LXXI. Villeneuve-sur-Yonne, 10 décembre 1809
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A M. Clausel de Coussergues, à Paris.
Je suis désolé que le grand maître soit toujours au corps législatif, et que vous ne soyez pas au conseil. Vous manquerez ainsi l'un et l'autre, du moins pendant quelque temps, aux besoins de l'Université.
Il lui faut des hommes comme vous, des hommes graves et lettrés, et, ainsi que je le dis souvent, des moralistes passionnés, qui soient de chauds amis de l'ordre, de chauds ennemis du désordre, dans les écoles et dans le monde, dans les lettres et dans les mœurs. Je vous attendrai toujours impatiemment à la place où je vous désire, et où vous n'êtes pas encore.
J'ai reçu vos lettres et j'ai fait, en son temps, tout ce qu'elles me recommandaient. Je n'ai manqué à rien qu'à vous répondre; mais vous m'en aviez dispensé. Cette indulgence même excite mes remords, et c'est pour apaiser le ver rongeur, qu'avant de vous voir je veux vous demander pardon. Pardonnez-moi donc, aimez-nous et soyez toujours pour nous, comme pour le reste du monde, le doux et ardent Clausel, dont je suis persuadé que les avis vaudront toujours mieux que les lois.
Nous espérions partir lundi. Mais d'horribles douleurs de dents n'ont pas permis encore à ma femme de s'occuper de ses paquets, et un rhume qui m'a saisi et que je voudrais digérer me tient cloué depuis trois jours au coin du feu. C'est là qu'on place le bonheur, et cependant je m'y ennuie, parce qu'il me tarde de voir mes amis, et surtout les deux chats de la Vallée au Loup, dont nous n'avons point de nouvelles, quoique nous leur ayons écrit.
Il me tarde aussi de voir mes collègues et d'applaudir à leurs travaux. Quant à mon poste, j'y suis toujours, et j'y suis ici plus qu'ailleurs.
Portez-vous bien et venez nous voir souvent quand nous aurons réchauffé notre foyer. Adieu, adieu.