Chapitre I. Lisez après la 13me ligne :
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de [Paris : Dufour, Mulat et Boulanger], 1861, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Rien de plus louable sans doute que le but moral de ce poëme. Atala est une féérique création, où la nature sauvage et la nature civilisée viennent se confondre dans une même unité, sous le charme divin du christianisme. tableau neuf, où l'illusion est complète à force d'art et de prestige ; épopée du désert, où le prêtre apparaît sous le double ascendant de la douceur et de la majesté, avec l'amour, la prière et l'espérance pour instrument de civilisation. On ne sait lequel admirer le plus, ou de cet Eden d'un monde inconnu, ou de la reproduction que l'artiste en a faite, tant la copie paraît semblable au modèle. Nouveauté de fond, de perspectives et de couleurs, effets prodigieux d'optique, grandiose dans les paysages, luxe, richesses toujours inépuisables... Que d'éclat. que de grâce et de sublimité! Quel mélange d'heureux contrastes, quels accents, quelles harmonies! C'est la nature sur tous les tons. Buffon et Bernardin de Saint-Pierre avoueraient ici leur infériorité1.
(1) Bernardin de Saint-Pierre est néanmoins plus heureux que Chateaubriand par le côté moral de son histoire de Paul et Virginie, fleur charmante cueillie sous le ciel des tropiques, comme emblème du sentiment le plus doux au cœur de l'homme : amitié de deux jeunes mères réduites au même degré d'infortune, l'une abandonnée, l'autre veuve ; ton de leurs enfants, instruits à s'aimer des le berceau, et ensures des plus douces espérances ; dévouement de leurs vieux serviteurs unis par un mariage heureux ; union de tous ces cœurs convergeant les uns vers les autres dans les plus pures. ↩
Il y avait toutefois un écueil à éviter, et Chateaubriand, nous le regrettons, ne se montre pas toujours sans reproche dans ces passes difficiles. Il est bon d'idéaliser la vertu : c'est le plus noble emploi du talent; mais est-il bien d'idéaliser le plaisir..... damnosam voluptatem ? Tout sage écrivain doit laisser au génie du mal, que l'Écriture appelle l'exterminateur des âmes, ce triste privilége. La volupté est et sera toujours dangereuse sous ses attraits même les plus vulgaires ; à plus rte raison sous les séductions de l'idéal, et surtout d'un idéal sui generis tel que celui-ci.