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L'Enchanteur 1768—1848
Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'empire Son groupe littéraire sous l'empire dix-septième leçon

Son groupe littéraire sous l'empire dix-septième leçon

Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'empire · 2 min de lecture · p. 1 · chapitre 30 sur 101

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris Calmann Lévy, 1889, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Les trois manières de Chateaubriand. - Caractère de son épopée. - Appareil d'emprunt. - L'antique refait. - Beauté descriptive. - Paradis et Enfer : embarras. - Récit d'Eudore. - Parti pris de tout christianiser. - Hiéroclès trop laid. - Un charme dans la confession. - Le golfe de Naples ; pureté et mollesse. - Trouble de Cymodocée. - Impressions de voyage d'Eudore. - La bataille des Franks. - L'art sous l'Empire.

Avant les Martyrs, M. de Chateaubriand avait déjà fait une étache d'épopée, les Natchez, dont il n'avait publié que les épisodes retouchés de René et d'Atala. Ces Natchez ont été imprimés plus tard, dans l'édition de 1826. A vrai dire, c'est la première manière épique de M. de Chateaubriand ; les Martyrs ne sont que la seconde, et le dernier Abencérage peut nous représenter la troisième.

Dans ces trois manières successives, on a toute l'échelle du talent. Le poëte, qui avait commencé par une sorte de grandeur et aussi d'extravagance d'imagination, mais qui avait rencontré la passion et la flamme, arrive à se réduire, à se maîtriser, et il atteint en quelque sorte la perfection classique de son genre et de son génie. On peut même trouver qu'il la dépasse dans le dernier Abencérage, lequel déjà, malgré sa grâce chevaleresque, est un peu raide et un peu sec de lignes. Sa manière se force de plus en plus en avançant.

Quant aux Martyrs, ils représentent bien certainement le moment le plus parfait et le plus juste, celui dans lequel le talent se montre encore très-développé, et où il n'est pourtant plus aussi extraordinaire et aussi étrange.

Je dis ceci en songeant aux Natchez, que je n'aborderai pas, car nous n'en sortirions jamais : qu'il nous suffise d'en avoir pris une idée par ce qui en est à la fois le plus brillant et le plus fidèle échantillon, par Atala. Les Natchez ont été comme une vaste forêt vierge dans laquelle l'auteur avait tout jeté d'abord, tellement qu'il a pu y puiser pour toutes ses compositions suivantes sans presque paraître l'entamer.

On ne saurait se figurer en effet, si l'on n'a pris la peine (car c'en est une) de tout lire, quelle prodigieuse fertilité d'imagination il y a déployée, que d'inventions, que de machines, surtout quelle profusion de figures proprement dites, de similitudes, les plus ingénieuses à côté des plus bizarres, un mélange tout moment de grotesque et de charmant. Mais certes, au sortir de ce poëme il était rompu aux images, il avait la main faite à tout en ce genre. Jamais l'art de la comparaison homérique n'a été poussé plus loin, non pas seulement le procédé de l'imitation directe, mais celui de la transposition. C'est un tour de force perpétuel que cette reprise d'Homère en iroquois. Après les Natchez, tout ce qui nous étonne en ce genre dans les Martyrs n'était pour l'auteur qu'un jeu. - Je reviens à l'esprit de l'épopée des Martyrs.

Le caractère propre à l'épopée de Chateaubriand et en général à tout son talent, c'est l'élévation, - la tendance à l'élévation. Exprimant dans le Génie du Christianisme ses idées sur le beau en poésie, il a nettement marqué en quoi il le distingue et le sépare du naturel