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L'Enchanteur 1768—1848
« Julie de Chateaubriand, comtesse de Farcy. D'après la miniature appartenant à M. H. de Nercy » (légende imprimée de la planche)

Personnes

Julie de Farcy

2 septembre 1763 – 26 juillet 1799 ·

Troisième sœur, poète mondaine à Paris, devenue pénitente : emprisonnée treize mois au Bon-Pasteur de Rennes, elle écrit en 1798 la lettre qui annonce à son frère la mort de leur mère, et meurt l’année suivante. Il place sa vie, par l’abbé Carron, à la fin des Mémoires.

En bref

Naissance2 septembre 1763, à Saint-Malo (registres cités par Biré).
Mort26 juillet 1799, à onze heures du soir, dans la maison de campagne d’une amie à une demi-lieue de Rennes (Carron) ; même date chez Berchet, dans le catalogue de la Bibliothèque nationale (1948) et dans une note de Biré.
DivergenceMort : 26 juillet 1799, à onze heures du soir, selon l’abbé Carron (vie reprise dans les Mémoires), Berchet et une note de Biré ; 22 juillet selon une autre note de Biré ; 26 juin, au Gravot, selon Collas.
Mariage1782, à Combourg, avec Annibal-Pierre-François de Farcy de Montavalon, capitaine au régiment de Condé (Biré) ; Chateaubriand assiste à la noce.
PortraitUne miniature anonyme, conservée en 1948 au château de Combourg par la comtesse de Durfort (catalogue de la Bibliothèque nationale, n° 16) ; non reproduite ici.
FillePauline-Zoé-Marie de Farcy de Montavallon (Fougères, 15 juin 1784 – Rennes, 24 décembre 1850), mariée en 1814 à Hyacinthe de Ravenel du Boisteilleul (Biré).
LienTroisième sœur, « née avec un vrai talent pour la poésie », devenue une dévote après la Terreur ; sa vie a été écrite par l’abbé Carron.
Domiciles partagésParis : un couvent (1786-1787), les pavillons de Saint-Lazare (vers 1788-1789), le cul-de-sac Férou (1792) ; Fougères, hôtel Farcy (1792-1793).
RévolutionArrêtée à Fougères en octobre 1793 avec Lucile et Céleste, détenue à Rennes ; libérée après Thermidor.
Dernière rencontreÉté 1792, à Paris, avant l’émigration de son frère.
Ce qu’il en a gardéIl place la vie de Julie, par l’abbé Carron, au « supplément » des Mémoires.
Dans les Mémoires80 mentions (relevé automatique) : livres I (1, 2) ; II (7, 8) ; III (8, 16) ; IV (2, 3, 7, 9, 10, 11) ; V (7, 8) ; VIII (5) ; IX (2, 6) ; X (3) ; XI (2, 4) ; XII (6) ; XIII (8) ; XIV (1, 3) ; XVII (6) ; XXX (14) ; XXXV (6) ; XLIII (9) ; livre « Madame Récamier ».
Correspondance1 lettre dans la Correspondance (1 écrite).

« Un vrai talent pour la poésie » (1763-1782)

Julie-Marie-Agathe de Chateaubriand naît à Saint-Malo le 2 septembre 1763, cinq ans avant son frère, d’après les registres relevés par Biré :

« Julie-Marie-Agathe, née le 2 septembre 1763 […] »

Edmond Biré, note des Mémoires d’outre-tombe, t. I. · Lire le passage

Chateaubriand la range parmi les poètes de la famille :

« […] une de mes soeurs madame de Farcy, avait un vrai talent pour la poésie […] »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre I, chapitre 1. · Lire le passage

L’abbé Carron, qui écrit sa vie après sa mort, précise :

« Mademoiselle de Chateaubriand faisait agréablement et facilement les vers ; sa mémoire se montrait fort étendue, sa lecture prodigieuse ; c’était en elle une véritable passion. On a connu d’elle une traduction en vers du septième chant de la Jérusalem, quelques épîtres et deux actes d’une comédie où les moeurs de ce siècle étaient peintes avec autant de finesse que de goût. »

