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L'Enchanteur 1768—1848
Chateaubriand Chapitre IV. Lisez après la deuxième avant-dernière ligne : (suite 2)

Chapitre IV. Lisez après la deuxième avant-dernière ligne : (suite 2)

Chateaubriand · 20 min de lecture · p. 207–216 · chapitre 57 sur 57

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de [Paris : Dufour, Mulat et Boulanger], 1861, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

4 janvier 1861 (Orne). - Monsieur et cher confrère, à peine ai-je reçu votre belle et consciencieuse étude sur Chateaubriand, que j'en ai commencé sur-le-champ la lecture; je n'ai pu me défendre de la conti nuer jusqu'à la fin sans m'arrêter : c'est vous dire tout l'intérêt que ce livre m'a inspiré.

Admirateur passionné de Chateaubriand dans ma jeunesse, cette admiration ne s'est nullement refroidie dans les années plus calmes et plus réfléchies de l'âge mûr. Les attaques portées de divers points n'y ont rien fait. Ce que j'ai pensé de cet homme admirable, ce qui l'a élevé a mes yeux, je retrouve tout cela dans votre livre, dont jai recommence la lecture d'une manière plus lente cette fois, mais avec une satisfaction nouvelle. En parcourant les pages où vous racontez au cœur chaud qui baisaient avec respect les traces des roues du char emportant ses restes mortels vers les plages de l'Armorique, etc. . .

Tenez, Monsieur, j'ai une faveur à vous demander ; je ne sais ce que vous allez en penser, mais cette demande m'est inspirée par un sentiment qui part du plus profond de mon cœur : je voudrais avoir votre portrait. .

4 janvier 1861. - Merci, merci de cet hommage confraternel et des heures agréables qu'il m'a faites. Votre vie de Chateaubriand est avant tout une œuvre de cœur ; mais c'est aussi une œuvre d'esprit. Il y a là de la bonne littérature qui prouve une intelligence nourrie longtemps de la lecture des auteurs anciens. Si l'adversaire de Chateaubriand lit ces pages, et il les lira, il aura peut-être quelques remords d'avoir oublié la belle maxime ; de mortuis, nil, nisi bene, surtout lorsque le mort s'appelle Chateaubriand, qu'il a vécu avec vous, qu'il a été bon pour vous, et qu'il ne peut pas vous répondre d'au delà de la tombe. - J'ose assurer que, dans le cas présent, la statue de Glaucias ne sera pas abandonnée et jetée à la mer par les Ihrasiens.

5 janvier 1861.

Sur ma table tombé, votre Chateaubriand, Bon confrère, est pour moi morceau le plus friand.

Il est bien vrai qu'étant presque compatriote Ma muse à son sujet n'en est que plus dévote :

Elle semblait déjà pencher vers son déclin....

Vous l'avez éveillée au nom de du Guesclin Et de Chateaubriand, dont l'immortel génie Ne peut perdre en grandeur, malgré la calomnie.

D'un seul trait dévoré, votre abrégé d'histoire A retrempé mon cœur, rafraîchi ma mémoire.

Aux charmants souvenirs de l'illustre Breton, J'ai cru me retrouver dans le sacré vallon; Et de Cimodocée et du pieux Endore Sous mes yeux le tableau tout entier vit encore !

Si, comme tout autre homme, un auteur apparaît Par ses bons ou mauvais ouvrages, tel qu'il est, Quels nobles sentiments ! que d'héroïques scènes, Rayonnent sous nos yeux dans ces beautés chrétiennes Par votre habile main ramené sur le seuil, Je retrouve et l'auteur et l'œuvre d'un coup d'œil.

De méchants détracteurs en vengeant la mémoire Du grand Chateaubriand vous côtoyez la gloire !!!...

Je suis pressé, la cloche a fait retentir l'eir; Je cours à mon devoir. Otez l'i, mettez l'r A mon nom; c'est de Châtre et non pas du Châtie ; Cela fait, vous avez toute ma sympathie.

