Chapitre XLI
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Guerre de M. de Chateaubriand contre M. de Decazes. -Position de M. Decazes. - Assassinat du duc de Berry. - Diatribe de M. de Chateaubriand contre le ministre favori. - Il écrit ses Mémoires sur le duc de Berry. - Examen de cet ouvrage. - Origine des Bourbons. - Détails de l'enfance du prince. -- Circonstances de sa mort.
Che questo è 'Î duol che tutti gl' altri passa.
ARIOSTO, canto XXIII.
L'homme contre lequel M. de Chateaubriand n'avait pas assez de bile, que sa polémique emmaillait, enlaçait d'une argumentation de dévouement, de fidélité, l'homme qu'il stygmatisait hebdomadairement au nom de l'autel et du trône, le ministre favori, M. Decazes, s'était déjà bien relâché de sa ferveur libérale! M. de Chateaubriand allait être embarrassé ! il lui fallait texte à opposition, et le favori venait de se laisser prendre aux séductions du faubourg Saint-Germain.
C'est qu'en effet M. Decazes s'était apparenté à la haute aristocratie ; c'est qu'en s'arrondissant d'une belle principauté en Danemarck par son mariage avec mademoiselle de Saint-Aulaire, fille de madame de Soyecourt, il s'était allié à la maison des monarques danois. M. Decazes avait en outre su se rendre père : or, il fallait de toute nécessité que la duchesse d'Angoulême tint l'enfant sur les fonts baptismaux ; or, de plus, quand on s'allie à une maison princière et qu'on veut avoir une commère comme la dauphine, il faut rompre avec les idées libérales: c'est ce qu'il fit.
Il était même tombé en conspiration permanente contre la loi des élections, lui qui l'avait provoquée, lui qui l'avait étayée, épontillée d'une nomination de soixante pairs. Le conseil fut scindé. MM. Dessoles, Louis, Gouvion-Saint-Cyr, les représentans du parti libéral, rompirent avec le palinodiste ; audace dont une ordonnance royale du 19 novembre fit justice; M. Decazes leur substitua MM. le baron Pasquier, le marquis de Latour-Maubourg et Roy.
Mais l'incorrigible faubourg Saint-Germain pouvait-il adopter un parvenu? M. Decazes, une fois séparé de ses étais libéraux, une fois abandonné à sa seule valeur intrinsèque, se vit le jouet de la foi punique de ses nouveaux amis prétendus ; il avait à souffrir de leur morgue; il avait à souffrir de ses remords, de son apostasie. On en était là quand fut assassiné le duc de Berry.
La mort du duc de Berry, indépendamment de la remise en question de la vieille monarchie de saint Louis, travailla d'espoir cette politique subalterne de portefeuilles, de remaniemens de ministères, de recompositions, auxquelles les ambitions paperassières attachent tant d'importance, et qui sont oubliées au bout de cinq à six ans. La chute de M. Decazes était désirée, demandée à grands cris par les ultras et les constitutionnels. Ces petits intérêts de la basse politique ne virent guère, dans la mort du prince, qu'un moyen inattendu d'arriver à leurs fins. Pour renverser donc cette faveur (sans égale dans ce siècle, à l'exception de celle de Godoy), on accusa le président du conseil de l'assassinat.
Ce furent surtout les royalistes qui insistèrent là-dessus; les aigles du parti n'y croyaient pas, mais ils ne la soutenaient pas moins avec aigreur, avec persévérance, par un syllogisme à leur usage : à savoir , le provocateur de l'ordonnance du 5 septembre avait démuselé la révolution , et la révolution avait dirigé le bras de Louvel. Conclusion : M. Decazes avait fait le coup.
M. de Chateaubriand, il faut en convenir, fut celui qui exploita le plus opiniâtrément tout ce qu'il y avait de malveillance dans ce raisonnement ; il le tordit, en fit dégoutter tout le fiel possible dans un article du Conservateur de la fin de février 1820.
