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L'Enchanteur 1768—1848
Chateaubriand VII

VII

Chateaubriand · 2 min de lecture · p. 14–15 · chapitre 2 sur 57

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de [Paris : Dufour, Mulat et Boulanger], 1861, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Cette année - 1787 - est marquée par une succession de voyages de Paris en Bretagne, et de Bretagne à Dieppe, où son régiment tenait depuis peu garnison.

Cette dernière ville n'est pas pour lui sans attraits. Il y suit son goût pour les armes; il y travaille à la manœuvre; il y exerce les jeunes recrues sur les galets, au bord de la mer.

La mer bien souvent mêlera ses harmonies aux scènes diverses de cette existence, comme elle inconstante et orageuse.

C'est vers ce temps que sa vie commence à nous apparaître sous une face nouvelle. Nous le retrouvons en semestre, auprès de ses sœurs, Mmes de Farcy et Lucile. La première, toujours souffrante, prend la résolution de quitter la Bretagne, et détermine sa sœur à la suivre. Celle-ci, à son tour, décide aussi son frère, et ils prennent ainsi la route de Paris : douce association des trois plus jeunes oiseaux de la couvée.

Leur frère aîné venait enfin d'être marié à MIle de Rosambo. Le jeune chevalier, avec ses sœurs dans les pavillons de Saint-Lazare, entre à la faveur de cette union dans l'intimité de M. de Malesherbes. D'un autre côté, la maison de son frère, ouverte aux illustrations de la littérature et du barreau, le met en rapport avec les hauts personnages de la société lettrée de l'époque. Il faut citer ici Lebrun, ce faux monsieur de l'Empyrée, comme on l'appelait alors, et son protecteur le philosophe Ginguéné; Parny, l'érotique créole, toujours captif dans son génie étroit; le spirituel et amer Chamfort, et un poëte aujourd'hui oublié, Flins, qui lui fit connaître la Harpe et M. de Fontanes, déjà célèbre par sa traduction de l'Essai sur l'homme.

C'est au contact des hommes d'élite que s'use la sauvagerie du caractère. Les aspérités de cette nature vigoureuse ne tardèrent pas à s'adoucir sous ce noble frottement. C'étaient surtout les entretiens sérieux qui plaisaient à François de Chateaubriand. Sous ce rapport, la société du vénérable Malesherbes avait pour lui un charme particulier; de son côté le vieillard, grand amateur de botanique et de géographie, ne trouvait pas moins d'attrait à la conversation discrète, mais originale, du nouveau Christophe Colomb dont l'œil plein de feu suivait, sur des cartes de géographie, les voyages conçus dans son imagination pour la découverte d'un passage au nord-ouest de l'Amérique.

L'heure des grands événements va sonner, ils appellent ici notre attention. Cette période où se place le début du jeune chevalier dans le monde, comprend l'espace d'environ deux années, entre la clôture de la première assemblée des notables, le 25 mai 1787, et l'ouverture des États Généraux, le 5 mai 1789. Dans la vue rétrospective de l'état politique de la France à cette époque, nous ne ferons que courir sur les généralités.