J'ajoute aux sentiments les plus respectueux En vœux tout ce qui peut le plus vous rendre heureux.

6 janvier 1861. - Monsieur le chanoine et bien-aimé confrère, j'ai lu avec un délicieux plaisir et le plus vif intérêt votre étude historique Jui occupera désormais une place d'honneur dans ma bibliothèque... Malgré les occupations sans nombre qui incombent, ainsi que vous le savez , a un cure-archiprêtre, malgré... je me retrouve toujours avec votre livre que j'appellerai un des chefs-d'œuvre de l'époque, où le mérite de l'auteur place le disciple a si peu de distance du maître. Quel beau monument votre délicate conscience et votre excellent cœur ont élevé à cet homme immortel! Permettez-moi de vous en féliciter et de vous en remercier mille et mille fois...

6 janvier 1861 (Cantal). - .. Honneur à vous d'avoir écrit ces belles pages pour étouffer les cris d'une littérature aveugle et passion- née ! Votre livre, croyez-le bien,

sera aime, goûté, dévoré de tous

ceux qui le liront, car est un livre inspire par la reconnaissance. Bénit. comme on vous l'a dit, d'un style rapide et coloré, on lit toujours avec bonheur de tels ouvrages. Et puis le héros de ce livre, c'est Chateaubriand, et puis encore le sujet de ce livre, ce sont les œuvres de ce grand homme que nos pygmées littéraires ne pourront jamais ternir.

Encore une fois, honneur à vous ! Par votre livre vous avez en quelque sorte ajouté à la gloire d'une de nos terminant ici ces quelques lignes, laissez moi vous dire 1° avec M. Thaïes Bernard: « Quels que soient ceux par qui est soulevée la poussière qui tourbillonne autour du piédestal du grand poëte, le dieu n'en porte pas moins sa tête dans le ciel;i et 2° cet autre axiome que j'ai lu quelque part : « Quand, de deux hommes, l'un vilipende l'autre, si ce dernier » est un vrai chrétien, et que l'autre soit un philosophe (à la façon de • M. S. B. bien entendu), soyez sûr que c'est le philosophe qui mérite d'être vilipendé. »

10 janvier 1861 (Savoie). - Monsieur le chanoine, je ne saurais vous dire assez ni toute ma reconnaissance pour votre excellent et beau travail sur M. de Chateaubriand, ni tout le plaisir que j'ai éprouvé à le lire de la première à la dernière page. Je vous savais bien un homme de cœur, de dévouement; mais en vérité je ne m'étais pas arrêté à la pensée que vous fussiez un aussi brillant littérateur. J'avais tort, en connaissant votre cœur, d'oublier cette maxime : Pectus est quod disertos facit. Vous avez fait votre devoir, monsieur le chanoine, vous avez paye a ce grand homme une dette de cœur, et vous l'avez fait avec un talent et une modération qu'on ne peut s'empêcher de reconnaître ét d'admirer. - Agréez, avec mes remercîments, les sentiments de respect profond..

En lisant votre ouvrage, il avait pour moi

tant d'attrait que c'était toujours à regret que j'en suspendais la lecture

dans votre ouvrage sur sa vie intime et publique que dans les siens propres...... Toute mon admiration vous est acquise pour ce livre magnifique

21 janvier 1861 (Côte-d'Or). - Votre ouvrage est désormais pour moi un doux souvenir, à cause de l'auteur et du héros, qui sont deux hommes pour lesquels je professe toute admiration. Vous méritez, monsieur l'abbé, tant par les services de toute nature que vous rendez que par la droiture de vos intentions, d'être placé un jour dans l'histoire des hommes de bien à côté du grand homme dont vous avez eu l'honneur de l'intimité.

