Aller au contenu
L'Enchanteur 1768—1848
Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'empire A Mme DE CAUD. A Lascardais, près Saint-Aubin-du-Cormier

A Mme DE CAUD. A Lascardais, près Saint-Aubin-du-Cormier

Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'empire · 15 min de lecture · p. 239–248 · chapitre 68 sur 101

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris Calmann Lévy, 1889, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

« Vire, 3 fructidor (août 1803), « Je n'ai point pu partir pour Paris, chère Lucile, comme je vous le disais dans ma lettre. Ma sœur aînée vient de tomber malade de la petite vérole, et vous concevez qu'il m'a été impossible de la quitter. L'incertitude du moment où je puis recevoir de vos lettres me détermine à vous envoyer un exprès. D'ailleurs, je dois éclaircir plusieurs points avec vous, ce que je ne pourrais faire en me servant de la voie ordinaire de la poste.

« Depuis que j'ai quitté Fougères, je n'ai point été un moment tranquille. Vous aurez su que j'ai mangé et logé chez Me de Chateaubriand. Voici comment cela s'est fait. En arrivant à Fougères, je descendis chez M. de Guébriac1 avec l'intention d'y coucher, si je ne pouvais pas trouver de voiture dans la soirée. A six heures, je sortis pour aller faire une visite à Mme de Chateaubriand, politesse dont je ne crus pas possible de me dispenser. Me de Chat... profita de ce moment pour envoyer vite chercher mon sac de nuit, resté chez M. de Guébriac. Nous sortîmes avec une amie de Mme de Chat... pour aller nous promener dans la forêt, et, à mon retour, on me dit qu'on avait envoyé chercher mon sac de nuit et que ma chambre était préparée. Je fus donc forcé de rester. Le lendemain, je voulus partir de grand matin. Point de chevaux. On me promet de m'en faire trouver avant midi. Effectivement, on envoie des domestiques courir dans la ville. Midi arrive, point de chevaux. On avait l'air de s'amuser beaucoup de mon malaise et de mon impatience, et l'on se jouait de moi avec une grâce parfaite et une politesse infinie. L'après-midi se passe de même en courses inutiles de la part des domestiques, et on avait toujours l'air de me plaindre beaucoup de ce que je ne pouvais partir. Enfin, à huit heures du soir, on vint m'annoncer, de'la part de la maîtresse de la poste chez laquelle j'avais été le matin, qu'il venait d'arriver un homme en chaise de poste qui demandait un compagnon. J'en profite, et à neuf heures je monte en voiture. Voilà exactement comment les choses se sont passées. Il paraît qu'on avait formé le projet de m'arrêter pour m'embarrasser, et peut-être pour vous inquiéter un peu vous-même; mais je dois vous avouer, chère Lucile, que l'on ne m'a dit que des choses aimables sur votre compte, et qu'on a affecté même de très-peu parler de vous. D'ailleurs, je vous le répète, tout ce qu'on pourrait me dire pour vous nuire serait absolument inutile. Je ne veux jamais vous juger, chère et céleste amie, que d'après mon cœur, et vous imaginez si le jugement doit vous être défavorable! Je désire que le vôtre soit aussi flatteur pour moi, et que vous gardiez toujours la parole que vous m'avez donnée. Sans ce mot charmant : Je ne dis point non, je serais reparti la mort dans le cœur; mais cela ne suffit pas, chère Lucile, il faut que vous preniez des mesures pour que nous nous voyions promptement; il faut que vous vous déterminiez bientôt, et que vous soyez entièrement à moi avant cet hiver. Je ne vois de bonheur que dans notre union, et je sens que vous êtes la seule femme dont les sentiments soient en harmonie avec les miens, et sur laquelle je puisse me reposer dans la vie. Écrivez-moi par l'homme que je vous envoie. Vous pouvez tout me dire et m'ouvrir votre cœur de tout point ; c'est un homme parfaitement sûr. Je suis triste, et j'ai le cœur flétri. Cette existence isolée me pèse cruellement; j'ai besoin de quelques mots de vous pour me redonner un peu le goût de la vie. Il me semble qu'il y a plusieurs mois que je vous ai quittée, et je ne puis me faire à l'idée de ne point recevoir de vos lettres. Écrivez-moi donc, et dites-moi que vous m'aimez encore un peu. Au nom de Dieu, envoyez-moi une copie de cette chose si aimable et si flatteuse que je lus dans le bois. L'éternelle et chère erreur, me fut une expression bien douce, et elle est restée bien avant dans mon cœur. Si vous voulez être parfaitement aimable, joignez-y quelques-unes de vos pensées. Vous savez si je chéris tout ce qui vient de vous ! - J'ai enfin une lettre de votre frère; il me dit qu'il ne peut rien faire pour moi à Rome, et que lui-même est extrêmement dégoûté de sa place. Ainsi, il ne faut plus songer à ce voyage. Je ne puis croire que vous ayez envie d'y aller vous-même, comme me le dit Mme de Chateaubriand. Vous n'auriez sans doute pas voulu me cacher une semblable démarche, et cela s'accorderait bien peu avec ce que vous m'avez promis. Mais, je vous le répète, je ne l'ai point cru.