Abbé Carron, vie de Julie de Farcy (1817), abrégée par Chateaubriand dans les Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XLIII, chapitre 9. · Lire le passage

Le mariage à Combourg (1782)

Le château de Combourg vu du parc, entre la grosse tour et la tour du Chat (2026)
Le château de Combourg vu du parc, entre la grosse tour et la tour du Chat (2026) — photo Rémi Vernier, château de Combourg, 7 août 2026

« Julie, ma troisième soeur, se maria dans le cours de ces deux années : elle épousa le comte de Farcy, capitaine au régiment de Condé, et s’établit avec son mari à Fougères, où déjà habitaient mes deux soeurs aînées, mesdames de Marigny et de Québriac. Le mariage de Julie eut lieu à Combourg, et j’assistai à la noce. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre II, chapitre 7. · Lire le passage

« Elle était âgée de dix−huit ans lorsqu’elle épousa Annibal de Farcy de Montvallon, capitaine au régiment de Condé. »

Abbé Carron, vie de Julie de Farcy (1817), abrégée par Chateaubriand dans les Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XLIII, chapitre 9. · Lire le passage

Biré date le mariage de 1782 :

« Le comte de Farcy était capitaine au régiment de Condé, infanterie. »

Edmond Biré, note des Mémoires d’outre-tombe, t. I. · Lire le passage

Marcel Hodebert, pour la Société d’histoire et d’archéologie du pays de Fougères, donne la date du 23 avril 1782 : Annibal-Pierre de Farcy a trente-trois ans, Julie dix-neuf, et elle apporte trente mille livres de dot. Le couple s’installe à Fougères, rue Nationale, à l’hôtel de Farcy, alors une grande maison à porche et à colombages. Démolie en 1847, elle a fait place à l’hôtel Danjou de la Garenne, au n° 32, dont la façade Renaissance a été ornée de médaillons (SHAP, 2014) :

« Fougères, 32, rue Nationale. Maison de style Renaissance remplaçant l'hôtel qui fut habité par Julie de Chateaubriand, comtesse de Farcy, et sa sœur Lucile » (légende imprimée, d'après Étienne Aubrée, Le Chevalier de cœur)
« Fougères, 32, rue Nationale. Maison de style Renaissance remplaçant l'hôtel qui fut habité par Julie de Chateaubriand, comtesse de Farcy, et sa sœur Lucile » (légende imprimée, d'après Étienne Aubrée, Le Chevalier de cœur) — photographie ancienne, auteur non nommé (Archives municipales de Fougères) — reproduite par Marcel Hodebert, « Les sœurs de Chateaubriand à Fougères », blog de la Société d'histoire et d'archéologie du pays de Fougères (SHAP), II, 25 février 2014

Une fille naît à Fougères, Pauline-Zoé-Marie, le 15 juin 1784 (Biré) ; elle épousera un cousin, Hyacinthe de Ravenel du Boisteilleul :

« […] mariée le 16 novembre 1814 à Hyacinthe de Ravenel du Boisteilleul, décédée à Rennes le 24 décembre 1850 […] »

Edmond Biré, note des Mémoires d’outre-tombe, t. I. · Lire le passage

« […] dont un des fils, officier très distingué d’artillerie dans les armées Bonaparte, a épousé la fille unique de ma soeur la comtesse de Farcy. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre II, chapitre 8. · Lire le passage

Julie mondaine, à Paris (1786)

Quand le chevalier arrive à Paris, en 1786, Jean-Baptiste le mène chez elle :

« Nous montâmes dans la voiture de mon frère, et nous nous rendîmes au couvent qu’habitait madame de Farcy. Julie se trouvait depuis quelque temps à Paris pour consulter les médecins. Sa charmante figure, son élégance et son esprit l’avaient bientôt fait rechercher. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IV, chapitre 2. · Lire le passage

« Quand je retrouvai Julie à Paris, elle était dans la pompe de la mondanité ; elle se montrait couverte de ces fleurs […] voilée de ces tissus parfumés que saint Clément défend aux premières chrétiennes. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IV, chapitre 3. · Lire le passage

