Chapitre XLV
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Récapitulation des désagrémens de M. de Chateaubriand au ministère. - Nouvelle guerre è M. de Villèle. — M. de Chateaubriand tourne au libéralisme. - Avènement de Charles X au trône. - M. de Villèle s'obstine à fermer encore la carrière ministérielle à M. de Chateaubriand. - Publication des œuvres complètes du vicomte. — M. Ladvocat. - Anecdotes. = Manœuvres hostiles de l'Académie. - Protestation des Quarante contre la loi d'amour, à l'instigation de M. de Chateaubriand.
Doux trésors, se dit-il, chers gages qui jamais
N'attirâtes sur vous l'envie et le mensonge ,
Je vous reprends : sortons de ces riches palais
Comme l'on sortirait d'un songe.
La fontaine
M. de Chateaubriand détrôné au boulevard des Capucines, et rentrant chez lui, simple bourgeois, trouva affluence de brillans équipages ; ses amis, et ils sont nombreux, les mécontens de M. de Villèle, et ils étaient plus nombreux encore, tous vinrent faire leur cour. C'était 'e Martyr de la légitimité. Ses salons furent encombrés ; lui, calme sans affectation, il passait la main sur le dos de son chat, cet intime qu'il avait oublié dans le cours de ses grandeurs ; il le caressait, cet intime, et c'était une conversation enjouée, des paroles sans rancune, de l'affabilité avec chacun; il portait assez bien sa disgrâce. Ce qu'il se permettait, c'était de plaisanter avec un ton quelque peu sarcastique, de manière toute brutale dont on l'avait destitué ; on ne le voyait pas piqué de sa mise dehors, mais de l'oubli des convenances : « On m'a, disait-il, chassé comme un laquais. »
Aimable indifférence ! Dans cette gaieté haute, insoucieuse, il y avait, nous le croyons sans peine, il y avait de la sincérité. Un ministère, un portefeuille , avaient été l'exegi monumentum de sa carrière politique ; et ce ministère, je ne sais pas de quels charmes son imagination l'avait paré, son imagination menteuse qu'il devait, comme Montaigne, appeler la folle de la maison. Toujours est-il que son désappointement dut être complet. Sans doute il se surprenait dans certains momens aspirant à descendre. En effet, animosité déguisée du roi contre lui, de ce Louis XVIII, le plus ricaneur, le plus malin de tous les monarques, et qui, tout monarque qu'il était, passait de gais momens à affiler des articles pour le Miroir contre ses ministres, ses gentilshommes, mais la, des articles bien acérés, bien lardés de secrets de famille ; jalousie de tout le conseil d'état contre sa supériorité d'homme de lettres ; M. de Chateaubriand trouva, supporta, souffrit tout cela. De là, de nombreuses mortifications. Voyez sa corvée ministérielle : on propose la réduction du cinq pour cent contre son gré; s'il milite pour la liberté de la presse, c'est que, ex-journaliste, il choie d'anciennes affections, des habitudes contractées ; c'est qu'il les met en balance, le déloyal ! avec les intérêts de la couronne. Il s'oppose à la guerre d'Espagne; on n'en fait pas moins la guerre d'Espagne; on a poussé, réussi, et il faut qu'il félicite le généralissime. Mais le plus cruel déboire, le voici : sa solidarité pour la loi septennale. Il avait jadis, dans le Conservateur, promulgué, recommandé des opinions directement opposées : que fit-on? Il soutenait sa loi à la chambre des députés; on le battit avec ses propres armes ; on publia en corps de brochures ses articles, avec de très peu charitables commentaires ; et lorsqu'il demeura atteint et convaincu de palinodie, ce fut à la grande satisfaction de l'impitoyable Louis XVIII.
Je ne crois pas qu'avec de pareils corollaires l'Excellence puisse avoir beaucoup de douceur ; et cela pour un homme qui n'avait qu'à retourner à la composition littéraire pour entrer dans une existence toute de jouissance, d'éloges, de délices, de fleurs, d'admirateurs, de jolies femmes, de libraires, de succès.