1 Ou plutôt Québriac ↩

« Adieu, douce et bonne Lucile, aimez-moi, et écrivez-moi une lettre bien amicale. Oserais-je vous supplier de présenter mes hommages respectueux à Mme et à Me de Châteaubourg, et de dire mille choses honnêtes à monsieur? »

Cependant le mal de la pauvre Lucile augmentait, et elle entrait dans un funeste silence. Mme de Châteaubourg, cette sœur de M. de Chateaubriand, avec qui demeurait Lucile, et qui n'avait cessé d'être bien pour elle, écrivait à Chênedollé, qui ne recevait plus de réponse :

« A Lascardais, 25 septembre 1803.

« Aussitôt votre lettre reçue, Monsieur, je me suis hâtée de faire passer à ma sœur celle que vous m'envoyez pour elle : elle l'a présentement. Elle n'est plus à Lascardais : elle habite Rennes depuis trois semaines : elle y est pour sa santé. Son adresse est chez M'le Jouvelle1, rue Saint-Georges, n° 11. J'ignore absolument d'où provient le silence de ma sœur à votre égard. Peut-être ce qui vous paraît inexplicable n'a qu'une cause fort simple et fort naturelle. Je voudrais pouvoir vous donner des éclaircissements que vous semblez vivement désirer, et vous convaincre de la bonne volonté que j'ai de vous obliger. C'est dans ces sentiments que je suis, Monsieur,

1 Les Mémoires d'Outre-tombe disent Ne Lamotte, peu importe. ↩

« Votre très-humble servante,

Chateaubriand de Chateaubourg

Chênedollé revit un moment Lucile à Rennes, et il nous dira tout à l'heure quelque chose sur cette entrevue pénible. Vers le printemps de 1804, Lucile venait à Paris dans une pension que lui avait trouvée son frère ; elle y mourait le 9 novembre de cette année. Dans les papiers de Chênedollé, je rencontre un petit cahier à part, qui a pour titré Madame de Caud; j'en donne tes pensées sans suite et qui peignent, mieux que ne sauraient faire toutes nos paroles, le désordre de douleur où le jeta cette perte cruelle. Quelle oraison funèbre ou quelle élégie vaudrait de tels sanglots?

« La mélancolie est l'écueil des belles âmes, des grands talents et peut-être des grands caractères. On se dégoûte de tout parce qu'on a senti tout trop vivement

« Il est bien peu de personnes qui sachent respecter une grande douleur, du moins si l'on en juge par l'indifférence ou même la joie qu'on témoigne devant celui qui l'éprouve.

«Il n'est pas bon que l'homme soit trop solitaire et qu'il se livre trop à sa pensée et à sa douleur. Il dévore alors son propre cœur, et il se tue ou devient fou.

« Il est bien peu de personnes qui sentent combien une véritable douleur doit durer longtemps. »

« Je lui ai entendu réciter ces vers :

« Il faut brûler quand de ses flots mouvants, etc.

avec une expression parfaite.

« Auprès de cette femme céleste, je n'ai jamais formé un désir. J'étais pur comme elle. J'étais heureux de la voir, heureux de me sentir près d'elle. C'était l'espèce de bonheur que j'aurais goûté auprès d'un Ange.