« Julie était infiniment plus jolie que Lucile ; elle avait des yeux bleus caressants et des cheveux bruns à gaufrures ou à grandes ondes. Ses mains et ses bras, modèles de blancheur et de forme, ajoutaient par leurs mouvements gracieux quelque chose de plus charmant encore à sa taille charmante. Elle était brillante, animée, riait beaucoup sans affectation, et montrait en riant des dents perlées. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IV, chapitre 3. · Lire le passage

« Julie me reçut avec cette tendresse qui n’appartient qu’à une soeur. Je me sentis protégé en étant serré dans ses bras, ses rubans, son bouquet de roses et ses dentelles. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IV, chapitre 3. · Lire le passage

« Julie de Chateaubriand, Mme de Farcy » (collection privée)
« Julie de Chateaubriand, Mme de Farcy » (collection privée) — collection privée, D.R. — reproduction : Marcel Hodebert, « Les sœurs de Chateaubriand à Fougères », blog de la Société d'histoire et d'archéologie du pays de Fougères (SHAP), II, 25 février 2014

Anatole France, d’après la tradition de la famille :

« Elle aimait les lettres. Elle savait son Parny par cœur et traduisait à loisir les Saisons de Thomson. »

Anatole France, Lucile de Chateaubriand, 1879. · Lire le passage

Fougères et Marigny (1786-1788)

Fougères - Château 20140816-01
Fougères - Château 20140816-01 — Pymouss — Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)
Saint-Germain-en-Coglès château de Marigny
Saint-Germain-en-Coglès château de Marigny — Marque du Domaine Public, Collection Musée de Bretagne / Ecomusée de la Bintinais

Après la mort du père, en 1786, la famille se disperse :

« Lucile suivit Julie ; je passai une partie de mon temps chez mesdames de Marigny, de Châteaubourg et de Farcy. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IV, chapitre 7. · Lire le passage

Quand Jean-Baptiste le rappelle à Paris pour être présenté au roi, le cadet veut refuser :

« Je m’empressai de lire cette réponse romanesque à madame de Marigny, qui jeta les hauts cris ; on appela madame de Farcy, qui se moqua de moi ; Lucile m’aurait bien voulu soutenir, mais elle n’osait combattre ses soeurs. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IV, chapitre 7. · Lire le passage

Les pavillons de Saint-Lazare et les poètes (1788-1789)

« Madame de Farcy, toujours souffrante, prit enfin la résolution d’abandonner la Bretagne. Elle détermina Lucile à la suivre ; Lucile, à son tour, vainquit mes répugnances : nous prîmes la route de Paris ; douce association des trois plus jeunes oiseaux de la couvée. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IV, chapitre 10. · Lire le passage

« Madame de Farcy s’était accointée, je ne sais comment, avec Delisle de Sales, lequel avait été mis jadis à Vincennes pour des niaiseries philosophiques. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IV, chapitre 11. · Lire le passage

« Je vis chez lui Carbon Flins des Oliviers, qui tomba amoureux de madame de Farcy. Elle s’en moquait ; il prenait bien la chose, car il se piquait d’être de bonne compagnie. Flins me fit connaître Fontanes, son ami, qui est devenu le mien. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IV, chapitre 11. · Lire le passage

« J’avais connu M. de Laharpe en 1789 : comme Flins, il s’était pris d’une belle passion pour ma soeur, madame la comtesse de Farcy. Il arrivait avec trois gros volumes de ses oeuvres sous ses petits bras, tout étonné que sa gloire ne triomphât pas des coeurs les plus rebelles. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIV, chapitre 3. · Lire le passage

Revenus en Bretagne à la fin de 1788, ils regagnent Paris au printemps de 1789 :

« A peine fus−je descendu, avec madame de Farcy et madame Lucile, dans un hôtel garni de la rue de Richelieu, qu’une insurrection éclate […] »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre V, chapitre 8. · Lire le passage

La conversion

Une maladie grave la change, à une date que Carron ne donne pas :