• La main qui a porté le coup, disait-il, n'est pas la plus coupable. Ceux qui ont assassiné monseigneur le duc de Berry sont ceux qui, depuis quatre ans, établissent dans la monarchie des lois démocratiques; ceux qui ont banni la religion de ces lois.
Voilà les véritables meurtriers du duc de Berry....... Tout est possible sans un ministre, tout est impossible avec lui. La grande victime du nouveau 2,1 janvier pouvait, du haut du ciel, prier pour sa patrie : sa mort ne serait-elle profitable qu'à un seul homme? Nous plaindrions toutefois M. le comte Decazes s'il consentait à teindre sa pourpre dictatoriale dans le sang de monseigneur le duc de Berry »
Louis XVIII fut indigné pour son favori; il s'écria :
« M. de Chateaubriand exploite la douleur que me cause la mort de mon neveu au profit de son parti. Comment un homme d'honneur répète-t-il, pour faire triompher sa coterie, des calomnies infâmes dont il ne croit pas un mot? •
Le roi avait quelque peu raison. Mais ce n'est pas quand les circonstances se sont éloignées avec leur amertume, leurs passions, qu'il faut juger les actes et les écrits faits dans le feu de l'acrimonie et des tourmens de l'âme.
Toujours est-il que M. Decazes fut renversé du coup. Louis XVIII se lassa à le soutenir de sa main souveraine. Force fut de le livrer en holocauste aux clameurs de tout le parti, de toute la noblesse, de tout le clergé, de tout le chateau, de son neveu, de ses nièces en larmes ! C'était une chute; mais autant que possible on l'amortit avec la première ambassade du monde, celle d'Angleterre.
Alors , étrange versatilité des partis ! alors le libéralisme, oui, le libéralisme si ardent à le renverser , le libéralisme le regretta ; le libéralisme argua de la conservation du portrait du favori dans le cabinet de Louis XVIII, pour se flatter de sa rentrée en grâce. Il ressaisira, disait-il, les rênes de l'État. C'est que le libéralisme voyait les affaires tourner au 1815; la liberté de la presse suspendue, la liberté individuelle suspendue aussi, les notabilités monarchiques sur les degrés du trône, les cours prévôtales prêtes à éclore. Le pavillon Marsan redomina; alors les Richelieu, les La Bourdonnaye, les Villèle, remontrèrent aux salons du roi, aux petits levers, aux wisks, leurs figures de 1816, figures inaperçues depuis la dissolution de la chambre introuvable.
Restait M. de Chateaubriand. Louis XVIII fut bien contraint de déposer d'anciennes préventions ; il fallut bien accueillir, gracieuser l'auteur de la Monarchie suivant la Charte. Mais en attendant qu'on lui trouvât une ambassade assez commode, assez désœuvrée, la rédaction d'une espèce d'oraison funèbre du duc de Berry fut confiée à son génie, qui, comme un ange attristé, avait renversé son flambeau et plie ses ailes radieuses.
Il y aurait de la mauvaise foi dans l'examen de ces Mémoires sur S. A. R. monseigneur le duc de Berry, à arguer des principes libéraux venus depuis au noble vicomte, contre certains passages trop violens de royalisme. Il faut se reporter à 1820 ; il faut se mettre face à face de M. de Chateaubriand chef de l'ultracisme, persécuteur infatigable du ministère à bascule, Jérémie de la légitimité.
A peine fut-il su que la première plume de l'époque allait historiographie cette vie peu importante en elle-même, mais que l'esprit de faction brodait au gré de ses fantaisies, de ses douleurs, de sa rage, de son intérêt même, les documens vinrent en foule à l'écrivain. La princesse, encore mouillée de ses larmes et du sang de son époux rejailli sur elle, lui donna audience ; elle lui remit sa correspondance, toutes les lettres amoureuses de ce prince, lettres, il faut en convenir, pleines de sentiment, de sensibilité, et qu'on n'eût pas attendues d'un homme aux formes rudes.