«Il fallait peu de chose pour procurer du bonheur à ce cœur si triste et si malade. Je me rappelle sa joie lorsqu'on lui procura à Fougères ce petit jardin où elle pouvait lire et méditer sans être vue. Ce fut pour elle le suprême bonheur.

« Dans la voiture qui nous conduisait à Lascardais « Quand les hommes et les amis nous abandonnent, il a nous reste Dieu et la nature, v me dit-elle en soupirant. »

« Ce qu'il y a de cruel dans les grandes douleurs causées par de grandes pertes, c'est de voir la profonde indifférence des autres.

« Les amis nous disent : « On ne peut pas toujours « s'affliger, il faut chercher des distractions. » -- Hélas ! quand on a bien souffert, quand on commence à se soulever sous le poids de ses maux et qu'on essaye de se rattacher encore à quelques illusions, il vient un nouvel accident, une nouvelle mort1 qui vous perce le cœur encore tout saignant de sa première blessure. Il vaut bien mieux se faire une habitude de la tristesse, repousser les caresses de l'espérance et bien se dire qu'il n'est plus de bonheur. Mais alors qu'est-ce que la vie? car l'homme est porté par un désir invincible vers le bonheur. »

1 Une nouvelle mort, celle de Mme de Beaumont, survenue le 4 novembre 1803. Mais à côté de cette vie morale de Chênedollé, mettons ici au bas sa vie réelle pendant ce temps, telle qu'il la laisse voir dans une lettre à Gueneau de Mussy. Tout cela se rejoint et se complète : « Virc, 13 nivôse an XII (janvier 1804). « Je suis bien coupable envers vous, mon cher petit, mais j'ai été si malheureux, j'ai éprouvé des choses si douloureuses depuis que nous nous sommes quittés, que, dans l'amertume de mon cœur, j'ai été tenté de renoncer à tout et même à l'amitié. Pour tromper mon désespoir qui me portait quelquefois jusqu'au dégoût de la vie, je me suis retiré à la campagne, et là j'ai réalisé les projets dont nous nous étions entretenus tant de fois. Pendant plus de trois mois, j'ai passé les jours entiers à bêcher la terre, et ce n'était que par ce moyen que je pouvais rendre un peu de repos à une imagination malade et sortie des voies de la nature. Aujourd'hui, je suis un peu plus calme, sans P'être beaucoup ; mais cette tranquillité a été troublée par le détail de tout ce qu'a eu à souffrir notre pauvre ami Chateaubriand, et surtout par la mort de Mme de Beaumont, qui m'a bien vivement affecté : heureusement encore que ses derniers moments ont été religieux!... (Ici il entre dans un petit détail d'affaires et remercie M. Gueneau d'un service; puis il continue : ) Je n'ose plus écrire à M. de Fontanes. Plusieurs de mes lettres sont restées sans réponse, ce qui me fait craindre qu'il ne m'ait oublié. J'avoue que cela me serait bien douloureux, car je lui suis tendrement attaché. Écrivez-moi, mon cher petit, que vous me pardonnez et que votre amitié pour moi est toujours la même. J'ai besoin de cette assurance pour n'être pas mal avec moi. « Je vous embrasse cordialement. « Votre ami, CHÊNEDOLLE. D ↩

« l me semble la voir encore, belle de mélancolie et d'amour, se troubler, pâlir, se couvrir de sueur, et me dire avec l'accent le plus tendre et le plus étouffé : « Monsieur Ch..., ne me trompez-vous point? M'aimez-vous?» puis se reprenant et disant : « Ne croyez pas au moins que je veuille vous épouser, je ne ferai jamais mon bonheur aux dépens du vôtre. »

« La pitié attendrit ce cœur jusqu'à l'amour.

« Le soir, je tremblais d'éteindre ma lumière; l'idée que le moment où je verrais le jour reparaître était l'instant du départ me faisait frémir.

« Je lui disais : « Je serai heureux d'avoir passé un instant à côté de vous dans la vie : il me semble avoir passé à côté d'une fleur charmante dont j'ai emporté quelques parfums. »

• 4 frimaire.

