : c'est que là s'exercèrent sauver jugements iniques des hommes, la ou Dieu avait pronono arrêts de son inviolable justice ! »
1 Ces membres de phrases, où l'excès de redoublement trah a pure rhétorique, ont disparu dans le texte imprimé - Ce subséquente a disparu dans l'imprimé ; ce sont de ces lo dont l'a guéri Fontanes. ( Voir le chapitre intitulé Saint-Denis la IVe partie, livre I, du Génie du Christianisme.) ↩
Dans un autre endroit, je peins ainsi les Tombeaux de S Denis avant leur destruction :
« On frissonne en voyant ces vastes ruines où sont m également la grandeur et la petitesse, les mémoires fam et les mémoires ignorées ; où, lorsqu'on cherche une ex sion assez magnifique pour peindre ce qu'il y a de plus e dans les temps, l'objet ou la réflexion subséquente² sollic mot le plus bas, pour exprimer ce qu'il y a de plus vil moindre valeur sur la terre. O Trépas ! on ne peut mécon ici tes sombres royaumes ! Les ombres de ces vieilles v qui s'abaissent pour se confondre avec les ombres de ces tombeaux; ces inutiles grilles de fer, rangées autour d cercueils, et qui ne peuvent défendre la mort des empr ments des hommes; ce calme si profond où l'on e ne le sourd travail du ver du sépulcre qui se repait sur cuilles des générations tombées, et qui file dans tous ces ueils les indestructibles réseaux de la mort; tout, tout ' once qu'on est descendu à l'empire des ruines : et, à je mais quelle odeur de vétusté et de poussière répandue sous e ches funèbres, on croirait respirer les temps passés, et ' ainsi dire, sentir les siècles ?.i n'ai pas besoin de vous dire qu'auprès de ces couleurs bres ou trouve de riantes sépultures, telles que nos Cimes de campagne, les Tombeaux chez les Sauvages de l'A- 1 ique (où se trouve le tombeau dans l'arbre), etc. Je vous us mal cité le titre de l'ouvragé; le voici : Des Beautés poées et morales de la Religion chrétienne, et de se, supériorité n tous les autres cultes de la terre. Il formera deux volumes 1 °, 350 pages chacun.
ais, mon cher ami, ce n'est pas de moi, » 'est de vous que evrais vous entretenir. Travaillez-vous à la G. S.3? Vous p ez de talents : que sont les nôtres aup: ès de ceux que vous sédez! Comment persécute-t-on un 'homme tel que vous? misérables! Mais enfin ils ont bien renié le Dieu qui a fait tel et la terre, pourquoi ne renieraient-ils pas les hommes qui ils voient reluire, comme en vous, les plus beaux attride cet Etre puissant*? Tâchez de me rendre service tount l'ouvrage en question, mais, au nom du Ciel, ne vous osez pas. Veillez aux papiers publics, lorsqu'il paraîtra® ; vez-moi souvent. Voici l'adresse à employer : A M. César defroy, négociant à Hambourg sur la première enveloppe, en dedans à Messieurs Dulau et Cie, libraires. Mon nom est
Un des deux tout a été supprimé ; et la page entière a subi bien remaniements et des allégements dans les éditions successives. Ce sentir les siècles a disparu. C'était pourtant la pointe, le bout du morceau. Aussi, ce trait supprimé, l'auteur ne sait plus comet finir, et si l'on examine la premiere édition, on le voit transposer dernière phrase, puis la reprendre, en l'affaiblissant, dans les édit suivantes. Il cherche son effet sans parvenir à le retrouver.
La Grèce sauvée.
Décidément, il tient à ce rapprochement et à cette espèce d'assoion de Fontanes avec Dieu.
