Au mème
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris Calmann Lévy, 1889, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
« Vous aurez reçu, mon très-cher ami, ma seconde lettre où je vous parlois du peu d'agrément de la chose que je vous proposois, et surtout de sa courte durée. Dupuy, que j'avois appelé comme secrétaire, a été épouvanté, et il refuse de venir. Je tâcherai de prendre quelque enfant de seize ans, qui me coûte peu et qui sache remplir les blancs d'un passe-port.
« Votre lettre a croisé la mienne ; je ne m'étonne pas des difficultés que fait votre père. Non-seulement la place de secrétaire de légation ne dépend pas de moi, comme vous le dites, mais je n'ai point de secrétaire de légation; je suis tout seul, et on ne me passe pas même un secrétaire particulier. Il est vrai que je vais dans un trou horrible, et que je n'y vais que pour quelques mois, du moins je l'espère.
« Si tout cela ne vous décourage pas, voilà la lettre pour M. votre père; remettez-la-lui et venez. J'aurai un extrême bonheur à vous embrasser. Ma femme est ici. Elle va me chercher un logement pour moi et pour elle. Je cherche une cabane à acheter aux environs de Paris; j'espère l'avoir pour cet automne; alors, si vous ne venez pas à Sion, du moins promettez-moi de venir vivre dans ma chaumière. Lucile va venir dans une pension excellente que je lui ai arrêtée ici. Alors nous pourrions tous nous réunir, au mois d'octobre, à Paris. Mille tendres amitiés, mille souvenirs. A vous pour la vie, et à toute épreuve.
« J'attends votre réponse : en me répondant sur-le-champ, je pourrai encore recevoir votre lettre, rue de Beaune, hôtel de France.
« Si vous abandonnez le projet de venir à Sion, vous jetterez au feu la lettre pour votre père.
« Je n'ai point encore vu le Premier Consul. »