Je lis tous les jours votre livre avec une grande avidité parce que le style en est pur, coulant et entraînant, et surtout parce qu'il tient du style de Chateaubriand lui même Qui ne s'extasierait, en effet, à la lecture du Génie du christianisme et des Martyrs? Je ne comprends pas qu'on attaque un homme qui, par ses beaux écrits, a fait et fait encore tant de bien à la religion, et qui est l'honneur et la gloire de la littérature française. Quoi qu'on dise et qu'on fasse, la réputation du grand homme est fixée, et ses ouvrages, monuments impérissables de religion, de grandeur et de beautés littéraires, seront toujours aimés et recherchés par tous les hommes de cœur et d'intelligence.. ..

22 janvier 1861. - Monsieur et honoré confrère, je vous dirai tout naïvement que pendant le cours de la lecture de votre ouvrage je me suis senti bien des fois pressé de coller mes lèvres sur le portrait du noble et illustre Chateaubriand, et, après avoir tout lu, j'ai du donner un libre cours à la vive admiration que m'a inspiré votre travail sur ce

grand homme, je dirai même à l'affection. J'ai baisé encore..

pleuré. Jugez par là des impressions que m'a fait éprouver la lecture de votre bel et consciencieux ouvrage. Merci donc et mille fois merci..

27 janvier 1861 (Gironde). - Acceptez mes remercîments tant pour votre gracieuse attention que pour le plaisir que vient de me donner la lecture attachante de votre livre. Je ne louerai pas votre œuvre, d'autres l'ont fait mieux que je ne saurais le faire ; je ne louerai pas non plus celui que vous venez de venger en le faisant mieux connaître ; je vous dirai seulement que je suis bien heureux de votre ouvrage, soit parce qu'il est consacré à exalter un homme que notre jeunesse a appris à aimer comme l'apologiste brillant et consciencieux de notre religion au sortir des ruines de l'autre siècle, soit parce que cet ouvrage est l'œuvre de la plume d'un prêtre.

J'admire comment un homme déjà surchargé d'occupations et d'affaires a pu encore se créer des moments pour faire une œuvre qui ne périra pas. J'apprends de vous le secret de multiplier le temps.

28 janvier 1861 (Vaucluse). -..... Quel livre ! Tant vaut l'auteur, tant vaut l'ouvrage. Il vivra parce que ce génie est immortel.... Quelle gloire et quel bonheur pour vos amis ! Oui, je suis plus fier de montrer votre écrit qu'un guerrier le serait de montrer la croix qui décore sa poitrine..

31 janvier 1861. - ..... Non, l'hypocrisie n'a jamais sali la belle vie de Chateaubriand ! - Il me tardait de voir quelqu'un élever la voix contre cette monstrueuse inculpation. Personne mieux que vous, Monsieur, ne pouvait entreprendre cette tâche. Honneur à M. l'abbé Clergeau, qui vient de venger avec un si grand succès la mémoire du roi de la littérature française.

La lecture de votre travail, monsieur et vénéré confrère, m'a fait oublier une partie des affreuses douleurs articulaires dont je souffre : elle semblait les endormir. J'ai donc à vous remercier doublement....

7 février 1861. - Je ne puis vous dire avec quelle jouissance j'ai lu le chef-d'œuvre que vous m'avez envoyé..

siasme de la dame bretonne de posséder l'écritoire du grand homme, vous pouvez vous en consoler lorsqu'on voit que le grand écrivain vous a légué sa plume...

12 février 1861. - A peine ai-je lu les premières lignes de votre livre que je me suis senti violemment ému et charmé, et qu'il m'a été impossible de ne pas dévorer le tout. Je relirai bien des fois encore ce travail de la plus haute portée, que je n'hésite pas à qualifier de chef-d'œuvre, et qui vous a inspiré les beaux sentiments qui vous distinguent : l'amour du bien, le besoin de rétablir la vérité faussée, de repousser la calomnie. Les intéressants et émouvants détails que vous nous donnez su votre bienfaiteur et vieil ami, feront vénérer et aimer plus encore l'auteur de ces sublimes et incomparables écrits, qu'il est possible à quelques-uns de critiquer, mais non pas d'imiter.