Des mains inconnues lui firent remettre des documens authentiques. Le marquis d'Ecquevilly, pour la partie militaire, fournit des renseignemens aver son ouvrage : Campagnes des corps sous les ordres de S. A. S. monseigneur le prince de Condé.
Sans doute le héros n'était pas à la hauteur de son Homère; mais qu'importe? Un sujet aussi plein de souvenirs amers, douloureux, de larmes, de tristesse, devait aller à cette âme mélancolique.
Toujours l'immense érudition de M. de Chateaubriand ! Dans la généalogie des Bourbons se pressent, abondent, s'accumulent des faits, des évènemens peu graves par eux-mêmes, mais importans pour la circonstance; et sur-le-champ une de ces phrases qui vont émouvoir, qui font de lui un écrivain à part:
«Ainsi, dit-il, Dieu partageant les enfans de Robert-le-Fort, dans la personne de saint Louis, en deux familles, donna le sceptre à l'une, et mit l'autre en réserve dans un rang moins élevé, pour y conserver ces vertus qui s'usent quelquefois sur le trône. Sujets avant d'être rois, les Bourbons moururent pour les Français avant que les Français mourussent pour eux. »
Arrêtons-nous encore un moment sur ces chapitres introductifs où s'épanchent ses trésors d'histoire : les chapitres personnels au défunt sont moins attrayans.
«Les Capets régnaient lorsque tous les autres souverains de l'Europe étaient encore sujets. Les vassaux de nos rois sont devenus rois : les uns ont conquis l'Angleterre, les autres ont régné en Ecosse ; ceux-ci ont chassé les Sarrasins de l'Espagne, de l'Italie, ceux-là ont formé les États de Portugal, de Naples, de Sicile. La Navarre et la Castille, les trônes de Léon et d'Aragon, les royaumes d'Arménie, de Constantinople et de Jérusalem ont été occupés par des princes du sang capétien. En 1380, plus de quinze branches composaient la maison de France, et cinq monarques de cette maison régnaient ensemble dans six monarchies diverses, sans compter un duc de Bretagne et un duc de Bourgogne. En tout une seule famille a produit cent quatorze souverains : trente-six rois de France, depuis Eudes jusqu'à Louis XVIII; vingt-deux rois de Portugal, onze rois de Naples et de Sicile, quatre rois de toutes les Espagnes et des Indes ; trois rois de Hongrie, trois empereurs de Constantinople, trois rois de Navarre de la branche d'Évreux, et Antoine de Bourbon1; dix-sept ducs de Bourgogne de la première et de la seconde maison, douze ducs de Bretagne, deux ducs de Lorraine et de Bar...; ajoutez plus de mille ans d'antiquité à cette race : hé bien! la révolution a livré tout cela au couteau de Louvel!»
(1) L'écrivain a oublié un roi de Pologne, Henri I11, qui, il est vrai, s'enfuit comme un déserteur de son trône, et , poursuivi par la gendarmerie polonaise, se sauva à Venise, d'où il vint en France. ↩
Nous ne pouvons guère aujourd'hui prendre au sérieux ce commencement du chapitre V :
« Les deux frères montraient des inclinations différentes : monseigneur le duc d'Angoulême avait un penchant décidé pour les sciences, mon« seigneur le duc de Berry pour les arts. »
Il faut être sous le prestige d'un royalisme ardent pour prendre un intérêt infini aux détails de l'enfance du héros. Ainsi nous les passerons.
L'entrée en campagne eut lieu par le siége de Thionville, siége où, comme l'on sait, fut blessé M. de Chateaubriand ; peut-être y a-t-il quelque chose de personnel dans ce passage :
« Les compagnies bretonnes se trouvant parmi les plus avancées vers la place, il leur disait : «Je voudrais être Breton pour voir de plus près i l'ennemi. »
Notre écrivain est Breton.
