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L'Enchanteur 1768—1848
Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'empire Au meme. « Paris, 5 fructidor — 23 août (1803)

Au meme. « Paris, 5 fructidor — 23 août (1803)

Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'empire · 3 min de lecture · p. 333–334 · chapitre 88 sur 101

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris Calmann Lévy, 1889, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

« Si je ne vous croyais pas heureux dans le sein de votre famille, je ne me consolerais pas de votre départ. L'idée de votre bonheur me fait supporter votre absence. Paris est bien désert pour moi depuis que vous n'y êtes plus, mon cher ami. Je me promène encore au Luxembourg, mais je n'y converse plus avec vous1. Les arbres parlent peu, dit le bon La Fontaine, et je voudrais parmi, quelque doux et discret ami. Vous étiez cet ami qu'il demande, et je suis absolument seul. Notre bon Ambroise2 vient me voir quelquefois, et j'ai le plaisir de lui parler du voyageur. A propos, cet excellent Ambroise a quelque espérance d'être auditeur : si le Consul Le Brun ne m'avait solennellement promis de le faire nommer, j'espérerais bien davantage3. Le jeune Félix est déjà placé. Nougarède en est aussi. Voilà ce qui explique la demande du second extrait; Cambacérès, qui avait lu le premier, a porté vivement Nougarède. On observe seulement qu'il est un peu mûr pour une place de ce genre ; mais je crois qu'il veut passer là pour obtenir une préfecture. Vous pourrez dire bientôt :

1 M. Gueneau logeait à Paris, rue Cassette, près du Luxembourg. ↩

2 M. Rendu. ↩

3 Il y a là quelque épigramme sur un haut personnage poli qui donnait, à ce qu'il paraît, de l'eau bénite de Cour. ↩

J'ai fait des Souverains et n'ai point voulu l'être.

Il faut pourtant être quelque chose. La nature vous a tout donné; vous êtes propre à tant de travaux! Je n'ai entrevu que deux fois le Maître depuis son retour ; il m'a fort bien accueilli. Mais je voudrais bien qu'il me remît sur la voie et qu'il réclamât les notes dont il m'avait parlé avant son départ4; je vous y donnerais une belle place. Malheureusement le flot des grandes affaires détourne ailleurs l'attention, et le reste est oublié. D'ailleurs je n'ignore pas qu'on cherche à nuire et qu'un certain petit éclair de faveur a fort déplu aux ennemis... » (La fin de cette lettre manque.)

4 Des Notes sans doute sur le personnel des gens de Lettres et sur les jeunes gens qui promettaient ; - un peu ce que Colbert avait autrefois demandé à Chapelain. ↩

Dans toutes ses lettres, Fontanes se montre bien ce qu'il était, très-bon, très-naturel, d'une naïveté brusque. Il n'a aucune affectation de rôle; il ne s'en fait pas accroire sur son importance littéraire, et ne cherche pas à en imposer aux autres. Il sait ce qu'il vaut, ce qu'il peut faire, - mais aussi ce qu'il n'a pas fait.

A m. Philibert Gueneau de Mussy

A Semur (Côte-d'Or).

« Notre cher Chateaubriand a ses tribulations à Rome1; j'ai les miennes à Paris. La paix n'est que dans la Bourgogne, sur les montagnes de la patrie et sous le toit paternel. Que n'y suis-je auprès de vous ! Travaillez, méditez, faites valoir tous vos talents dans la jeunesse, mon bon ami. Ne soyez pas aussi paresseux que moi. al perdu quinze ans de ma vie à des niaiseries et à pis encore. Le passé m'offre des regrets, l'avenir de faibles espérances. Mais il faut être juste, même envers soi : je suis assez content de mon travail depuis quelques mois, et j'espère une bonne récolte pour cette automne. Je vous embrasse de tout mon cœur. FONTANES. »

1 Nous connaissons ces tribulations, et tout à l'heure Chateaubriand écrivant à son jeune ami va nous les remémorer encore. Je ne replace pas ici une lettre de Fontanes à M. de Mussy, du 5 octobre 1803, dont toute la partie intéressante a été donnée précédemment (seizième Leçon du Cours, tome 1, page 389). ↩