« Au milieu d’une vie employée à satisfaire son goût pour les plaisirs de l’esprit, la jeune et brillante Julie avait été frappée d’une maladie très grave ; elle voulut rentrer en elle−même et consulter ses plus secrets sentiments. Alors se trouvant la tête remplie de tous les ouvrages de poésie qu’elle avait dévorés, et qui étaient comme son unique aliment, elle fut tout à coup saisie de cette pensée :  » Je vais être bientôt appelée devant Dieu pour lui rendre compte de ma vie ; que lui répondrai−je ? je ne sais que des vers.  » […] »

Abbé Carron, vie de Julie de Farcy (1817), abrégée par Chateaubriand dans les Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XLIII, chapitre 9. · Lire le passage

« Après des combats qui la retinrent pendant plusieurs jours dans un état d’agitation cruelle, elle prit enfin le parti de ne rien refuser à Dieu, et jeta au feu tous ses manuscrits sans même épargner un ouvrage commencé auquel elle tenait […] »

Abbé Carron, vie de Julie de Farcy (1817), abrégée par Chateaubriand dans les Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XLIII, chapitre 9. · Lire le passage

« Lorsque je n’étais encore que depuis peu de temps à Dieu, disait−elle à son amie, je m’étais mis l’esprit à la torture sur le choix d’un ruban rose ou bleu, voulant prendre le bleu par mortification, et n’ayant pas le courage de résister au rose. »

Abbé Carron, vie de Julie de Farcy (1817), abrégée par Chateaubriand dans les Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XLIII, chapitre 9. · Lire le passage

« Couverte de vêtements de la plus grande simplicité, d’une robe de laine noire ou brune, enveloppée dans l’hiver d’une pelisse mal fourrée, l’été d’une mante de taffetas noir, cette Julie, naguère si intéressante aux amis de la terre et de ses pompes par son élégance, expiait avant trente ans le goût et la délicatesse qui la paraient à vingt. »

Abbé Carron, vie de Julie de Farcy (1817), abrégée par Chateaubriand dans les Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XLIII, chapitre 9. · Lire le passage

« Souvent, pendant des froids rigoureux, elle demeurait la nuit fort longtemps prosternée la face contre terre, portant habituellement un cilice, punissant par d’autres austérités un corps innocent, jeûnant toute l’année avec la plus étonnante rigueur, mesurant scrupuleusement la quantité de pain noir et d’eau dont elle soutenait sa faiblesse, étant à peine vêtue, logée dans une espèce de grenier, couchée sur un lit sans rideaux et qui était aussi dur que des planches […] »

Abbé Carron, vie de Julie de Farcy (1817), abrégée par Chateaubriand dans les Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XLIII, chapitre 9. · Lire le passage

Sa fille raconte une visite à une « parente » tombée dans la misère :

« Mon premier soin fut de demander a ma mère le nom de cette étrange parente et de quel côté nous pouvions lui appartenir. − Ma fille, me répondit−elle, cette femme est comme nous fille d’Adam et d’Eve, et nous sommes déchus comme elle. Jamais mon orgueil n’a reçu une meilleure leçon. »

Abbé Carron, vie de Julie de Farcy (1817), abrégée par Chateaubriand dans les Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XLIII, chapitre 9, d’après sa fille. · Lire le passage

1792 : le cul-de-sac Férou

Après le mariage de son frère, au printemps de 1792, elle le suit à Paris avec Lucile et Céleste. En septembre, Mme Ginguené les avertit des massacres :

« Madame Ginguené prévint mes soeurs et ma femme du massacre qui devait avoir lieu aux Carmes et leur donna asile : elles demeuraient cul−de−sac Férou, dans le voisinage du lieu où l’on devait égorger. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IV, chapitre 12. · Lire le passage

Il émigre en juillet 1792 ; il ne la reverra plus.

Les époux de Farcy se sont séparés à l’amiable après quatre ans de mariage ; la séparation de biens est prononcée le 23 octobre 1792. Annibal de Farcy reste en bons termes avec la famille (SHAP, 2014).