Merci donc, Monsieur, mille fois merci, et honneur à vous! Vous avez

l'a l'académie que se trou

montré une mes dignes de la pa me de Éloquence. de vous prie d m'envoyer un nouvel exemplaire, etc....

14 février 1861 (Oise). .... J'ai voulu achever entièrement la lecture de votre ouvrage avant de vous en remercier. Je l'ai lu avec beaucoup de plaisir et d'intérêt. J'y ai trouvé une grande élévation de pensées, beaucoup d'élégance dans le style, des détails intéressants que vous seul pouviez connaître en raison de votre ancienne position. Enfin, je considère ce livre comme l'ouvrage d'un homme de cœur qui a pris à tâche de venger la mémoire du grand homme, en rendant témoignage à la vérité.

14 février 1861 (Haute-Marne). - Je ne puis trop vous remercier de l'ouvrage que vous venez de publier pour venger la mémoire d'un homme dont j'ai toujours été un sincère admirateur, et qui, par les différents rôles qu'il a remplis, domine et embrasse tout son siècle. Ses détracteurs auront beau faire, ils feront toujours à côté de lui pâle et triste figure. J'ai en ce moment ses œuvres en quarante-quatre volumes, y compris ses mémoires d'outre-tombe et sa vie, par Ancelot de l'Académie, et j'aime à rafraîchir de temps en temps, par la lecture de cette rose si poétique, les délicieuses émotions qu'elle m'a données autrefois dans le cours de mes humanités

Votre travail est digne de figurer avec les meilleurs ouvrages de Chateaubriand, et, vu les circonstances, il en est comme le complément indispensable.

15 février 1861. - ... Comment, monsieur et vénéré confrère, malgré votre correspondance si nombreuse et vos travaux si multipliés, pouvez-vous encore, avec les quelques moments qui vous restent, composer un livre comme celui-ci?... Merci mille fois, monsieur le chanoine, pour la satisfaction extrême que j'ai éprouvée en lisant ces pages si brillantes, si éloquemment écrites, et si dignes de l'auteur immortel qu'elles défendent contre une critique injuste et fausse.

Quand on pourra faire de la littérature à la façon de celle du Génie du christianisme, permis alors de critiquer le grand écrivain; quand on agira à l'endroit de la religion comme M. de Chateaubriand, permis encore d'être hypocrite de cette façon-là. Du reste, qu'on sache bien temps, c'est chose incompatible... teaubrand, et hypocrite en meme

Mars 1861. .« Vous le dirai-je, monsieur l'abbé, j'ai craint que vous ne soumettiez votre premier travail, non à une correction, mais a une refonte totale. Dans ce cas, c'est-à-dire si vous le faisiez trop par la main d'autrui, permettez-moi de vous dire franchement ma pensée. › Quelque complete. quelque soignée que soit la deuxième édition

pour le fond et pour la forme, supposant toute habileté possible dans cette refonte, il y restera toujours une partie considérable des premiers éléments. De là un ensemble nécessairement inharmonique pour le style surtout, où les connaisseurs ne tarderont pas à découvrir la dissimilitude sinon la rupture complète de l'homogénéité. Ceci est certain, presque inévitable, et la critique ne vous le dissimulera pas, ne sera plus temps.

» On vous dira peut-être: le style, cette fois, a plus d'ampleur et de richesse, plus de magnificence et d'éclat (bien que votre écrit possède déjà a un haut degré ces qualités remarquables ; mais a cour sûr on vous dira: cet autre genre ne s'adapte pas au premier, qui est le cachet de la première édition.

