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L'Enchanteur 1768—1848
Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'empire Conte oriental. l'arbre sensible

Conte oriental. l'arbre sensible

Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'empire · 2 min de lecture · p. 233 · chapitre 65 sur 101

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris Calmann Lévy, 1889, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

« Un jour Almanzor, assis sur le penchant d'une colline et parcourant des yeux le paysage qui s'offrait à sa vue, disait au Génie tutélaire de n'y fis aucune attention, ni ne répondis. J'étais au moment de quitter Paris; j'étais incapable de rien entendre, de réfléchir à rien : une seule pensée m'occupait, j'étais tout entière à cette pensée. Mon frère a

cette charmante contrée : « Que la nature est belle ! Comment l'homme peut-il se priver volontairement du plaisir de voir les moissons ondoyer, les prés se couvrir de fleurs, les ruisseaux fuir, et l'arbre se bala ter dans des superbe est dans ton sein tu seraigient les oiseaux amoureux; c'est sur ton écorce que les amants gravent leurs chiffres ; c'est sous ton feuillage que le sage vient rêver au bonheur. Tu prêtes ton abri à toute la nature sensible. Que ne puis-je être toi, ou que n'as tu mon âme! » - « Deviens arbre, indiscret jeune homme ; dit à l'instant le Génie; mais reste Almanzor sous son écorce. Sois arbre jusqu'à ce que le repentir te rende ta première forme. » A peine le Génie a-t-il achevé de parler, qu'Almanzor s'élève en arbre majestueux : il courbe ses superbes rameaux en voûte de verdure impénétrable aux rayons du soleil. Bientôt les oiseaux, les zéphyrs et les pasteurs recherchèrent l'ombrage du nouvel arbre ; mais il ne le prêta jamais qu'à regret à l'indifférence. Cependant la belle et insensible Zuleïme vint un soir se reposer sous son ombre. Bientôt le sommeil ferma doucement ses paupières. Que de grâces s'offrirent à l'imprudent Almanzor ! Un frémissement insensible s'empare de ses feuilles. Il incline vers la jeune fille ses rameaux amoureux. Tandis qu'il fait des efforts jaloux pour la dérober à l'univers, Nesser, amant dédaigné de Zuleïma, porte ses pas vers ces lieux ; il voit la fille charmante, et d'une main téméraire il veut écarter le branchage que l'arbre cherche à lui opposer. Nesser est auprès de Zuleïma; il va lui dérober un baiser. L'arbre pousse un gémissement ; Nesser fuit, Zuleïma s'éveille : Almanzor a repris sa première forme. Il tombe aux pieds de la fière Zuleima, dont le cœur s'attendrit à la vue de tant de prodiges. Que de belles ont à moins perdu leur indifférence!