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L'Enchanteur 1768—1848
Fougères - Château 20140816-01

Lieux

Fougères

Fougères (Ille-et-Vilaine)

Céleste y vit sept ans à l’hôtel Farcy (1797-1804) ; détention au château de Fougères en 1793.

En bref

FamilleSes trois sœurs aînées, mariées à Combourg, s’établissent dans le pays de Fougères : Marie-Anne (comtesse de Marigny) au château de Marigny, Bénigne (comtesse de Québriac, puis de Châteaubourg) à la Sécardais et au Plessis, Julie (comtesse de Farcy) à l’hôtel Farcy, en ville.
SéjoursAutomne 1786 : « quelques mois » chez Mme de Marigny (Mémoires) ; mars-automne 1787, après l’inventaire de Combourg : « un semestre » à Fougères, coupé d’un passage au régiment à Dieppe ; un mois chez Mme de Châteaubourg (printemps 1789 selon Collas) ; mars 1789 : lettres datées de Fougères ; fin avril – octobre 1790 : à l’hôtel Marigny (lettres à Piochon et à La Morandais) ; janvier 1791 : rencontre de La Rouërie ; 1802 : vingt-quatre heures auprès de sa femme et de ses sœurs (retour du Midi) ; 1806 : visite avant l’Orient. Dates de 1786 à 1791 d’après Collas (1919).
CélesteAprès le séquestre de 1793, puis pendant toute l’émigration de son mari : hôtel Farcy, avec Lucile et Julie (Collas, 1958). Les trois femmes sont arrêtées à Fougères à l’automne 1793 (16-17 octobre selon Collas) et transférées à Rennes.
Les environsIl passe des semaines au château du Boisfévrier, en Fleurigné, à deux lieues de Fougères, chez les Langan, cousins des Farcy. La fille de la maison, plus tard Mme de Vaujuas, a écrit ses souvenirs de lui en 1826 (publiés en 1913, voir ci-dessous).
Le château, prisonUne maison d’arrêt est établie au château de Fougères : son registre d’écrou porte Julie de Farcy le 16 octobre 1793, Céleste et Lucile le 17 ; le 14 frimaire an II (4 décembre 1793 ; « 3 décembre » dans le catalogue de 1948), les trois femmes sont conduites au Bon-Pasteur de Rennes. Le programme de la Société Chateaubriand (2026) parle de « la mère et les sœurs » emprisonnées au château « avant leur transfert à Paris » : les sources consultées donnent Rennes, et la mère, Apolline de Bedée, est arrêtée à Saint-Malo (février 1794), non à Fougères.
CertitudeSéjours certains (Mémoires) ; adresses de l’hôtel Farcy non établie par les sources consultées.

Le lieu

Ville des Marches de Bretagne, à la frontière du Maine et de la Normandie. Son château, l’un des plus vastes d’Europe, occupe un méandre du Nançon au pied de la ville haute.

Histoire

Ville de garnison et de foire, Fougères est au cœur de la Chouannerie : Balzac y place l’action des Chouans (1829). Céleste y vit de 1797 à 1804, pendant l’exil de son mari, et la sœur de Chateaubriand, Marie-Anne, habite tout près, à Marigny. Les trois sœurs aînées, mariées à Combourg, s’établissent dans le pays de Fougères. Chateaubriand y revient en 1806, à la veille de son départ pour la Terre sainte : après quinze années d’absence, il y embrasse sa famille, mais n’a pas le courage de retourner à Combourg.

Un semestre à Fougères

« Je revins passer un semestre à Fougères. Là régnait une fille noble, appelée mademoiselle de La Belinaye […] »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IV, chapitre 10. · Lire le passage

L’hôtel Marigny (1790)

Au printemps de 1790, endetté, le chevalier revend des bas fabriqués à Angers (voir l’entrée du journal) et se fait adresser les balles chez sa sœur aînée, Mme de Marigny. Toutes ses lettres d’avril à octobre en viennent :

« Envoyé moi un model d’endossement n’y manquez pas à mon adresse a fougère hôtel Marigni. »

Chateaubriand à M. de La Morandais, [Fougères, 21 septembre 1790] (Une gerbe de lettres inédites, 1911). · Lire le passage

L’éditeur de ces lettres situe l’hôtel dans la rue « actuellement nommée rue de Chateaubriand » (1911).