» Et de fait, dans votre ouvrage, le style est empreint de généralisations, de vérités-principes, il est serré constamment; enfin il est déductif : il n'y a pas une phrase qui ne pose sur l'autre par déduction. C'était le secret de Pascal et surtout de Corneille. Aujourd'hui le genre d'écrire est universellement discursif, et il n'y que quelques heureuses natures qui se tirent habilement de cet imbroglio.

Laissez-moi vous le dire, monsieur l'abbé, quiconque s'entend en style et n'est point étranger à la manière d'écrire, conçoit combien il vous en a dû coûter de labeurs consciencieux pour faire votre premier travail, comme il sait combien il en coûte peu pour écrire discurrendo, ainsi que cela se pratique aujourd'hui.

» De ceci tous vos amis conclueront avec moi qu'il est dans l'intérêt de votre ouvrage de lui conserver cette homogénéité, cette harmonie soutenue qui en a fait le succès. »

Plusieurs revues bibliographiques publiées dans la province, concernant notre Étude sur Chateaubriand, nous ont été adressées ; aucune ne nous est parvenue des journaux de la capitale. Nous croyons même que celles des feuilles religieuses ayant déjà fait écho à la publication de M. S.-B., n'ont pu aussi vite se déjuger. Il faut convenir, d'après ceci, qu'on voit de singulières choses dans ce monde.

Le Moniteur de l'Oise, article signé Lesaint, contient ce qui suit :

On l'a souvent répété et avec raison, Chateaubriand est sans contredit le plus grand littérateur de notre âge ; depuis Voltaire, aucun écrivain n'a exercé un ascendant plus universel sur les esprits. Tous ceux qui, en divers sens, marchent dans les voies de ce siècle l'ont, suivant la judicieuse remarque de M. Augustin Thierry, rencontré à la source de leurs études, à leur première inspiration ; il n'en est pas un qui ne doive lui adresser la parole du Dante à Virgile :

Tu duca, tu signore, e tu magistro.

• Poëte mélancolique dans une prose dont il eut le premier le secret, disait naguère de lui un orateur célèbre (le R. P. Lacordaire à l'Académie), il frappa au cœur de sa génération, comme un pèlerin revenu des temps d'Homère et des forêts du nouveau monde, et parut destiné à être le Jean-Jacques Rousseau du christianisme. Personne ne l'a égalé dans l'art de décrire les aspects et les scènes de la nature ; et, si on peut lui reprocher une certaine négligence dans la conception des plans, coloriste incomparable, riche d'images et d'expressions, il apporta dans ses œuvres une merveilleuse érudition de détails à laquelle il est impossible d'atteindre. Mais, génie trop divers et trop irrégulier pour être fortement original, il méla tous les styles dans le sien, rapprochant les idées et les sentiments les plus opposés des anciens et des modernes ; il appartient à toutes les écoles sans subir le joug d'aucune. »

En politique, en religion, Chateaubriand montra la mème indépendance de caractère, et n'obéit jamais qu'à ses convictions. Et cependant il s'est rencontré des hommes qui, après avoir épuisé pour lui toutes les formules de l'enthousiasme et du respect, ont brusquement changé d'attitude, et l'ont toisé, à peine descendu dans la tombe, avec une familiarité aussi rude qu'inattendue. Quelques-uns n'ont pas craint d'avancer que l'auteur des Martyrs n'était, au fond, qu'un comédien de talent comme de conduite, indifférent à l'esprit du rôle qu'il joua constamment, ne se souciant que de l'expression qu'il y mettait.

Un pareil jugement avait de quoi surprendre, tant l'on avait cru jusqu'ici à la sincérité de l'immortel Breton ! Les amis qui l'avaient vu de près dans les moments les plus importants de sa vie, s'en sont vivement émus. M. l'abbé Clergeau, son ancien aumônier, n'a pas voulu laisser flétrir la mémoire du plus ardent champion du catholicisme, sans répondre aux attaques dont elle était l'objet. Dans le but de repousser des insinuations malveillantes, il a publié une brochure qui ne manquera pas assurément de fixer l'attention. Ceux mêmes qui ont accueilli avec un malin plaisir les accusations, tiendront, avant de passer condamnation, à entendre la défense. Ce sera justice. Nul doute qu'ils ne rendent ensuite toute leur estime au grand homme qui restera éternellement une de nos gloires nationales.