Hé bien! croyez-vous qu'enfin, revenu de ses chimères, guéri de sa manie des grandeurs, il va réveiller la plume qui traça le Génie du christianisme et les Martyrs ? Croyez-vous qu'il s'ira perdre dans quelque Ferney, gouverner l'Europe intellectuelle ? C'était son intention ; il en eut la ferme volonté, même durant quelques jours ; mais il dormit là-dessus ; mais un beau matin il se mit à songer que la France était au bord de l'abîmé, comme ils disent tous depuis quinze ans. Or, la monarchie de saint Louis que perdait M. de Villèle, sa fidélité de Breton que n'avait pas voulu écouter Villèle, son devoir de dévoué sujet, tout lui ordonnait de sauver la France des maladresses de Villèle, de renverser Villèle : Villèle était sa monomanie.
Et réellement il lui asséna un coup de massue : il entraîna le Journal des Débats dans l'opposition ; feuille qui à elle seule a plus contribué que toutes les autres au changement de la fin de 1827.
M. de Chateaubriand, M. Bertin de Vaux et toute la collaboration se firent libéraux, mais libéraux modérés, ou, comme on a dit plus tard, royalistes constitutionnels. C'était à ce poste que l'opinion publique l'attendait; c'était chose pénible depuis long-temps pour ses nombreux admirateurs, que cette obligation de distinguer le publiciste du poète, de louanger l'un et de réprouver l'autre. A peine acquis à un demi-libéralisme, l'enthousiasme se félicita, l'admiration se sentit soulagée.
Mais le mot versatilité n'en fut prononcé que plus souvent.
Charles X monta sur le trône. Charles X, c'était l'autel et le trône, c'était la légitimité, le royalisme en chair et en os; c'était le pavillon Marsan au pouvoir. Or, l'homme du Conservateur sera-t-il oublié, à présent que triomphent le trône et l'autel? Oui, Villèle se lève toujours radieux sur l'horizon de la cour, et Villèle n'a pas de peine à remémorer à Charles X les dernières levées libérales de boucliers de M. de Chateaubriand. Quelle fatalité! M. de Chateaubriand est tout aussi mal en cour que par le passé, lui qui s'est immolé au triomphe de cette cause ! De là force articles dans les Débats.
La carrière du pouvoir décidément fermée pour lui, à son grand regret, ses amis revinrent sur une idée qui avait fait quelque diversion à ses soucis. Entre l'ambassade de Berlin et l'ambassade de Londres, M. de Chateaubriand avait pensé à publier la collection de ses œuvres. Le public ne se doute guère de ce que c'est qu'une pareille publication: opération de la plus haute importance.
On y a vu se ruiner des hommes de lettres, malheureux de trop de fécondité. Ayez de l'esprit, du trait, le mot précis, comme M. de Jouy, le monde vous lira, vous goûtera. Mais quoi de plus changeant que ce monde, cet être à millions de têtes toujours renouvelé, toujours lui, et toujours divers. Parce que le public de 1810, 11, 12, etc., a dévoré les Mœurs françaises, courra-t-il en 1825 chez M. Ladvocat, à cause de l'esprit des Ermites ?
Néanmoins un auteur se doit, dans ses vieux jours, de mettre en ordre son bagage littéraire ; il ne doit songer à partir pour la postérité qu'après avoir surveillé l'emballage de sa pacotille. Heureux s'il ne s'y ruine pas.
Cette épreuve, M. de Chateaubriand allait la subir ; c'est que M. de Chateaubriand a un de ces tempéramens qui résistent à tout, aux variations du public, aux fièvres politiques.
Mais, il faut le dire, les circonstances étaient heureuses pour lui, et si heureuses, que M. Ladvocat y vit distinctement tous les élémens de succès qui suivent :
1° Disposition pleine et entière du Journal des Débats, journal à douze mille abonnés, par conséquent voix de stentor, trompette aux deux bouts de la terre, journal avec lequel on pouvait jeter dans le public, non les grands articles en règle, c'est usé, cela ne réussit pas, on y a été pris si souvent! mais ces petits mensonges sans conséquence, ces petites charlataneries de trois ou quatres lignes qui vont frapper le public à la jointure de l'armure, qui vous le soumettent pieds et poings liés.