« Jamais la nature ne m'a paru plus triste. Un silence universel règne dans la campagne. On n'entend que le bruit monotone des gouttes de pluie qui frappent les rameaux des arbres dépouillés et tombent sur les feuilles desséchées :

Il ne peut faire un pas sans heurter son tombeau.

« Que de gémissements sortent chaque jour de ce cœur si triste!

« L'homme est en quelque sorte heureux de sa douleur et de ses regrets, tant qu'ils n'ont point été profanés par une pensée ou une action coupable. Ainsi l'homme qui a perdu sa femme ou son amie trouve un charme dans sa tristesse tant qu'il n'a point commis d'infidélité. Quand il n'a point été fidèle à sa douleur, il peut éprouver de nouveaux regrets, mais ils sont sans vertu. »

« Cette femme me paraissait si pure et si céleste, que je ne puis me faire à l'idée qu'elle n'est pas morte vierge. Il me semble ‚qu'il n'y avait point d'homme digne de la serrer dans ses bras.

« C'est avec une réflexion bien douloureuse que je m'aperçois que j'ai perdu de ma sensibilité. Sans doute j'ai été profondément affecté de sa mort, mais cette femme adorable n'est pas regrettée aussi vivement et aussi dignement qu'elle mérite de l'être. L'année dernière, je n'aurais pas survécu à un coup aussi terrible.

« Celui qui n'a pas connu Lucile ne peut pas savoir ce qu'il y a d'admirable et de délicat dans le cœur d'une femme. Elle respirait et pensait dans le Ciel. Il n'y a jamais eu de sensibilité égale à la sienne. Elle n'a point trouvé d'âme qui fût en harmonie avec la sienne ; ce cœur si vivant, et qui avait tant besoin de se répandre, a d'abord tué sa raison et a fini par dévorer sa vie.

« Il me vient une pensée effroyable... Je crains qu'elle n'ait attenté à ses jours. Grand Dieu! faites que cela ne soit pas, et ne permettez pas qu'une si belle âme soit morte votre ennemie. Ayez pitié d'elle, ô mon Dieu, ayez pitié d'elle!

« Lucile est un exemple bien terrible du pouvoir des imaginations fortes. L'alliance perpétuelle de son imagination et de son cœur avait fini par tuer sa raison. Mais qu'elle était touchante dans son égarement ! On ne lui a jamais surpris un mouvement qui ne fût parfaitement noble et parfaitement délicat.

• » Que de combats ce cœur si triste et si passionné a eu à rendre contre lui-même, et que les souffrances de l'âme ont dû être grandes pour avoir détruit aussi vite un corps aussi robuste et aussi bien organisé ! »

« Quelle joie elle eut de me revoir à Rennes! et comme le sourire vint tout à coup éclaircir les ombres de ce visage si doux et si profondément mélancolique!. Je n'oublierai jamais l'espèce de reconnaissance qu'elle me témoigna pour avoir détruit, par ma présence inattendue, les impressions fâcheuses qu'on avait cherché à lui donner contre moi. On voyait qu'elle me savait bon gré de lui rendre encore la possibilité de m'aimer.

« Je n'essayerai pas de peindre la scène qui se passa entre elle et moi le dimanche au soir. Peut-être cela a-t-il influé sur sa prompte mort, et je garde d'éternels remords d'une violence qui pourtant n'était qu'un excès d'amour. On ne peut rendre le délire du désespoir auquel je me livrai quand elle me retira sa parole, en me disant qu'elle ne serait jamais à moi. Je n'oublierai jamais l'expression de douleur, de regret, d'effroi, qui était sur sa figure lorsqu'elle vint m'éclairer sur l'escalier. Les mots de passion et de désespoir que je lui dis, et ses réponses pleines de tendresse et de reproches, sont des choses qui ne peuvent se rendre. L'idée que je la voyais pour la dernière fois (présage qui s'est vérifié) se présenta à moi tout à coup et me causa une angoisse de désespoir absolument insupportable. Quand je fus dans la rue (il pleuvait beaucoup ), je fus saisi encore par je ne sais quoi de plus poignant et de plus déchirant que je ne puis l'exprimer.

« Devais-je imaginer que, l'ayant tant pleurée vivante, je fusse destiné à la pleurer sitôt morte?