Après la retraite de Champagne le prince alla rejoindre le corps d'émigrés français qui combattaient dans la Flandre autrichienne et dans la Hollande. Cette armée du prince de Condé ne se dessina pas dans les guerres contre la république comme les hordes sauvages, guerrières, de cette Vendée à laquelle il faut bien rendre justice; mais peut-être est-ce la faute des circonstances; il y a des hasards dans les conjonctures militaires comme dans tout ; n'importe, M. de Chateaubriand dit de ce corps :
« L'armée de Condé, souvent contrainte de se replier avec les grandes armées dont elle subissait les fautes, ne fut jamais défaite. Hors de la portée du canon, elle marchait sans discipline : généraux, officiers, soldats, tous égaux, n'obéissaient presque plus; au feu, elle serrait ses rangs et s'alignait sous le boulet ennemi. Pendant neuf campagnes elle n'eut pas une nuit de sommeil; cent mille guerriers dormaient en paix derrière elle. Qu'avaient-ils à craindre ? trois Condés étaient à leurs avant-postes. »
Est-ce enthousiasme poétique, pindarisme de métaphores que ces cent mille Autrichiens dormant en paix derrière l'armée de Condé?
Dans les campagnes de 1795, 1796 et 1797, aux affaires de Steindadt, d'Huningues, de Kam- , lach, de Munich, de Schassen-Ceid, au siége de Kehl, nous n'oublions pas que le prince n'avait à la main qu'une épée tirée contre la France; nous n'oublions pas non plus qu'il n'y eut rien de bien homérique dans tout cela; mais, je l'avoue, on est si fatigué, si dégoûté de cet attiédissement mis dans le sang par une civilisation caduque, rangée, gourmée, prudente, par une tribune parlassière, que l'on lit avec plaisir le trait suivant :
• II (le duc de Berry) avait blessé par des paroles sévères à la parade un officier général : celui-ci fit une réponse hardie que ses camarades essayèrent en vain de couvrir de leur voix; le prince l'entendit et cacha son émotion. Il laissa partir la colonne, fit ensuite appeler l'officier, l'emmena dans un bois avec des témoins, et lui dit :
» Monsieur, je crains de vous avoir offensé; ici je ne suis point un prince, je suis un gentilhomme français comme vous; me voici prêt à vous donner toutes les satisfactions que vous exigerez. »
» Et il met l'épée à la main. L'officier tombe genoux, et baise cette noble main qui voulait non faire une blessure, mais panser celle de l'honneur : c'est Henri IV et Schomberg. »
Louis XVIII alla se mettre à la tête des Condéens, mais il ne se fit rien de passable. L'armée finit par se retirer en Volhinie. Déjà Bonaparte! c'était lui qui, dans le traité de Léoben avait stipulé la retraite des émigrés.
Charles d'Artois apprenait déjà à vieillir à Holy-Rood. Son fils alla passer un an dans ce château d'exil, puis il rejoignit l'armée en Pologne.
« Les Polonais sont les Français du nord, dit le biographe-poète; ils en ont la bravoure, la vivacité, l'esprit; ils parlent notre langue avec grâce. Les émigrés retrouvèrent au milieu des forêts de la Pologne de grandes dames qui leur donnèrent l'hospitalité comme au temps de la chevalerie. Ce qui ajoutait à l'illusion, c'était une certaine mollesse de l'Asie, introduite dans les vieux manoirs polonais, ou des femmes charmantes ont l'air d'être enfermées par des enchanteurs et des infidèles. »
A merveille ! mais cette fois-ci ce manteau brillant de poésie, ne peut nous cacher que ces Polonais venaient d'être partagés depuis peu d'années entre l'Autriche, la Prusse, et la Russie; que ces chevaliers français à la recherche de ces belles dames enfermées par des enchanteurs, s'étaient mis à la solde de la Russie au lieu de sauter aventureusement sur les grèves de la Vendée, où il y avait un Quiberon et les mânes plaintifs de Sombreuil.