Le Bon-Pasteur de Rennes (1793-1794)

La caserne du Bon-Pasteur, à Rennes, au début du XXe siècle (carte postale, Archives de Rennes, 100Fi563). Julie y fut détenue « à la maison du Bon-Pasteur » (Carron), « au couvent du Bon-Pasteur, devenu la prison de la Motte » (Biré) ; que ce soit le même bâtiment n'est pas vérifié
La caserne du Bon-Pasteur, à Rennes, au début du XXe siècle (carte postale, Archives de Rennes, 100Fi563). Julie y fut détenue « à la maison du Bon-Pasteur » (Carron), « au couvent du Bon-Pasteur, devenu la prison de la Motte » (Biré) ; que ce soit le même bâtiment n'est pas vérifié — anonyme — Wikimedia Commons (domaine public)

Revenue à Fougères, elle est arrêtée à l’automne de 1793 et envoyée à Rennes. Le comité de surveillance de la ville en donne la raison le 27 janvier 1794 :

« Julie Chateaubriand, femme Farcy, ex-noble, âgée de 27 ans, envoyée à la maison de réclusion de Rennes, le 21 octobre 1793 (vieux stile), par le Comité de surveillance de Fougères, sans autres motifs […] »

Registre du comité de surveillance de Rennes, 8 pluviôse an II, cité par Biré. · Lire le passage

« Elle avait passé treize mois, sous la Terreur, dans les prisons de Rennes avec mes deux soeurs Lucile et Julie […] »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXV, chapitre 6 (sur Céleste). · Lire le passage

« Vers le milieu de 1793, elle fut arrêtée et conduite à la maison du Bon−Pasteur, à Rennes, et y demeura enfermée pendant treize mois. »

Abbé Carron, vie de Julie de Farcy (1817), abrégée par Chateaubriand dans les Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XLIII, chapitre 9. · Lire le passage

« Ne pouvant conserver assez de recueillement au milieu du dortoir commun, elle obtint une petite place dans un grenier presque à l’injure de l’air ; elle s’y rendait à quatre heures du matin et y semblait absorbée dans ses méditations, toujours à genoux avec un peu d’eau auprès d’elle pour se désaltérer dans la chaleur que la saison et le lieu faisaient éprouver. »

Abbé Carron, vie de Julie de Farcy (1817), abrégée par Chateaubriand dans les Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XLIII, chapitre 9. · Lire le passage

« Une malade avait besoin de prendre des bains, et l’amie des affligés tirait et portait elle−même de l’eau : dévouement au−dessus de ses forces, et qui sans doute abrégea ses jours. »

Abbé Carron, vie de Julie de Farcy (1817), abrégée par Chateaubriand dans les Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XLIII, chapitre 9. · Lire le passage

« Un soir le bruit se répandit que les détenues seraient incessamment massacrées. Cette nouvelle causa une alarme générale : une des dames renfermées aperçoit au haut de la maison la faible lueur d’une lampe, et communique sa surprise et sa terreur à sa voisine :  » Ne vous effrayez point, répondit celle−ci ; ne savez−vous pas que madame de Farcy passe la plus grande partie de la nuit en prières ?  » […] »

Abbé Carron, vie de Julie de Farcy (1817), abrégée par Chateaubriand dans les Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XLIII, chapitre 9. · Lire le passage

Selon la SHAP de Fougères, qui date l’arrestation de Julie du 1er octobre 1793 et celle de Céleste et de Lucile du lendemain, les trois femmes sont d’abord enfermées au château de Fougères, puis à la prison de la Tour-du-Bat, avant le Bon-Pasteur de Rennes. On ne sait qui garde pendant ces treize mois la petite Pauline-Zoé, âgée de neuf ans (SHAP, 2014).

Biré donne la date de la libération, après le 9 Thermidor :

« Elles sortirent de la prison de la Motte le 15 brumaire an III (5 novembre 1794). »

Edmond Biré, note des Mémoires d’outre-tombe, t. I. · Lire le passage

Revenues à Fougères, elles peuvent, par un arrangement secret, occuper une partie de l’hôtel de Farcy, vendu comme bien national (SHAP, 2014).