« Quelle pensée! Ce visage céleste, si noble et si beau, ces yeux admirables où il ne se peignait que des mouvements d'amour épuré, de vertu et de génie, ces yeux les plus beaux que j'aie vus, sont aujourd'hui la proie des vers. Il est impossible de penser à cette image sans frémir... Oh ! c'est bien alors qu'il faut s'écrier avec Bossuet : Oh! que nous ne sommes rien! C'est alors qu'on en veut à cette cruelle espérance qui se réveille encore quelquefois au fond de notre cœur, se soulève sous le poids des maux et veut nous persuader que la vie est quelque chose. C'est alors que tout projet de félicité s'évanouit et que toute idée de bonheur tombe en défaillance. Écrions-nous donc avec Bossuet : Oh! que nous ne sommes rien ! et demandons à Dieu la grâce d'une bonne mort.

« Hélas! elle sera peut-être morte sans consolation. Elle n'aura point eu peut-être devant son lit de mort ce sourire de l'amitié qu'elle avait tant désiré. Douloureuse pensée ! Ce cœur si aimant, si délicat, si sensible, aura-t-il été seul vis-à-vis de lui-même dans ces derniers instants, et n'aura-t-il point trouvé une main amie pour lui adoucir la mort? Encore si son frère avait été auprès « d'elle!

« Peut-être aurais-je rendu un peu de calme à cette imagination effarouchée, peut-être aurais-je réconcilié avec la vie ce cœur si triste et si malade, et qui ne demandait qu'un roseau pour s'appuyer.

« Son imagination était effarouchée des hommes et de la vie.

« Son visage exprimait toujours la plus profonde mélancolie, et ses yeux se tournaient naturellement vers le Ciel, comme pour lui dire : Pourquoi suis-je si malheureuse? - Quelquefois elle sortait de cette profonde tristesse et se livrait à des accès de gaieté et à de grands éclats de rire, mais ces éclats de rire faisaient sur moi la même impression que les rires d'un homme attaqué de folie : ils conservaient, par un contraste terrible, toute l'amertume de la tristesse, et, sur ce visage si mélancolique, la gaieté même semblait malheureuse. »

Tout commentaire serait déplacé après de tels accents; mais qui de nous ne connaît maintenant, comme pour avoir lu dans leur cœur, le génie-femme dans Lucile et l'homme de sentiment dans Chênedollé1?

1 Treize ans après il écrivait, l'ayant toujours présente, mais dans une nuance adoucie : « 16 septembre, 9 h. 1/2 du soir (1817). - Il a fait une journée aussi belle, aussi chaude, aussi brûlante qu'hier, et voilà une soirée tout aussi admirable. Le ciel surtout, ce soir, après le coucher du soleil, était d'une beauté suprême; l'œil se caressait à le regarder. C'était une couleur si douce, si suave! un mélange de lumière, de blancheur, d'opale et d'azur, tout cela fondu dans une teinte d'un charme inexprimable : ce devait être là, comme le disait si bien Mme de Caud, la couleur de l'Olympe. » - Je trouve encore indiquée, comme souvenir d'elle, une conversation ravissante sur la musique, qu'elle sentait à la manière des Anges ; sur les fleurs, et les oiseaux qu'elle préférait aux fleurs, parce qu'ils étaient plus 1 rés du Ciel. - Dans l'Exemplaire confidentiel de l'Essai sur les Révolutions, dont il a été tant question précédemment, je lis, à la page 386, cette note manuscrite dans laquelle, en louant les femmes en général, Chateaubriand pensait plus particulièrement à sa sœur Lucile : « Les femmes valent infiniment mieux que les hommes; elles sont fidèles, sincères et constantes amies. Si elles cessent de vous aimer, au moins elles ne cherchent point à vous nuire; elles respecteront toujours leurs anciennes liaisons dans l'objet qu'elles ont une fois chéri. Elles ont de l'élévation dans la pensée, sont généreuses, obligeantes. Le plus grand genie que j'1ie encore trouve eloit chez une femme: celte femme existe. Que de grandes, d'excellentes aaalités ! Le bonheur suprême seroit sans doute de trouver une femme sensible qui fût à la fois votre amante et votre amie, il n'y auroit plus de malheur à craindre pour un homme qui posséderoit un pareil trésor. » ↩