Suwarow rentré en Pologne, le due de Berry passa en Italie, où il était quelque peu question de son mariage avec la princesse Christine de Naples. Il admira Rome. L'armée de Condé en 180o reprenait campagne, le prince y retourna. Je ne sais ce que l'auteur veut dire en avançant que sa destinée l'appelait à balancer un jour presque seul la fortune de l'homme qui avait tenu le monde dans sa main.
A Hohenlinden le prince combattit contre Moreau dans un régiment commandé par son frère le duc d'Angoulême. Madame Bonaparte et madame Moreau ne s'étaient pas encore brouillées pour des caquetages de femmes ; elles n'avaient pas encore séparé leurs maris par cette influence inaperçue qu'un être faible, séduisant comme la femme, a sur les esprits les plus entiers, les plus hauts; par conséquent le héros d'Hohenlinden n'était pas encore ce général qui voulait acquérir une grande renommée pour la mettre aux pieds de son roi légitime.
Paix en Allemagne. Peu à peu les princes se retirèrent un à un en Ecosse, repétant, dit l'auteur, ces adieux de Marie Stuart à la France *
Adieu, plaisant pays de France :
O ma patrie La plus chérie, Qui a nourri ma jeune enfance !
Adieu, France; adieu, mes beaux jours !
La nef qui déjoint nos amours N'a eu de moi que la moitié.
Une part te reste : elle est la tienne ; Je la fie à ton amitié, Pour que de l'autre il te souvienne.
Retiré à Londres, le prince adoucit son exil par ces faiblesses qui doivent remplir les intervalles de la vie belliqueuse.
Oui, M. le vicomte, certes, oui, il nous faut ce mélange de gloire et de fautes amoureuses ; parlez-moi de ces princes qui se jettent inconsidérément dans une mêlée meurtrière, et qui, au sortir de là, avec une profusion, une imprudence aimable, couvrent de pièces d'or le sein d'une nymphe au doux corsage, à la peau satinée; parlez-moi de ces hommes que mon prude siècle appelle extravagans, parce qu'ils sabrent sans calcul, et vont de là à des banquets de débauche. Grand dieu! cela ne vaut-il pas mieux que ces avocats si moraux, que ces banquiers si économes, si rangés, qui ne feraient pas grâce au budget d'un billet de mille francs sur les cent vingt mille qu'ils reçoivent ? cela ne vaut il pas mieux qu'un juste milieu si bourgeois, si épicier, dans son doit et avoir?
L'inaction n'allait pas au duc de Berry; il voulut faire partie de l'expédition de Copenhague, puis passer en Espagne en 1808.
Napoléon tombé, il fallait rentrer en France. Que penser, que dire de ces princes réduits à profiter des malheurs acharnés contre la plus colossale existence, pour rentrer dans leur patrie ! Les Bourbons sont condamnés à se montrer ici petits, mesquins. Mettez-moi la plus grande âme en eux, ils seront contraints par les évènemens à se dépoétiser. Vainement Louis XVIII a jadis refusé avec une noble et mesurée indignation les propositions du premier consul, de vendre ses droits à la couronne de France; vainement le duc de Berry a repoussé avec une méprisante colère un sicaire qui s'engagait en Angleterre à venir tuer Napoléon ; Napoléon tombé, Louis XVIII, le duc de Berry, viennent chez nous essuyer les affronts d'un contraste avec le géant vaincu.