1796 : la succession de Combourg

Jean-Baptiste a été guillotiné en 1794 ; ses fils sont mineurs. Le 15 juillet 1796, les experts de la République estiment la terre de Combourg ; c’est Julie qui représente sa mère devant eux (Collas, d’après les archives d’Ille-et-Vilaine) :

« […] la citoyenne Julie-Marie-Agathe de Chateaubriand, femme Farcy-Montavalon, autorisée de justice […] »

Georges Collas, « Dix ans au château de Combourg », Annales de Bretagne, 1921.

Le 2 août suivant, elle assiste à Rennes, avec sa mère, Mme de Marigny et Céleste, au mariage de Lucile avec M. de Caud (Collas).

La lettre du 1er juillet 1798

Lucile de Chateaubriand, miniature (vers 1800). Chateaubriand écrit qu'« il n'existe qu'un portrait de Lucile », une « méchante miniature » de Limoëlan (Mémoires, II, 7) ; le catalogue de l'exposition de 1948 attribue la miniature de Lucile qu'il expose à Fanny Thibaud de La Guichardière et y voit peut-être une copie de celle de Limoëlan
Lucile de Chateaubriand, miniature (vers 1800). Chateaubriand écrit qu'« il n'existe qu'un portrait de Lucile », une « méchante miniature » de Limoëlan (Mémoires, II, 7) ; le catalogue de l'exposition de 1948 attribue la miniature de Lucile qu'il expose à Fanny Thibaud de La Guichardière et y voit peut-être une copie de celle de Limoëlan — attribuée à Joseph-Pierre Picot de Limoëlan de Clorivière par Wikimedia Commons, sans source — domaine public

Leur mère meurt à Saint-Servan. Julie l’écrit à son frère, émigré à Londres :

« Saint−Servan, 1er juillet 1798.  » Mon ami, nous venons de perdre la meilleure des mères ; je t’annonce à regret ce coup funeste. Quand tu cesseras d’être l’objet de nos sollicitudes, nous aurons cessé de vivre. Si tu savais combien de pleurs tes erreurs ont fait répandre à notre respectable mère, combien elles paraissent déplorables à tout ce qui pense et fait profession non seulement de piété, mais de raison ; si tu le savais, peut−être cela contribuerait−il à t’ouvrir les yeux, à te faire renoncer à écrire ; et si le ciel, touché de nos voeux, permettait notre réunion, tu trouverais au milieu de nous tout le bonheur qu’on peut goûter sur la terre ; tu nous donnerais ce bonheur, car il n’en est point pour nous, tandis que tu nous manques et que nous avons lieu d’être inquiètes de ton sort.  » […] »

Julie de Farcy à son frère, citée dans Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XI, chapitre 4. · Lire le passage

« Fontanes m’invitait à travailler, à devenir illustre ; ma soeur m’engageait à renoncer à écrire : l’un me proposait la gloire, l’autre l’oubli. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XI, chapitre 4. · Lire le passage

« Ah ! que n’ai−je suivi le conseil de ma soeur ! Pourquoi ai−je continué d’écrire ? »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XI, chapitre 4. · Lire le passage

La préface du Génie du christianisme (1802) fait de cette lettre l’origine de son retour à la foi :

« Ma soeur me manda le dernier voeu de ma mère. Quand la lettre me parvint au−delà des mers, ma soeur elle−même n’existait plus ; elle était morte aussi des suites de son emprisonnement. Ces deux voix sorties du tombeau, cette mort qui servait d’interprète à la mort, m’ont frappé. Je suis devenu chrétien. Je n’ai point cédé, j’en conviens, à de grandes lumières surnaturelles : ma conviction est sortie du coeur ; j’ai pleuré et j’ai cru. »

Préface du Génie du christianisme, citée dans Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XI, chapitre 4. · Lire le passage

La mort (26 juillet 1799)

« La détention si pénible et si longue de madame de Farcy dans la maison du Bon−Pasteur de Rennes avait comme éteint ce qui lui restait de forces. »

Abbé Carron, vie de Julie de Farcy (1817), abrégée par Chateaubriand dans les Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XLIII, chapitre 9. · Lire le passage

« Pendant sa dernière maladie elle conserva la même patience, acheva de mettre ordre à ses affaires et recommanda sa fille, alors dans sa quinzième année, à la famille de son mari. »