2° Immense intérêt réveillé par l'annonce de l'Essai sur les révolutions, cet objet de tant de calomnie, de dires si divers ; ce livredéfendu par la police militaire impériale, ce livre le carquois des ennemis de l'auteur, ce livreen contradiction avec toute sa vie, ce livre coup d'essai d'un beau talent, ses premières armes, ce livre caché en Angleterre, publié là-bas, et dont les Français n'avaient jamais pu avoir à satisfaction. L'auteur annonçait qu'il dirait son mea culpa : cela ne laissait pas que d'être piquant.
3° Le bonheur, l'heureux coup de hasard qui venait de rendre à l'auteur une jolie petite malle, où dormait à Londres le manuscrit si long-temps perdu, d'où il avait tiré Atala et René, et dont la perte avait causé de si vifs regrets à ses myriades de lecteurs. On sait les détails de cette aventure. Toujours est-il que, re manuscrit retrouvé, on allait avoir de l'A tala à foison. Autre singularité : cette étrange production du désert tenait quelque chose de la nature amphibie des crocodiles ses congénères : des deux volumes, l'un marchait sur le ton épique, l'autre sur le ton prosaïque d'un journal. Tout cela ne pouvait que piquer la curiosité.
4° Le dernier Abencerrage, Moïse, si long-temps retenus dans l'inflexible cassette, et qui promettaient au lecteur tous les rubis, l'or, les diamans, les perles d'une imagination sylphide.
5° Et c'est ici la plus puissante considération : M. de Chateaubriand, admiré à huis-clos, mais vilipendé durant les phases de son ardent royalisme par tous ces écrivains qui font métier de n'avoir d'autre opinion que celle qu'il plaît aux masses de manifester, qui demandent avec acrimonie la liberté de la presse, et se préservent de la liberté de penser; M. de Chateaubriand, depuis sa conversion au libéralisme, avait pour lui tout ce monde-là ; ainsi, en sympathie avec le gros public, le moment était heureux, et très heureux, pour lancer la collection complète.
Le marché fut conclu et paraphé, non avec M. Lenormant, libraire habituel du vicomte, mais avec M. Ladvocat. M. Ladvocat avait eu l'ambition d'élever la librairie parisienne à l'égal de celle des Murray, de tirer l'homme de lettres d'une honteuse dépendance, en payant largement les œuvres de génie ; du reste, aventureux; actif, liant avec les plumes influentes, amoureux d'aristocratie, raffolant d'aristocratie jusqu'à faire cent lieues après un de ces noms, jusqu'à perdre de gaieté de cœur dix mille francs pour un livre de pair de France; homme émerveillé, enfin, de se mettre éditeur au-dessous d'une signature du faubourg Saint-Germain. La conquête d'un nom historique arrachait M. Ladvocat à son repos.
Six cent mille francs, tel fut le prix convenu. La gêne qui pesait alors sur la librairie ne le retint pas. Audaces fortuna juvat : d'aventure un banquier de Lyon (l'enthousiasme peut habiter dans une banque), épris du nom de M. de Chateaubriand, vint offrir cent cinquante mille francs à l'éditeur, à M. Ladvocat, qui incontinent se prépara à neutraliser la concurrence des contrefacteurs de Bruxelles, car les contrefaçons de Bruxelles c'est ce que les presses françaises redoutent le plus. Infatigable, tout de cœur à son entreprise, le voilà en route pour la Belgique, recueillant à droite, à gauche, des souscriptions.
Il parcourut la Hollande, la plupart des cercles de la Confédération, et reparut au bout de quelque temps avec un carnet enrichi des plus augustes signatures. Par ambassadeurs ou non, depuis le czar jusqu'au dernier princillon de ces ! nombrables gouvernemens, mosaïque de l'Allemagne, tout avait rendu hommage au premier génie de l'époque. Quant à la France, on en était sûr; on s'adressa à ses passions politiques : victime de M. de Villèle, sorti du ministère avec une noble pauvreté , M. de Chateaubriand demandait à ses travaux littéraires une honorable compensation; la France ne resta pas impassible. Un désintéressement est rare de nos jours. M. de Villèle se bâtissait un splendide palais; sa victime sortait pure de toute dilapidation du ministère.
