Au même. « (Fin de juillet 1803)
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris Calmann Lévy, 1889, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
« Rien ne prouve mieux, mon cher ami, que le dernier Mercure, ce que je vous ai toujours dit sur ce journal. Vous n'avez nul besoin de mon travail pour le soutenir. Je n'ai rien fait dans le dernier numéro, et il n'en vaut pas moins. Je l'ai u avec grand plaisir. L'entreprise ne tombera point si tous les coopérateurs ont du courage. Les vers de l'abbé Delille viennent à propos pour vous. Insérez les deux morceaux sur les Juifs et sur l'Arioste à la suite d'une ancienne traduction de l'Art poétique, depuis longtemps imprimée. La Motte vous fournira encore deux ou trois Énigmes. A mon retour je vous promets quelques pages ; je les ferai avec d'autant plus de plaisir qu'il n'y a plus obligation. On me mande que vous n'avez que mille souscripteurs réels; mais ce nombre suffit pour cheminer. Soutenez toujours, et le temps viendra où vos soins seront récompensés. Je n'ai point besoin de vous recommander une extrême circonspection. Rendu est la prudence même : il faut que chaque mot soit pesé dans sa balance1. D'ailleurs nous ne devons pas hurler, comme certains journaux, contre les philosophes, mais leur donner des ridicules. Cela est plus efficace : ils ne craignent que le mépris. Ils se félicitent des excès de Geoffroy, qui passe toute mesure et toute pudeur. Votre petit morceau sur Barthélemy est de très-bon goût. Macte viam2! J'écris un mot à M. Flins sur Corneille. Il est très-préparé sur cette matière, et n'a pas besoin de mes conseils. Je fais des vers, je joue Alvarez dans Alzire, je chasse le renard et joue aux échés tous les soirs, après un excellent dîner; voilà ma vie3. Elle est assez douce; il n'y manque que vous et votre ami pour la rendre parfaite. Adieu, je vous embrasse de tout mon cœur. F. »
1 Voir Lettre de Napoléon à Fouché du 3 octobre 1804 (Correspon dance de Napoléon, t. A, p. 23). ↩
2 Ces mots reviennent volontiers sous la plume de Fontanes encourageant son jeune ami : je les donne comme je les trouve. ↩
3 Il était alors à Neuilly, chez Mme Bacciochi. ↩