Le témoignage de Mme de Vaujuas

Émilie-Charlotte de Langan du Boisfévrier, née à Fougères le 12 février 1775, fille du baron du Boisfévrier et de Françoise de Farcy, cousine des Farcy, a connu le chevalier de onze à dix-sept ans, entre la mort du comte et le départ pour l’armée des princes. Mariée à M. Tréton de Vaujuas, elle écrit ses souvenirs en 1826, à la demande d’un de ses fils, pour le livre de la famille. Son petit-fils, le vicomte Le Bouteiller, les publie en 1913 (Notes sur l’histoire de la ville et du pays de Fougères, t. IV, p. 356) ; Georges Collas les reproduit en entier en 1919. C’est le plus ancien témoignage venu du dehors sur la jeunesse de Chateaubriand.

« Il était aussi gai, aussi aimable qu’on peut l’être. »

Mme de Vaujuas, souvenirs écrits en 1826, publiés par Collas (1919).

« Sa sœur passait beaucoup de temps au Boisfévrier; il y venait sans cesse et y restait des semaines. J’ai souvent entendu dire à mon père, qui l’aimait beaucoup, que cette imagination-là ferait du bruit et que M. de Chateaubriand finirait par écrire. »

Mme de Vaujuas, même texte.

Puis il revient de Paris changé :

« A son retour en province, il était toujours bon, spirituel, mais moins aimable. »

Mme de Vaujuas, même texte.

« Il nous quittait souvent pour aller rêver sur les rochers et au bord des ruisseaux, où sûrement il épuisait toute sa mélancolie, car à son retour il était fort gai et fort aimable en dépit de lui-même. »

Mme de Vaujuas, même texte.

« Il partit dans ce temps-là pour la Nouvelle-Angleterre, revint plein de souvenirs et nous raconta avec son esprit ordinaire beaucoup de choses intéressantes. »

Mme de Vaujuas, même texte.

Ce retour à Fougères, après l’Amérique, n’est dit nulle part dans les Mémoires ; Collas le place en janvier ou en avril 1792. Mme de Vaujuas se trompe quand elle écrit qu’on le retira du collège pour le mettre au régiment (il avait quitté Rennes depuis quatre ans). Elle dit sans détour que la fortune du père allait à l’aîné :

« Mais l’aîné seul devait en jouir; aussi ce fut à lui qu’on pensa toujours. »

Mme de Vaujuas, même texte.

Les Mémoires disent la même vie de société, sans nommer personne :

« Chez mes soeurs, la province se retrouvait au milieu des champs : on allait dansant de voisins en voisins, jouant la comédie dont j’étais quelquefois un mauvais acteur. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IV, chapitre 10. · Lire le passage

Ce qu’il en écrit

« Après quinze années d’absence, avant de quitter de nouveau la France et de passer en Terre-Sainte, je courus embrasser à Fougères ce qui me restait de ma famille. Je n’eus pas le courage d’entreprendre le pèlerinage des champs où la plus vive partie de mon existence fut attachée. »

Mémoires d’outre-tombe, livre III, chapitre 16. · Lire le passage

« Marianne épousa le comte de Marigny, et Bénigne le comte de Québriac. Elles suivirent leurs maris à Fougères […] »

Mémoires d’outre-tombe, livre II, chapitre 3. · Lire le passage

Ce qu’en ont écrit d’autres

« La ville de Fougères est assise en partie sur un rocher de schiste que l’on dirait tombé en avant des montagnes qui ferment au couchant la grande vallée du Couesnon […] »

Honoré de Balzac, Les Chouans, 1829 (Wikisource).

Sources et documents

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livres II, IV, V et III (chap. 16)
Georges Collas, « Veuve d’un vivant. Céleste Buisson de la Vigne… (1792-1804) », Annales de Bretagne, t. 65, 1958, p. 169-200 (lire en ligne)
Chateaubriand, 1768-1848. Exposition du centenaire, Paris, Bibliothèque nationale, 1948 (catalogue ; faits seulement) (lire en ligne)
Société Chateaubriand, programme du voyage en Bretagne des 19 et 20 septembre (site de la Société, consulté en octobre 2026) (lire en ligne)
Georges Collas, « La jeunesse de Chateaubriand à Fougères et à Paris (1786-1791) », Annales de Bretagne, t. 34, 1919, p. 434-459 (lire en ligne)
Marquis de Granges de Surgères, Une gerbe de lettres inédites de Chateaubriand, Paris, 1911 (lettres I à X, 1790) (lire en ligne)

Quand il y vécut ou séjourna

Dans le journal

1790

1793

1794

1796

1802

1806

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