Il comptait publier son Livre à Londres, chez MM. Dalaa.
inutile sur l'adresse; mettez seulement, après Dulau, deux les**... Je suis à présent fort lie avec cet admirable je homme auquel vous me léguâtes à votre départ1. Nous par sans cesse de vous. Il vous aime presque autant que i Adieu : que toutes les bénédictions du Ciel soient sur vo Puissé-je vous embrasser encore avant de mourir! »
1 De quel admirable jeune homme s'agit-il ici? La grande liais‹ Chateaubriand alors était, après Fontanes, avec M. Chri-tian de moignon. - Les personnes qui ont le mieux connu M. de Chateaub au fond, intus el in cute ! et il n'y en a pas eu un grand nom! sont Fontanes, Joubert, M. Molé, M. Christian de Lamoignon, - M. Bertin l'ainé. ↩
Maintenant nous sommes tranquilles, ce me semb l'auteur du Génie du Christianisme nous a dit vrai, fisamment vrai dans sa Préface, et ce livre a été en pris en effet et en partie exécuté sous le genre d'in ration qu'il exprime et qu'il tend à consacrer. C'es ce qu'il importait de constater avant tout. Il est1 certain que, dans une nature mobile comme celle M. de Chateaubriand, cette inspiration première point persisté autant qu'il l'aurait fallu pour l'ent efficacité de sa mission et même pour l'entière cor nance de son rôle. Il est le premier à nous l'avouer i. y aurait mauvaise grâce à le trop presser là-dessi « Quand les semences de la religion, dit-il en un droit de ses Mémoires, germèrent la première fois d mon âme, je m'épanouissais comme une terre vie qui, délivrée de ses ronces, porte sa première moiss Survint une bise aride et glacée, et la terre se désuet‹ Le Ciel en eut pitié, il lui rendit ses tièdes rosées; 1 la bise souffla de nouveau. Cette alternative de de et de foi a fait longtemps de ma vie un mélange de sespoir et d'ineffables délices. » Otez les images, a au fond, et vous obtenez l'entier aveu : Habemus e tentem... Que nous faut-il de plus? Vous entendrez dire peut-être (car il vient un moment où tout ce qu'on sait éclate et se dit) qu'un exemplaire de l'Essai chargé de notes marginales de la main de l'auteur existe, et que dans ces notes ajoutées, l'auteur se montre encore plus hardi, plus téméraire en scepticisme qu'il ne l'avait été d'abord dans le texte imprimé. J'ai vu moi-même autrefois entre les mains de J.-B. Soulié (de l'Arsenal) cet exemplaire que possédait dans les derniers temps M. Aimé Martin, et auquel les bibliophiles attribuent aujourd'hui une valeur exagérée¹. - Un jeune homme, quelqu'un qui était jeune sous l'Empire, ayant lu René, fut saisi d'un accès de mélancolie pareil, et il s'adressa à l'auteur pour qu'il lui redît les paroles qui guérissent. Mais M. de Chateaubriand, qui était en veine d'ironie ce jour-là, s'amusa au contraire à écrire au jeune homme une longue lettre où il réfutait les conclusions de René. On m'assure que la lettre existe. - Qu'importent, encore une fois, ces anecdotes et que prouvent-elles? Que l'auteur n'a pas cru toujours, qu'il n'a point persisté constamment? C'est ce qu'il vient de nous dire lui-même. M. de Chaleaubriand a cru un moment, et c'est à ce moment qu'il a entrepris et ébauché le premier plan de son livre : voilà pour nous l'essentiel, ce qui prouve sa sincérité, là seulement où nous avons droit de l'interroger et de l'atteindre, - sa sincérité, je ne dis pas de fidèle (cet ordre supérieur et intime nous échappe), mais sa sincérité d'artiste et d'écrivain. La lettre à M. de Fontanes qu'on vient de lire, écrite dans le feu de la composition du Génie du Christianisme, est évidemment celle d'un homme qui croit à sa manière, qui prie, qui pleure, - d'un homme qui s'est mis à genoux avant et après, pour parler le langage de Pascal.