M. l'abbé Clergeau a su retracer avec talent cette existence agitée ; il y a dans son étude des pages vraiment éloquentes, dont lui sauront gré les admirateurs de l'immortel écrivain. Nous citerons ici le passage qui termine le portrait moral placé en tête de la brochure :

» Quelque chose de divin perce toutefois, etc.

» La Providence lui avait imposé un devoir qui fut dignement rempli. il éclaira et conduisit les premiers pas de la jeune France, et seul, un jour, il escorta en fidèle serviteur le convoi de la monarchie. »

On lit dans le Charentais, article signé Olivier Picquand, l'appréciation suivante :

Mais si M. S.-B. a manqué aux devoirs que lui imposait le souvenir de ce qu'il n'aurait peut-être été jamais sans M. de Chateaubriand, on est heureux de trouver parmi ceux qui ont fait partie de ses intimes, une âme autrement inspirée, un historien sincère de sa vie politique littéraire et religieuse.

M. l'abbé Clergeau, chanoine honoraire de Sens, aumônier de M. de Chateaubriand dans les dernières années de la vie du grand écrivain, pour donner à l'ouvrage de M. S.-B. un démenti plus digne de la vérité, tout en remplissant un devoir de cœur, s'est placé tout de suite à la hauteur d'un historien et d'un critique consciencieux.

Son livre est une étude tout à fait historique et biographique ; il ne se distingue par aucun parti pris autre que celui de ne dire que la vérité. Jamais on ne pouvait réfuter d'une manière plus convenable et plus honnête les erreurs de M. S.-B. L'époque de sa publication était pleine d'opportunité, et de nature à exciter l'intérêt le plus vif. Le succès qu'il a déjà obtenu en confirme l'actualité.

Vous n'y trouverez ni la manière dont Chateaubriand se servait de sa fourchette à table, ni les bons mots qui facilitent la digestion après dîner, ni les scènes d'amourettes jouées sur le théâtre du laissezaller et du sans-façon, ni le vieillard courbé et appuyé sur sa canne dans les jardins du Luxembourg pour y voir jouer les enfants sur le

Vous n'y verrez Chateaubriand que comme il est permis de le voir. Ce livre ne plaira pas aux amis de la désinvolture familière et des poses du boudoir, nous le savons d'avance ; il n'aura de prix que pour ceux qui aiment à voir les gens bien cravatés et sans taches sur leurs habits..

Un ne saurait dire le nombre de félicitations qu'a déjà reçues le livre de M. l'abbé Clergeau ; l'homme de cœur s'y traduit, le talent le plus sérieux et le plus incontestable s'y révèle. Un écrivain remarquable, un publiciste des plus goûtés, un des plus parfaits appréciateurs a dit, en parlant de ce livre, qu'il semblait que Chateaubriand eût déteint sur lui. Ses tableaux sont d'un coloris de maître, et la mise en scène des personnages y est toujours en harmonie avec la dignité de l'histoire. Les notes qui le complètent ont toutes une valeur réelle. Elles sont, pour la plupart, inédites et jettent une vive. lumière. sur des points obscurs de la vie publique et intime du héros principal. Au point de vue de son prix littéraire, cette œuvre n'a rien à envier au cours public de Liége. Au point de vue de l'histoire, elle a une conscience plus sévère et plus dégagée de passion. Au point de vue de la forme, elle est plus attrayante que les leçons du célèbre professeur. Il est facile de saisir la différence qui existe dans le but et l'esprit respectifs, comme dans les sentiments de dignité et de délicatesse des deux contradicteurs ; nous n'avons pour cela qu'à mettre sous les yeux du lecteur le portrait que fait de Chateaubriand chacun des deux écrivains dont nous parlons.