Il y eut affluence de souscripteurs.
Mais c'était une opération de plus d'un million; et par le temps qui court on s'abonne bien plus au cabinet littéraire que l'on n'achète des livres. La France d'ailleurs lit beaucoup, mais des journaux ; aussi devons-nous convenir que la trentaine de volumes de la collection se vendirent, mais pas assez pour défrayer l'éditeur de ses déboursés, de ses peines, de ses courses ; il paraît que, suivant l'expression de lady Morgan, M. Ladvocat n'aurait guère été que le Fermier du talent, si M. de Chateaubriand, dont l'àme est aussi élevée que juste, ne lui eût pas, lors de sa nomination à l'ambassade de Rome, fait con de ses cent mille francs pour frais d'installation.
Par un procédé non moins délicat et qui honore le libraire, ces cent mille francs donnés en dehors de toute condition écrite, ces cent mille francs étrangers aux affaires de son commerce, M. Ladvocat les employa à payer des billets et à satisfaire à des engagemens détachés de l'opération.
Corrigeant ses épreuves, faisant, inventant des préfaces , annotant son Essai des révolutions, le commentant, revoyant ses Natchez, dévidant de nouveau sa vie d'écrivain depuis ses voyages en Amérique, se jugeant jeune homme, se corrigeant écrivain adepte, se morigénant philosophe, M. de Chateaubriand passa ainsi les années qui le menèrent au renversement du système Villèle.
Ce n'est pas que ces occupations l'eussent enlevé au monde politique ; il avait encore le temps de faire sa veille d'armes comme publiciste, comme journaliste, comme académicien même.
La loi de justice et d'amour avait été tirée du fourreau. M: de Peyronnet s'était montré dans ce dédale de prévisions prohibitives avocat paperassier. C'était plus vil et tout aussi absolu qu'une censure pleine et entière. On fut indigné. M. de Peyronnet se promettait la majorité dans les deux chambres, il n'eut pas celle des pairs.
Même l'académie française..... qui s'y serait attendu! l'académie française si complaisamment enflée de ducs, de pairs, de prélats, oui, cette académie fit aussi preuve d'indignation. M. Roger se donna une peine infinie pour calmer les immortels. Inutiles efforts: il y eut des symptômes de révolte. Savant et tranquille séjour dont les voûtes n'avaient encore retenti que de modulations laudatives! bénévole séjour, vous ouïtes des discussions; la discorde y agita sa torche classique ; MM. Cuvier, de Lévis, Bonald, Laplace, Lally-Tolendal combattirent pour M. le garde des sceaux et son ayant-cause, M. Roger; de l'autre côté se déployèrent des courages jusqu'alors inaperçus, à savoir : celui de M. Lacretelle, celui de M. Destutt de Tracy, celui de M. Villemain, celui de M. Michaud.
Voici comment se livra ce combat entre les Grecs et les Troyens du palais des Quatre-Nations.
M. de Chateaubriand eut a peine connaissance du projet de loi, qu'il vit l'académie compétente dans une affaire de vie ou de mort pour les lettres.
La tirer de sa somnolence, la pousser dans l'opposition, c'était grand, c'était beau; il y songea. Il provoqua une séance pour le 16 janvier, et n'en cacha pas le but; ce qui mit les ministres en alarmes, arracha M. de Peyronnet à sa douce sécurité, lequel mandant chez lui M. Roger, lui donna ses instructions, l'envoya de porte en porte chez les immortels, distribuer menaces, promesses, injonctions, cajoleries, de l'or même, s'il le fallait.
La séance ouverte, M. Lacretelle commença le feu en tirailleur. Son discours fit effet; il le releva dans l'opinion publique jusqu'alors peu charitable pour l'historien de la révolution française. Les statuts ne permettaient pas de lui ôter la parole ; mais le camp ministériel abondait de munitions. Il attendit.
Soudain M. Auger se lève, M. Auger le ménechme de M. Roger, et comme lui ministériel des pieds jusqu'à la tête. Il annonça avoir à faire part à l'assemblée d'une missive.