1 Je parlais ainsi avant d'être possesseur du volume et de l'avoir pu examiner tout à mon aise : je ne sais si le démon de la propriété et le lutin de la bibliophilie opèrent, mais il me semble maintenant que, sinon le prix vénal qui a été excessil, du moins la valeur morale qu'on attribuait à l'exemplaire n'était point exagérée. Au reste, on en a pu juger par ce que j'en ai cité précédemment, pages 111, 121. 163, 165, etc. - (Le prix vénal, puisque M. Sainte-Beuve y fait allu-ion, a encore augmenté à la vente de ses propres livres, auxquels son nom attachait de la valeur : l'Exemplaire confidentiel - comme il l'appelle - a été acheté 3,100 fr. dans la soirée du samedi 26 mars 1870 : il est rentré, paraît-il, dans la famille et la descendance de Chateaubriand. M. Sainte-Beuve l'avait acquis au prix d'un peu plus de mille fr. - Voir la note ci-dessus page 121.) ↩
C'est encore Pascal qui a dit : « Les hommes prennent souvent leur imagination pour leur cœur, et ils se croient convertis dès qu'ils pensent à se convertir. » Tous les hommes sont ainsi volontiers, même ceux chez qui l'imagination n'est pas un don du génie; combien à plus forte raison ceux en qui domine cette faculté puissante, cette fée païenne des métamorphoses !
Ce qui n'empêche pas qu'il eût infiniment mieux valu, pour la solidité et la vertu de l'œuvre, que l'aateur suivît une autre voie, qu'il eût la tête moins échauffée et moins montée , le cœur plus sérieusement touché Un écrivain qui a parlé avec respect de M. de Chateau briand, et que celui-ci en retour n'a traité qu'avec lé gèreté et méconnaissance, le théosophe Saint-Martin vers la fin de son Ministère de l'Homme-Esprit, publit en 1802, s'écrie avec l'accent d'une conviction inté rieure bien autrement vraie et sentie : « L'un de ce éloquents écrivains dit avec une douce sensibilité qu'i a pleuré, et puis qu'il a cru. Hélas! que n'a-t-il eu l bonheur de commencer par être sûr! combien ensuit‹ il aurait pleuré1 !!! i
1 Voir le Ministère de l' Homme-Espril, 1802, page 379. - On lit d Saint-Marlin, dans ses Œuvres posthumes (tome 1, page 130), un note intéressante sur un dîner qu'il fit avec Chateaubriand chez un ami commun à l'École polytechnique, alors au Palais-Bourbon. M. de Chateaubriand, dans ses Mémoires, a parlé de ce même dîner en le tournant en raillerie, et en le refaisant d'imagination avec une souveraine inexactitude. Averti (par moi-même) du désaccord qu'il y avait entre les deux témoignages, il s'est borné à ajouter une phrase de regret sans se donner la peine de rectifier son premier récit et de le faire concorder avec celui de Saint-Martin qu'il a pris soin de transcrire cependant, sans doute parce que ce récit est à sa louange. Évidemment il ne s'était pas donné non plus la peine de lire à leur naissance les admirables pages du Ministère de l'Homme-Esprit qui paraissaient le lendemain du Génie du Christianisme et qui étaient écrites à son intention. Jamais il ne s'est fait du Génie du Christianisme de critique plus intérieure et plus profonde; on en jugera par quelques extraits : « L'art d'écrire, s'il n'est pas un don supérieur, est un piége, et peut-être le plus dangereux que notre ennemi puisse nous tendre... « Illustres écrivains, célèbres littérateurs, vous ne concevez pas jusqu'où s'étendraient les droits que vous auriez sur nous si vous vous occupiez davantage de les diriger vers notre véritable utilité. Nous nous présenterions nous-mêmes à votre joug : nous ne demanderions pas mieux que de vous voir exercer et étendre votre doux empire. La découverte d'un seul des trésors renfermés dans l'âme humaine, mais embelli par vos riches couleurs, vous donnerait des titres assurés à nos suffrages et des garants irrécusables de vos triomphes... « Mais les professeurs en littérature, et généralement ceux qui ne se nourrissent que des travaux de l'imagination, se tiennent toujours sur les confins de la vérité ; ils circulent sans cesse autour de son domaine, mais ils semblent se garder d'y entrer et d'y faire entrer leur auditoire ou leurs lecteurs, de peur que ce ne fût sa gloire seule qui