A son arrivée Bayeux, un régiment dont l'esprit n'était pas encore changé, passant dans les environs :
« Le duc de Berry se présente aux soldats, dit M. de Chateaubriand. • Vous êtes, leur dit-il, le premier régiment français que je rencontre. Je viens au nom du roi recevoir votre serment de fidélité. » Les soldats crient: Vive l'empereur ! Ce n'est rien, dit le prince avec un sang-froid admirable; c'est le reste d'une vieille habitude. Il tire son épée, et crie vive le roi ! les soldats français aiment le courage; ils répètent aussitôt vive le roi ! »
Se non è vero, è ben trovato, dit la sagesse italienne.
Vint 1815; mais ce fils de France, que l'auteur a paré de vertus chevaleresques, ne réalise pas ce qu'il semble promettre dans les cent-jours : « il s'acquit des droits à l'estime de ses hôtes religieux ( à Alost) en accompagnant avec ses soldats une fête chrétienne, celle où l'on célèbre le nom de ce Dieu pour lequel il n'y a point de terre étrangère. •
Dans ce temps-là le duc d'Angoulème servait la messe dans le Midi ! Hommes arriérés!
Seconde restauration. Elle remit les Bourbons sur le trône, mais elle les tua dans l'esprit national. Ils ne combattirent pas à Waterloo, c'est vrai ; mais quel attachement à la vieille dynastie pouvait résister au désenchantement de ce second retour?
A l'occasion du mariage du prince, M. de Chateaubriand insère ses lettres à Caroline de Naples. Il y a un charme infini, un abandon touchant dans ces messages d'amour.
L'oraison funèbre passe de là à des détails domestiques; il y est beaucoup question de bienfaits : on les élève à plus de cent mille écus par an.
Nulle des anecdotes secrètes envoyées de toutes parts au biographe ne fut négligée; il les a arrangées le plus souvent avec bonhomie, avec naïveté dans la seconde partie; avec bonhomie, dis-je, et, en effet, ce n'était pas le cas de faire du style.
Voici l'assassinat :
« Un homme, venant du côté de la rue de Richelieu, passe rapidement entre le factionnaire et un valet de pied qui relevait le marche-pied du carrosse; il heurte ce dernier, se jette sur le prince au moment où celui-ci, se retournant pour rentrer à l'Opéra, disait à madame la duchesse de Berry : « Adieu, nous nous reverrons bientôt.» L'assassin, appuyant la main gauche sur l'épaule gauche du prince, le frappe de la main droite au côté droit, un peu au-dessous du sein. M. le comte de Choiseul, prenant ce misérable pour un homme qui en rencontre un autre en courant, le repousse en lui disant: « Prenez donc garde à ce que vous faites. • Ce qu'il avait fait était fait.
• Poussé par l'assassin sur M. le comte de Mesnard, le prince porta la main sur le côté, où il n'avait cru recevoir qu'une contusion ; et toul-coup il dit: « Je suis assassiné! cet homme m'a » tué. » - « Seriez-vous blessé, monseigneur? › s'écria le comte de Mesnard. Et le prince répliqua d'une voix forte : « Je suis mort, je suis mort, je tiens le poignard. »
• Au premier cri du prince, MM. de Clermont et de Choiseul, le factionnaire nommé Desbiez, un des valets de pied, plusieurs autres personnes avaient couru après l'assassin, qui s'était enfui par la rue Richelieu. Madame la duchesse de Berry, dont le carrosse n'était pas encore parti, entend la voix de son mari, et veut se précipiter par la portière, qu'on entr'ouvre ; madame la comtesse de Béthizy la retient par sa robe; un des valets de pied l'arrête pour l'aider à descendre, mais elle s'écrie : « Laissez-moi ! je vous • ordonne de me laisser!» s'élance, au péril de sa vie, par-dessus le marche-pied de la voiture. Le prince s'efforçait de lui dire de loin : « Ne descendez pas! » Suivie de madame la comtesse de Béthizy, elle court à Monseigneur que soutenaient M. le comte de Mesnard, M. le comte de Clermont, et plusieurs valets de pied. Le prince avait retiré le couteau de son sein, et l'avait donné à M. de Mesnard, l'ami de son exil. •
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