M. Sainte-Beuve sur Chateaubriand.

« Toujours sauvage au fond et indompté jusque dans les coquetteries mondaines ; parfois aimable comme un voyageur et sans aucun attachement. Par moments, des gaucheries, des oublis, des inadvertances, comme il en arrivait au grand Corneille ; par moments, des persiflages et des fatuités, plus qu'il n'est permis à un Byron. Sa gaieté même est forcée, il se guinde et se gourme jusqu'aux dents; puis des arguties et une mauvaise foi de sophisme, comme un homme de parti; des sentiments de parade et de théâtre..... une vanité d'homme de lettres ; des dépits d'ambitieux ; des étonnements quasi de parvenu : toutes les petitesses de la terre. »

M. l'abbé Clergeau sur Chateaubriand.

« En raison de l'époque où il parut, Chateaubriand eut un pied dans l'ancienne société et un autre dans la nouvelle. A l'une, il appartient par la naissance et sa première éducation ; à l'autre, par la nature de ses idées. Cette vie de notre héros tient donc à l'histoire des deux mondes. De l'un, il conserve la foi religieuse et l'honneur ; de l'autre, il accepte les réformes légitimes. Du premier, il tient ses accents sublimes, qui rappellent la langue du grand siècle; du second, cette hardiesse et cette nouveauté de langage qui lui ouvrent des routes inconnues. Vivant intermédiaire du passé et de l'avenir, il parle un double idiome, étrange et magnifique union des pompes de la vieille société française et du bouillonnement des passions d'une époque de lutte et de révolutions. Le cœur de Chateaubriand est du grand siècle, sa tête est de 89. •

Nous voulons borner là les citations prises au hasard dans l'énorme correspondance et dans les appréciations auxquelles ce livre a donné lieu.

Si cette correspondance nous approuve d'avoir vengé la mémoire du grand écrivain, d'exposer notre sentiment sur ses œuvres, et de présenter de nouveau à l'admiration une vie toute d'abnégation et de dévouement, nous sommes heureux de trouver la confirmation de notre jugement et de celui de nos honorables correspondants dans un homme d'une haute autorité morale et littéraire. Il a été trouvé dans les papiers de M. de Chateaubriand une lettre du cardinal de Beausset adressée au noble vicomte, où l'on remarque ce qui suit:

« Vous avez dû recevoir, monsieur le vicomte, et vous avez reçu le juste tribut de la reconnaissance et de la satisfaction publiques ; mon jugement ne peut que s'effacer devant celui de tous. Mais je puis vous assurer qu'il n'est aucun de vos lecteurs qui ait joui avec un sentiment plus vrai de votre intéressant ouvrage (l'Itinéraire). Vous êtes le premier et le seul voyageur qui n'ait pas eu besoin du secours de la gravure et du dessin pour mettre sous les yeux de ses lecteurs les lieux et les monuments qui rappellent de beaux souvenirs et de grandes images. Votre âme a tout senti, votre imagination a tout peint, et le lecteur sent avec votre âme et voit avec vos yeux..

Vous avez le droit de jouir d'un genre de gloire qui vous appartient exclusivement par une sorte de création ; mais il est une jouissance encore plus satisfaisante pour un caractère tel que le vôtre, c'est celle d'avoir donné aux créations de votre génie la noblesse de votre âme et l'élévation de vos sentiments. C'est ce qui assurera, dans tous les temps, à votre nom et à votre mémoire, l'estime, l'admiration et le respect de tous les amis de la religion, de la vertu et de l'honneur.

› Cardinal DE BEAUSSET.

Paris dufour, mulat et boulanger, éditeurs

6, rue de Beaune.

Paris mprimerie centrale des chemins de fer de Napoléon chaix et c€, rux bergère, 20.- 410

Echéance Date Due

CE

Coo Clergeau. chateaubrian