brillât... «Il n'y a presque pas un des ouvrages célèbres parmi les écrits produits par l'imagination des hommes, qui ne soit fondé sur une base fragile et caduque, sans compter ceux qui le sont sur un blasphème ou au moins sur une impiété enfantée par une orgueilleuse hypocrisie. Car les écrivains qui parlent d'une Providence, d'une moralité, même d'une religion, ne sont pas exempts de ce reproche s'ils ne sont pas en état de rendre raison de ces grands objets de leurs spéculations, s'ils ne les emploient que pour servir de décoration à leurs ouvrages et d'aliment à leur orgueil... « Quand est-ce que la marche de l'esprit humain se dirigera vers un but plus sage et plus salutaire? Faut-il que la littérature entre les mains des hommes, au lieu d'être le sentier du vrai et de la vertu, ne soit presque jamais que l'art de voiler, sous des traits gracieux et piquants, le mensonge, le vice et l'erreur! Serait-ce dans une pareille carrière que la vérité ferait sa demeure?... « Je le répète, ô vous! habiles écrivains, célèbres littérateurs, ne cesserez-vous point d'employer vos dons et vos richesses à des usages aussi pernicieux, aussi futiles? L'or n'est-il destiné qu'à orner des habits de théâtre? Les foudres fulminantes dont vous pourriez disposer pour terrasser les adversaires de notre bonheur devraient-elles se réduire à amuser l'oisive multitude par des feux artificiels?... « Des écrivains remplis de talent ont essayé de nous peindre les glorieux effets du Christianisme; mais quoique je lise leurs ouvrages avec une fréquente admiration, cependant n'y trouvant point ce que leur sujet les obligeait, ce me semble, de nous donner, voyant qu'ils remplacent quelquefois des principes par de l'éloquence, ou même, si l'on veut, par de la poésie, je ne les lis parfois qu'avec précaution. Néanmoins, si je fais quelques remarques sur leurs écrits, ce n'est surement ni comme athée ni comme incroyant que j'ose me les permettre; j'ai combattu depuis longtemps les mêmes ennemis que ces auteurs attaquent avec courage, et mes principes en ce genre n'ont fait avec l'âge qu'acquérir plus de consistance. F « Ce n'est pas non plus comme littérateur ni comme érudit que je vais leur offrir ici mes observations; je leur laisse sur ces deux points tous les avantages qu'ils possèdent. « Mais c'est comme amateur de la philosophie divine que je me présenterai dans la lice, et sous ce titre, ils ne doivent pas se défier des réflexions d'un collègue qui, comme eux, aime par-dessus toutes choses ce qui est vrai. « Le principal reproche que j'ai à leur faire, c'est de confondre à tous les pas le Christianisme avec le Catholicisme : ce qui fait que leur idée fondamentale n'étant pas d'aplomb, ils offrent nécessairement dans leur marche un cahotage fatigant pour ceux qui voudraient les suivre... « Je vois ces écrivains distingués tantôt vanter la nécessité des mystères, tantôt en essayer l'explication, tantôt même regarder comme pouvant être comprise par les esprits les plus simples la démonstration que Tertullien donne de la Trinité Je les vois vanter l'influence du Christianisme sur la poésie, et convenir en plus d'un endroit que la poésie n'a que l'erreur pour aliment... « Entin, malgré le brillant effet que leurs ouvrages doivent produire, je n'y vois point la nourriture substantielle dont notre intelligence a besoin, c'est-a-dire l'esprit du véritable Christianisme, quoiquej y voie l'esprit du Catholicisme. » Suit un long parallèle entre le Christi nisme et le Catholicisme qui sont différents et quelquefois même opposes. Apres une discu-sion sur les rapports des beaux-arts avec le Christianisme, rapports qu'il réduit à leur juste valeur, le théosophe se livre à une haute critique du poëme de Milton et des autres poemes dits religieux. Je voudrais donner l'envie d'aller chercher les pages mêmes de Saint-Martin entoues dans un livre rare et peu lu. On pourrait les rapprocher des considerations, également chrétiennes qu'exprimait au même moment M. Gonthier. dans lu Voix de la Religion au xIxe siècle (Lausanne, 1502), el que M. Vinel nous a signalées ↩