Appendice
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris Calmann Lévy, 1889, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Suivant les indications de M. Sainte-Beuve, qui a annote son propre volume, nous nous bornerons a copier ici un fragment de lettre de lui, gardé dans ses cahiers, auquel une de ses notes nous renvoie :
e « Pour moi, je le reconnais , si Chateaubriand est un Épicurien, c'est un Épicurien rehaussé d'honneur et panaché d'imagination, c'est-à-dire de ce qui manque le plus ordinairement à l'Épicurien. »
(Lettre à M. Barbey d'Aurévilly, du 10 novembre 1860.)
M. Charles Clément, du Journal des Débats, a eu l'obligeance, pendant la réimpression posthume de ce premier tome, de nous communiquer une note que lui adressa à Londres, en 1848, M. Sainte-Beuve, en le priant de la mettre sous les yeux de l'ancien ministre de l'intérieur, M. Duchâtel, avec lequel il le savait en relations suivies. C'est cette note, annoncée ailleurs (dans le volume de Souvenirs et Indiscrétions, à la fin du chapitre Intimités et Confidences, où nous n'avons pu la faire entrer) que nous allons publier ici. M. Sainte-Beuve remontaità la source même, en demandant des éclaircissements auprès du ministre, sur ces fameuses listes de fonds secrets, où son nom s'était trouvé inscrit pour la somme de cent francs! Il a fini par en trouver lui-même l'explication la plus vraisemblable, à la fin de son Avertissement ci-dessus (page 9). La seule raison que M. Duchâtel, interrogé, put en trouver dans le moment mème, ce fut, tout en répudiant la calomnie qui es. sayait de flétrir un des noms les plus honorablement portés dans les lettres, d'attribuer la prétendue révélation des registres officiels à une erreur, à moins que le nom de M. Sainte-Beuve n'eût servi là que de substitution mnémonique. M. Sainte-Beuve, du reste, avait eu la même idée dans la note qu'on va lire. Aujourd'hui que l'affaire a été suffisamment éclaircie par lui-mème, et ne vaut pas, dans tous les cas, la peine de l'être davantage, cette page inédite du maître conserve encore toute sa valeur biographique, et nous en remercions M. Clément :
« Dans une liste de fonds secrets, intitulée Ministère de l'intérieur, Gestion de M. Duchâtel du 1° janvier 1844 au 15 mai 1843, liste trouvée par suite des événements du 24 février et à laquelle il va être donné de la publicité, le nom de M. Sainte-Beuve se trouve porté entre les noms d'Eugène Veuillot et de Charles Maurice.
« - Cette découverte a été annoncée comme grave à M. Sainte-Beuve par ses amis du ministère de l'Instruction publique.
« Quoiqu'en effet toutes les personnes qui le connaissent sachent bien à quoi s'en tenir à ce sujet, on a affaire en ce temps-ci à bien des gens qui ne vous con naissent pas et qui ne demandent pas mieux que de croire tout ce qui peut nuire.
« M. Sainte-Beuve n'ayant jamais donné, non-seule ment la moindre occasion, mais le plus léger prétexte à ce que son nom pût être porté sur une telle liste, - n'ayant jamais eu l'honneur de rencontrer M. Duchâte durant ces huit années qu'une ou deux fois chez M de Bergue, - ose prier que la seule personne au fai de ce détail lui veuille venir en aide pour une explica tion.
« Ces fonds, a-t-il été répondu quand il s'est adressé à quelques personnes de l'ancienne administration, ces fonds étaient à la disposition du ministre seul.
« C'est à lui donc, c'est à son ancienne bienveillance, à sa justice et à sa délicatesse que M. Sainte-Beuve se permet de faire appel aujourd'hui, dans une affaire qui n'intéresse pas seulement sa propre position très-modeste et qu'il a déjà sacrifiée en idée (celle de bibliothécaire à la bibliothèque Mazarine), mais qui touche sa délicatesse même et jusqu'à un certain point son honneur.
« Sous quel prétexte, par quelle substitution mnémonique, le nom de M. Sainte-Beuve a-t-il pu se glisser là, et quelle a pu être la personne qui a trouvé plus commode d'être désignée sous ce nom ?
« - En osant interroger M. Duchâtel sur ce point délicat, M. Sainte-Beuve promet de ne faire usage de la réponse qu'avec discrétion, n'ayant certainement envie de ne faire aucun éclat, mais désirant simplement être sur la voie d'une explication qui ne le mène à soupçonner injustement personne.
« Paris, ce 17 avril 1848. »
Dans une fin de note, au bas de la page 59, je m'étais permis de nommer un jeune écrivain politique comme ayant trouvé moyen de faire ses preuves d'esprit et de malice, et de les faire avec goût, au milieu et en dépit des gênes et des entraves : quelques mois se sont écoulés, et j'ai besoin d'avertir que je n'entendais parler ainsi de M. Prevost-Paradol qu'en tant qu'écrivant au Journal des Débats, et dans ce cadre d'une politique encore littéraire, où je regrette, pour le Journal du moins et pour nous autres lecteurs, qu'il ne soit pas resté plus longtemps. (Note de la première édition.)