Abbé Carron, vie de Julie de Farcy (1817), abrégée par Chateaubriand dans les Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XLIII, chapitre 9. · Lire le passage

Elle laisse à sa fille des conseils écrits :

« Je voudrais, ma chère petite, que tu conservasses la bonne habitude d’être matinale. Lève−toi, pendant la belle saison, à six heures du matin. Que ta première pensée soit pour Dieu, ta première action la prière […] »

Julie de Farcy à sa fille, citée par Carron, dans Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XLIII, chapitre 9. · Lire le passage

« Une de ses amies qui avait une maison de campagne à une demi−lieue de Rennes, la pressa de venir chez elle ; elle s’y fit transporter. »

Abbé Carron, vie de Julie de Farcy (1817), abrégée par Chateaubriand dans les Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XLIII, chapitre 9. · Lire le passage

« La dernière fois que ses soeurs la visitèrent, elles ne purent s’énoncer que par leurs larmes ; Julie soutint cette entrevue avec force et courage. »

Abbé Carron, vie de Julie de Farcy (1817), abrégée par Chateaubriand dans les Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XLIII, chapitre 9. · Lire le passage

« Le 26 juillet 1799, elle fut levée et fit ses prières à l’ordinaire ; dans l’après−dîner on la coucha. Placé près de la mourante, l’abbé Leforestier lui demanda s’il ne convenait point d’envoyer chercher sa fille ?  » Non, monsieur, répondit−elle, à moins que vous ne l’exigiez ; le sacrifice est fait.  » […] »

Abbé Carron, vie de Julie de Farcy (1817), abrégée par Chateaubriand dans les Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XLIII, chapitre 9. · Lire le passage

« A neuf heures elle demanda plusieurs fois combien de temps elle avait encore à vivre :  » Peut−être trois heures,  » lui répondit−on. −  » Ah ! s’écria−t−elle, trois heures encore sans voir Dieu !  » A dix heures elle reçut l’extrême−onction. »

Abbé Carron, vie de Julie de Farcy (1817), abrégée par Chateaubriand dans les Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XLIII, chapitre 9. · Lire le passage

« Elle la perdit à dix heures et un quart, et à onze heures elle expira. »

Abbé Carron, vie de Julie de Farcy (1817), abrégée par Chateaubriand dans les Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XLIII, chapitre 9. · Lire le passage

La maison de l’amie est le manoir du Gravot, alors aux portes de Rennes, chez une citoyenne Daniel, dans l’actuelle rue Claude-Bernard (Collas, 1958 ; SHAP, 2014).

Lucile, Carron, les Mémoires

Lucile ne s’en remet pas :

« La mort de madame la comtesse de Farcy, soeur qu’elle aimait tendrement, accrut la tristesse de madame de Caud. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIII, chapitre 8. · Lire le passage

« Lorsque madame de Farcy existait, toujours près d’elle, je ne m’étais pas aperçue du besoin d’être en société de pensées avec quelqu’un. Je possédais ce bien sans m’en douter. »

Lucile à son frère, citée dans Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XVII, chapitre 6. · Lire le passage

L'abbé Guy-Toussaint-Julien Carron, « le François de Paule de l'exil » (Mémoires, livre IV, chapitre 2), auteur des Vies des justes, où il publie en 1817 la vie de Julie de Farcy (estampe, vers 1825, Amsterdam, Rijksmuseum)
L'abbé Guy-Toussaint-Julien Carron, « le François de Paule de l'exil » (Mémoires, livre IV, chapitre 2), auteur des Vies des justes, où il publie en 1817 la vie de Julie de Farcy (estampe, vers 1825, Amsterdam, Rijksmuseum) — Rijksmuseum — Wikimedia Commons (CC0)

L’abbé Carron, émigré lui aussi, publie sa vie en 1817 dans les Vies des justes. Chateaubriand la reprend à la fin des Mémoires :

« Voici la vie de ma soeur Julie. Il n’y a pas un mot de moi dans le récit de l’abbé Carron ; en retranchant des phrases et supprimant des paragraphes, j’ai abrégé l’ouvrage de moitié. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XLIII, chapitre 9. · Lire le passage