Elle était de monseigneur de Quelen. Le prélat, après avoir rejeté sur ses devoirs pieux le motif de son absence, s'étendit sur la proposition de la loi d'amour; il fit entendre que si la polémique continuait , l'Académie serait menacée dans son existence.
Le courage civil était un dépôt que l'Académie n'avait pas encore dépensé; il s'y trouvait intact; elle y recourut à l'audition de cette lettre, elle déclara que la lecture n'en serait pas achevée. MM. Destutt de Tracy et Lemercier appuyèrent la proposition de M. de Chateaubriand de toute leur force.
Un tenant se présenta; ce fut encore M. Auger. Il fit de la dialectique, et même de la dialectique assez vigoureuse; mais lorsque les ministériels se croyaient triomphans, leur champion fut désarçonné par M. Raynouard.
M. Raynouard a du Chateaubriand pour l'élévation d'âme et du Lemontey pour la sordide avarice. Œdipes, venez nous expliquer ces sphinx, un jour si petits, si bas, et demain colosses ; ces protées, flammes, serpens, et lions ensuite. Lemontey lui-même, homme de mesquines économies, à genoux devant un écu, Lemontey dans l'occasion ne balançait pas à faire des sacrifices pécuniaires. Même chose de l'auteur des Templiers; il se préservera de passer sur le Pont-des-Arts à cause du Cerbère qui exige le sou, il se couchera à six heures par économie de bougie, et il a refusé un million de l'empereur; il ne voudra pas d'une bassesse, d'une faiblesse payée en lingots d'or. Cet homme si petit, si râpé, si préoccupé d'épargnes, admonesta Napoléon quand tout tremblait encore devant son épée.
M. Raynouard ne craignit pas pour ses six mille francs de secrétaire perpétuel ; il répondit au plaidoyer Auger par l'exhibition d'un heureux précédent : en 1778, l'Académie se leva contre un règlement de librairie oppressif, fit d'humbles représentations au roi, qui se rendit à ses prières.
M. Villemain, dont la vie est un ballottage d'une opinion à une autre, point de mire des quolibets de la presse sous M. Decazes, ensuite objet de l'enthousiasme du quartier latin quand il fut détrôné de sa chaire d'éloquence, de nouveau flétri du nom de doctrinaire aujourd'hui, M. Villemain succéda à M. Raynouard, et appuya la proposition. Il fut combattu par M. de Lally-Tolendal.
M. de Chateaubriand parla à la fin avec sa supériorité connue. Vint M. de Lévis. Prirent ensuite la parole dans le sens de la proposition MM. Michaud, Andrieux, de Ségur ; et finalement la séance fut clôturée par les ministériels Roger, Laplace, Cuvier.
On alla aux voix. Décision : une humble supplique serait rédigée et présentée à Charles X par MM. Michaud, Lacretelle et Villemain.
Grand courroux à la chancellerie. On proposa la dissolution de l'Académie française; le coup était désespéré. La nuit porte conseil, et con seilla de ne pas détruire un corps, la gloire du siècle de Louis XIV; ou bien les Bourbons venus en croupe des Cosaques ne démentiraient pas le titre de Vandales. On s'arrêta ; mais on destitua MM. Villemain, Michaud et Lacretelle, l'un maître des requêtes, l'autre lecteur du roi, et le troisième censeur dramatique.
Ils n'en continuèrent pas moins la rédaction de la supplique, peut-être mirent-ils même un peu trop de rancune, car, lue en séance publique à l'Académie, on en adoucit quelques passages.
Cette séance offrit de remarquable l'absence de quelques fonctionnaires immortels qui s'é taient effrayés; à la première discussion, du danger de leurs appointemens; M. Soumet s'en fut se réfugier dans sa bibliothèque de Saint-Cloud; au contraire, d'autres qui n'avaient pu se joindre à leurs collègues, firent parvenir leur adhésion ou leur opposition; M. Baour-Lormian écrivit dans le premier sens, M. le baron Guiraud expédia de Toulouse une missive ministérielle. Le fameux libéral M. Delavigne ne souffla mot.
On fit demande à M. de Blacas, premier gentilhomme, pour la présentation, mais Sa Majesté refusa de recevoir l'Académie française : c'était sa réponse précise.