« Julie innocente se livra aux mains du repentir ; elle consacra les trésors de ses austérités au rachat de ses frères ; et à l’exemple de l’illustre Africaine sa patronne, elle se fit martyre. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IV, chapitre 2. · Lire le passage

« Il ne manque rien à la gloire de Julie : l’abbé Carron a écrit sa vie ; Lucile a pleuré sa mort. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IV, chapitre 2. · Lire le passage

Divergences entre les sources

La date de la mort : le 26 juillet 1799, à onze heures du soir, dans la maison de campagne d’une amie à une demi-lieue de Rennes, selon Carron ; le 26 juillet aussi selon Berchet et une note de Biré ; le 22 juillet selon une autre note de Biré ; le 26 juin, au Gravot, près de Rennes, selon Collas ; le 26 juillet, au manoir du Gravot, selon la SHAP de Fougères (2014).

L’arrestation : « vers le milieu de 1793 » selon Carron ; envoyée de Fougères à Rennes le 21 octobre 1793 selon le registre du comité de surveillance (Biré) ; le 1er octobre 1793 pour Julie, le 2 pour Céleste et Lucile, selon la SHAP de Fougères (2014) ; le 16 octobre pour Julie, le 17 pour Céleste et Lucile, d’après le registre d’écrou du château de Fougères, selon Georges Collas (1949), qui fait arriver le convoi à la Tour Le Bât de Rennes le 26 octobre.

La séparation de biens : le 23 octobre 1792 selon la SHAP, le 28 octobre selon Collas (1949).

L’âge : le registre de 1794 lui donne 27 ans ; née en 1763, elle en avait trente. À son mariage, en avril 1782, elle a dix-huit ans selon Carron (ce qui s’accorde avec sa naissance en septembre 1763), dix-neuf selon la SHAP.

Les noms : « Julie-Agathe » chez Carron, « Julie-Marie-Agathe » dans les registres (Biré) et devant les experts de 1796 (Collas) ; le mari est « de Farcy de Montvallon » (Carron), « de Montavalon » (Biré, Collas), sa fille « de Montavallon » (Biré) ; Carron appelle la mère « Pauline Bedée ».

Mère et fille : Anatole France écrit que Mme de Farcy survécut « de peu de jours » à sa mère ; d’après la lettre de Saint-Servan (1er juillet 1798) et Carron, elle lui survit un an.

Sources et documents

Abbé Carron, Vies des justes dans les plus hauts rangs de la société, t. IV, Paris, Rusand, 1817 ; abrégé par Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XLIII, chapitre 9
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livres I (1), II (7, 8), IV (2, 3, 7, 10, 11, 12), V (8), XI (4), XIII (8), XIV (3), XVII (6), XXXV (6)
Edmond Biré, éd. des Mémoires d’outre-tombe, Garnier, 1898-1900, t. I et II, notes (lire sur le site · Internet Archive)
Georges Collas, « Dix ans au château de Combourg », Annales de Bretagne, 1921
Georges Collas, « Veuve d’un vivant… (1792-1804) », Annales de Bretagne, 1958 (date et lieu de la mort ; faits seulement) (lire en ligne)
Anatole France, Lucile de Chateaubriand, ses contes, ses poèmes, ses lettres, 1879 (lire en ligne)
Marcel Hodebert, « Les sœurs de Chateaubriand à Fougères, II : Julie et Lucile », blog de la Société d’histoire et d’archéologie du pays de Fougères (SHAP), 25 février 2014 (faits seulement ; portrait et photographie de l’hôtel de Farcy) (lire en ligne)
Georges Collas, « Les Jours douloureux de la femme et des sœurs de Chateaubriand (1792-1794) », Annales de Bretagne, t. 56, 1949, p. 36-65 (faits ; documents d’archives cités) (lire en ligne)
Encyclopédie de Brocéliande, « Chateaubriand (François-René de) » (planche « Julie de Chateaubriand, comtesse de Farcy ») (lire en ligne)
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livres II, IV, IX et XI
Chateaubriand, 1768-1848. Exposition du centenaire, Paris, Bibliothèque nationale, 1948 (catalogue ; faits seulement) (lire en ligne)

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